CORPUS NOSTRADAMUS 44 -- par Patrice Guinard
 

Les 12 quatrains de l'Almanach pour 1557
 

Ces quatrains, au nombre de douze seulement (il n'y a pas de quatrain pour l'année), sont parus à l'automne 1556 à Paris et à Lyon dans l'Almanach pour l'an 1557 (cf. ma réédition : CURA, CN 41). Ils font suite à ceux parus dans la Pronostication pour l'an 1555 (cf. CURA, CN 15), car Nostradamus n'en a pas inclus dans ses publications annuelles pour l'année 1556. Jean-Aimé de Chavigny en donne une version modernisée et arrangée, censée corriger les coquilles de l'imprimeur parisien Kerver et/ou du lyonnais Brotot.

Trois de ces quatrains (février, mars, et avril) n'apparaissent pas dans les ouvrages imprimés de Chavigny, et ont donc été tenus pour perdus avant la publication en 1975 de l'ouvrage de Daniel Ruzo (qui les transcrit à la page 277 d'après son exemplaire de l'almanach, le seul connu à ce jour), puis la redécouverte récente du Recueil manuscrit de Chavigny.

Addenda 3 mars 2011: Avant Ruzo, ces quatrains avaient été transcrits le 23 octobre 1893 par Hector Rigaux d'après ses almanachs (cf. les quatre pages dactylographiées sur son édition Duruau (ca. 1630) : BM Lyon, fds Chomarat, A 6126), puis dix ans après dans son édition Les prophéties, d'après l'Edition de Pierre Chevillot (Méricourt-l'Abbé, impr. H. Douchet, 1903). L'exemplaire acquis par Ruzo (édition parisienne Kerver) et provenant de la collection de Rigaux, a été mis aux enchères à New York en 2007 (cf. CN 42). La comparaison entre les trois transcriptions (1893, 1903, 1975) montre que la première est la moins bonne : "suivant" au lieu de "suyvant" et "cette" pour "celle" au quatrain de février, plus un mot manquant, "ennemis" pour "ennemys" et "nuict" pour "nuit" au quatrain d'avril (versus "doutait" pour "doutoit" et "ennemis" pour "ennemys" dans la seconde transcription Rigaux, et "glace" pour "place", hélas, chez Ruzo). Les erreurs d'accentuation et de majuscules sont comparables dans les trois versions, mais la ponctuation est bien mieux respectée dans la transcription de Ruzo. Cette comparaison est utile car l'almanach pour 1558 est perdu, et la transcription faite par Rigaux d'après les originaux est plus fiable que celle de Chavigny. On retiendra que l'édition établie en 1903 est le texte le plus fiable, d'autant plus que Ruzo dit reprendre le texte que lui a transmis Rigaux.

Ma transcription suit l'impression de l'almanach, y compris dans sa ponctuation parfois injustifiée, à l'exception des cas explicitement mentionnés. Outre l'almanach imprimé par Jacques Kerver, j'indique la plupart des variantes de Chavigny dans son Recueil des Presages prosaïques (1589) et dans son Janus françois (1594), ainsi qu'occasionnellement les hypothèses de Chevignard (1999), qui est le premier à avoir travaillé systématiquement sur le manuscrit de Chavigny et l'ensemble de ces quatrains. Pour l'interprétation, je m'en tiens pour l'heure à quelques indications qui pourront mettre d'autres sur la voie.

Les variantes d'éditions du XVIIe siècle n'ont guère d'intérêt car elles n'améliorent jamais le texte. Et les commentaires également annexés par Chevignard, qui a choisi ses exégètes d'après des critères mal définis, sont pour la plupart fantaisistes, par exemple Peter Lemesurier (The Nostradamus Encyclopedia, London, Thorsons, 1997) : invasion de l'Europe par les musulmans en 2017 (juillet 1557), invasion de l'Europe par les musulmans en 2025 (août 1557), invasion de l'Europe par les musulmans en 2005 (septembre 1557), invasion de Gênes par les musulmans en 2000-2001 (octobre 1557) ! [Depuis 1997, Lemesurier a lu les ouvrages de Brind'Amour -- mais cette lecture n'est pas le gage d'une meilleure interprétation, surtout quand on se contente d'en reproduire les erreurs.]

Pour les images des quatrains de l'almanach Kerver, et la comparaison du texte avec sa traduction milanaise (cf. CURA, CN 45).
 
 

 P 57.1 (14) Quatrain de JANVIER 1557

L'indigne orné craindra la grand fornaise
L'esleu premier, les captifz n'en retournent,
Grand bas du monde, l'Itale non à l'aise.
Barb. Hister à Malte, & le buy ne retourne.
 

