CORPUS NOSTRADAMUS 42 -- par Patrice Guinard
 

Les publications de l'année 1556 pour l'an 1557

"Ce qui n'est accessible qu'à de très rares esprits est généralement réprouvé par ceux qui n'y entendent rien."
(Nostradamus, Présages merveilleux pour 