Notes
vers 2 (variante) : Recueil (p.68), Janus (p.144 & p.264) : des captifs
vers 2 (variante) : Janus (p.144 & p.264) : Esleu
vers 2 (variante) : toutes éditions : retourne
vers 3 (variante) : Kerver : à laise (sans apostrophe)
vers 3 (variante) : Recueil (p.68), Janus (p.264) : Itale (sans article)
vers 3 (variante) : Janus (p.264) : Bas Grand (inversion)
vers 4 (variante) : Recueil (p.68), Janus (p.144 & p.264) : "Barb. Ister, Malte"
vers 4 (variante) : Kerver : "Bar. hister, à malte"
vers 4 (variante) : Janus (p.144 & p.264) : Buy
vers 4 (prosodie) : avaler la dernière syllabe de Hister : prononcer "Hist-"
vers 4 (lexique) : latin Hister ou Ister : le Danube inférieur

J'accorde au deuxième vers le verbe avec son sujet probable, bien que la graphie puisse choquer l'oeil. Il faut cependant garder à l'esprit que la poétique de Nostradamus est essentiellement de nature orale et phonique. Elle relève davantage de la diction et de l'élocution que de l'écriture.

Outre des modifications dans la ponctuation (non mentionnées) et l'ajout de majuscules, Chavigny donne trois versions différentes du même quatrain dans deux de ses ouvrages. C'est dire la fiabilité de sa transcription ! Le seul problème prosodique de ce quatrain est au quatrième vers, qui semble ne pas respecter le rythme décasyllabique. Chavigny propose deux changements : la suppression de la particule "à", et la transformation des deux premiers vocables du vers. Chevignard suit le premier dans son édition critique (1999, p.120). Il me semble au contraire que seul le second pourrait se justifier. En effet "Barb. Ister" (les barbares du Danube inférieur) est préférable à "Bar. Hister", et pour avoir transcrit le premier livre de l'Orus manuscrit de Nostradamus, j'ai pu m'apercevoir à quel point le b et le h diffèrent parfois très peu dans son écriture (cf. CURA, CN 29). En outre, l'expression "Barbare Ister" apparaît au premier vers du quatrain d'octobre 1558. Cependant, comme le terme "Hister" est présent dans l'almanach, mais aussi dans les quatrains II 24, IV 68 et V 29 des Prophéties, j'opte pour sa conservation.

En revanche, l'élision en fin de mot pour des vocables étrangers, et notamment latins, est un procédé fréquent chez Nostradamus : il faut lire "hist-" ou "ist-" et avaler les derniers phonèmes.

Pour l'évocation de Malte en rapport avec "Hister" et la côte ligurienne, cf. les quatrains IV 68 et X 60. Certains commentateurs ont reconnu dans Hister une anagramme imparfaite de Hitler (avec un l pour un s long à l'ancienne, très proches graphiquement), lequel est né à Braunau au sud du Danube. Et pendant plus de deux ans (1940-1942), les aviations allemande et italienne pilonnent l'île de Malte, un point de relai stratégique pour la Libye. Ce quatrain, qui évoque aussi une grande fournaise et une Italie en position inconfortable, semble aller en leur sens.
 
 

P 57.2 (15) Quatrain de FEVRIER 1557

Senat & peuple, n'est content chef delaisse
La cité en armes, le palais on menace,
Les exilés, des exilés ont dresse,
Suyvant le lynx, la nuict mort sus la place.

Notes
vers 2 (variante) : Kerver : arme
vers 2 (prosodie) : élision du é, prononcer "cité en" comme "cit' en" (2 syllabes)
vers 3 (variante) : Kerver : dressé
vers 3 (orthographe) : "ont" pour "on" (très usuel chez Nostradamus)

Dans son Recueil (p.69), Chavigny chamboule ce quatrain sans raison, faute de comprendre le vers nostradamien.
 
 

P 57.3 (16) Quatrain de MARS 1557

Fort est à craindre celle expedition,
Celebres morts fuitif est reprins :
Ne sera vaine la grande esmotion,
Point n'entrera, qui doutoit d'estre prins.

Notes
vers 1 (prosodie) : prononcer expediti-on (diérèse)
vers 2 (prosodie) : prononcer fu-itif (diérèse)
vers 3 (prosodie) : prononcer esmoti-on (diérèse)
vers 3 (ponctuation) : Kerver : virgules après "sera" et "vaine"

Les transformations proposées par Chavigny dans son Recueil (p.70) ne sont guère plus convaincantes que pour le quatrain précédent.
 
 

P 57.4 (17) Quatrain d'AVRIL 1557

Fait desloyal, mis en mains d'ennemys,
Prins de nuit entre, sort sinistres intrades
Monstre, du grand conseil bon, l'enfant mis,
L'embusche à Siene, & aux Isles stecades.

Notes
vers 1 (variante) : Recueil (p.71) deloyal !, ennemis
vers 2 (variante) : Recueil (p.71) pris
vers 2 (variante) : Kerver : intrudes
vers 2 (ponctuation) : Kerver : virgules après "prins", "nuit" et "sort"
vers 3 (variante) : Recueil (p.71) Grand
vers 3 (prosodie) : enjambement à la césure
vers 4 (variante) : Recueil (p.71) embuche, Sienne, isles, Stecades

J'accepte la variante proposée par Chavigny au vers 2 (intrades, du provençal intrado, "entrée", au lieu d'intrudes qui ne rime pas). Le terme, qui amplifie le jeu de mots de ce vers (entre/sort), se retrouve dans le même contexte nocturne au troisième vers du quatrain IV 44 (De nuech l'intrado). S'il faut conserver la ponctuation de Kerver et de Chavigny au vers 3, on aurait l'exemple prosodique d'un enjambement à la césure, procédé peu usuel chez l'auteur.
 
 

P 57.5 (18) Quatrain de MAI 1557

Conjoinct icy, au ciel appert despeche,
Prinse, laissée, mortalité non seure,
Peu pluye, entrée, le ciel la terre seiche,
Defaict, mort, prins, arrivé à mal heure.

Notes
vers 3 (ponctuation) : Kerver : virgule après "peu"
vers 4 (orthographe) : Kerver : a (sans accent)

Hormis les deux corrections adoptées ci-dessus, les autres variantes proposées par Chavigny dans son Recueil (p.72) et dans son Janus (pp.52 et 54) sont mineures. Chavigny propose d'illustrer ce quatrain par le mariage célébré le 24 avril 1558 entre François II et l'écossaise Marie Stuart (Janus, p.54). Le quatrain X 39 est beaucoup plus explicite (cf. CN 93).
 
 

P 57.6 (19) Quatrain de JUIN 1557

Victor naval à houches envers divorce,
Nay grand du ciel, feu, tremblement hault brusle
Sardaig. Palerm. Malte, boys soubs l'escorse.
Prelat mourir, l'un frappe sus la mule.

Notes
vers 1 (variante) : Recueil (p.73) Houches, Janus (p.154) Houche
vers 1 (variante) : Recueil (p.73) & Janus (p.154) Anvers
vers 1 (prosodie) : élision de la syllabe finale avant "envers"
vers 2 (variante) : Kerver : N'ay, virgule après "grand" mais pas après "ciel", tremble
vers 2 (variante) : Recueil (p.73) & Janus (p.154) : Né, Grand, haut, brule
vers 3 (variante) : Kerver : "Sardaig, Palerm. Malth. boys. Corse."
vers 4 (variante) : Recueil (p.73) & Janus (p.154) : frape
vers 4 (interprétation) : lire "Prelats" et/ou "frappé" ?

Ce quatrain est très délicat, car, en plus d'être incompréhensible, il est rythmiquement incorrect aux vers 2 et 3. Pour le vers 1, je maintiens l'orthographe de l'almanach à cause du contexte maritime des termes précédant la césure, et des possibles jeux de mots. Chavigny note que "Houke" est un village près d'Anvers (Janus, p.156) et se réfère au chroniqueur Laurentius Surius. Notons aussi l'actuel Hoek van Holland sur la côte, à l'ouest de Rotterdam. Chavigny adopte "tremblement" au vers 2 qui devient ainsi un décasyllabe. Retenons, faute de mieux, ce qui ne reste qu'une conjecture, à supposer cependant qu'il n'ait pas eu accès à la version lyonnaise de l'almanach. Pour le vers 3, les différentes permutations de l'ordre des mots, proposées par Chavigny, restent insatisfaisantes. Chevignard suggère le terme escorce, en rappelant la rime aux vers 2 et 4 du quatrain sur l'an 1564, mais ne propose pas de version (1999, p.123). L'idée semble ingénieuse, surtout si l'on pense à opposer sémantiquement les prépositions de la fin des vers 3 et 4. Je propose donc : Sardaig. Palerm. Malte, boys soubs l'escorse.
 
 

P 57.7 (20) Quatrain de JUILLET 1557

L'Herault errant du chien au lyon tourné,
Feu ville ardra, pille, prinse nouvelle,
Descouvrir fustes, princes prins ou retournés,
Explor. prins galli. au grand jointe pucelle.

Notes
vers 1 (variante) : Recueil (p.74), Janus (p.48) heraut, lion, tourne
vers 1 (prosodie) : "chien" et "lyon" (1 syllabe : synérèses)
vers 2 (variante) : Recueil (p.74), Janus (p.50) prise
vers 2 (ponctuation) : Kerver : point après "prinse"
vers 3 (variante) : Recueil (p.74), Janus (p.50) Decouvrir, pris, on retourne
vers 3 (variante) : Janus (p.50) Princes
vers 3 (variante) : Kerver : retourné
vers 3 (prosodie) : élision de la finale -es dans "princes"
vers 4 (variante) : Recueil (p.74), Janus (p.50) pris, Gall., Grand
vers 4 (ponctuation) : Kerver : point après "prins"
vers 4 (prosodie) : élision de la voyelle finale dans l'abréviation "galli." pour gallicus (gaulois)

Là encore, toutes les transformations de Chavigny s'avèrent caduques, faute de comprendre que le vers nostradamien est destiné à être déclamé, récité, chanté, à l'inverse des pièces de salon, à la Ronsard.

Le premier vers semble correspondre à la configuration céleste du mois, comme l'observe Brind'Amour : "Mercure commence à rétrograder, d'après les Ephemerides de Simus, le 23 juillet à 1° 42' de la Vierge, rétrogradation devant le ramener dans le Lion six jours plus tard, le 28 juillet." (1993, p.248). Le héraut ou le messager est la planète Mercure (du grec planêtês qui signifie "errant" et désigne une planète ou astre errant, à l'inclusion du Soleil et de la Lune), et la constellation Canis (dont Sirius est l'étoile principale) était associée à la Vierge, Virgo. La rétrogradation de Mercure de la Vierge au Lion en juillet n'est pas si commune, puisqu'elle n'apparaît plus qu'une fois durant le siècle et le suivant : en 1583. 

Ce vers a été parodié dans une pronostication antidatée : "le signe du Chien entrera ceste année le XX de Juillet, qui est au ventre du Lyon", comme je l'ai montré dans une étude annexe (cf. CURA, CN 24).
 
 

P 57.8 (21) Quatrain d'AOUT 1557

De la grand cour, banny, conflict, blessé,
Esleu rendue Accuse, mat mutins,
En feu cité, pyr, eaux, venims pressé,
Ne voguer onde, ne fascher les latins.

Notes
vers 1 (variante) : Recueil (p.75), Janus (p.268) Cour, banni, conflit
vers 2 (variante) : Recueil (p.75), Janus (p.268) accusé, mat.
vers 2 (prosodie) : enjambement à la césure ?
vers 3 (variante) : Recueil (p.75) Pyr, venins
vers 3 (variante) : Janus (p.268) Pyr., venims
vers 3 (ponctuation) : Kerver : points après "cité" et "venims"
vers 3 (lexique) : pyr, du latin pyra (bûcher)
vers 4 (variante) : Recueil (p.75), Janus (p.268) facher, Latins

Je maintiens la majuscule pour "Accuse" (et non "Accusé"), ne sachant comment comprendre ce vers. L'hypothèse de Chavigny au vers suivant est envisageable ("Pyr." pour Pyrenez), mais "pyr" pourrait être un latinisme -- probablement un jeu de mots polysémique de Nostradamus.
 
 

P 57.9 (22) Quatrain de SEPTEMBRE 1557

Mer, terre, aller, foy, loyauté rompue.
Pille, naufrage à la cité tumulte,
Fiel cruel acte, ambition repue,
Foyble, offensé, le chef du fait inulte.

Notes
vers 1 (ponctuation) : Kerver : point après "foy"
vers 2 (ponctuation) : Kerver : point après "pille"
vers 3 (ponctuation) : Kerver : points après "fiel" et "cruel"
vers 3 (ponctuation) : Kerver : pas de virgule après "acte"
vers 3 (prosodie) : prononcer ambiti-on (diérèse)
vers 4 (variante) : Kerver : offense
vers 4 (lexique) : inulte, du latin inultus (non vengé, impuni)

A l'exception de la variante retenue au quatrième vers, les autres corrections de Chavigny sont mineures (Recueil, p.75, et Janus, p.50). On pourrait conserver le terme "offense" (sans accent) en acceptant un hiatus incorrect, à mettre en parallèle avec la construction du début du deuxième vers.
 
 

P 57.10 (23) Quatrain d'OCTOBRE 1557

Froit, grand deluge, de regne deschassé,
Niés, discord, trion Orient mine,
Poison mis siege, de la cité chassé,
Retour felice, neuve secte en ruine.

Notes
vers 2 (lexique) : trion pour "septentrion", ou latinisme, du latin triones (boeufs de labour)
vers 2 (prosodie) : Ni-és, Ori-ent (diérèses)
vers 4 (prosodie) : ru-ine (diérèse)

Les changements mineurs de Chavigny n'ont guère d'intérêt (Recueil, p.76, et Janus, pp.50 et 52). Le second vers semble désigner un personnage asiatique, comparé à une bête de somme.
 
 

P 57.11 (24) Quatrain de NOVEMBRE 1557

Convy mer close, monde ouvert cité rendue,
Faillir le grand esleu nouveau, grand brume
Patere Floram, entrer camp, foy rompue,
Effort sera severe à blanche plume.

Notes
vers 1 (ponctuation) : Kerver : virgule après "monde"
vers 1 (prosodie) : 11 pieds
vers 1 (lexique) : Convy (festin, banquet)
vers 2 (prosodie) : enjambement à la césure comme au vers 4 ?
vers 3 (ponctuation) : Kerver :  points après "Floram" et "camp"
vers 3 (variante) : Kerver : Patére
vers 3 (prosodie) : élision de la voyelle finale de "Patere"
vers 3 (lexique) : Patere Floram : "au printemps" ?
vers 4 (prosodie) : enjambement à la césure

Le premier vers n'est pas un décasyllabe. J'admets l'élision inhabituelle du "é" de "cité", vocable déjà fréquemment élidé devant une voyelle chez Nostradamus (cf. supra : P 57.2-B). Les transformations proposées par Chavigny (Recueil, p.78, et Janus, pp.52, 56 et 66) sont inacceptables : inversion de termes ("Floram patere"), et suppression du mot "convy", ailleurs transcrit "convive" par Nostradamus (cf. sa traduction d'une lettre d'Ermolao Barbaro dans son Excellent & moult utile Opuscule, éd. 1555, p.223 ; CURA, CN 19).

Le premier vers s'inspire du calendrier romain antique : mare closum (fermeture de la navigation vers la mi-novembre), mundus patet (ouverture du monde des morts, mis en communication avec celui des vivants trois fois l'an, dont le 8 novembre), comme l'explique Brind'Amour (1993, p.249). Le festin annoncé, signe de satisfaction, pourrait se rapporter à Calais, la cité rendue (en janvier 1558), rejetée en fin de vers. Dans ce contexte, on lira "mer close" ... à d'éventuels renforts anglais, et "monde ouvert" (et communication avec les morts) ... aux conquérants qui récupèrent la dernière enclave anglaise en terre française, abandonnée depuis plus de deux siècles (cf. aussi le quatrain suivant).
 
 

P 57.12 (25) Quatrain de DECEMBRE 1557

Tutelle à Veste, guerre, meurt, translatée,
Combat naval, honneur, mort, prelature.
Entrée decés, France fort augmentée,
Esleu passé, venu à la male heure.

Notes
vers 1 (variante) : Kerver : veste
vers 2 (ponctuation) : Kerver :  points après "honneur" et "mort"
vers 3 (variante) : Recueil (p.78), Janus (p.52) decez
vers 3 (ponctuation) : Kerver :  point après "decés"
vers 4 (variante) : Janus (p.52) mal'heure

La majuscule introduite par Chavigny se justifie par l'expression latine tutela Vestae (sous son patronnage de Vesta). Le mois de décembre était traditionnellement consacré à la déesse Vesta. (Sur l'ancien calendrier romain et ses relations avec les "maîtrises" astrologiques, cf. Ken Gillman, Twelve Gods and Seven Planets, CURA, 2001).

Chavigny, qui n'a pas été sensible à l'expression "cité rendue" du quatrain précédent, a pourtant situé assez correctement, me semble-t-il, le contexte des vers 1 et 3 de ce dernier quatrain : "Guerre meurt entre l'Espagnol & le François, translatée contre l'Anglois, pour le siege mis devant Calais. France augmentée par la prise de Calais, Guines, Hames & autres villes." (Janus, p.52). On a reproché à Nostradamus de ne pas avoir annoncé les prises de Calais et de Guynes en janvier 1558 (cf. CURA, CN 23) -- c'est chose faite ? ...
 
 
 

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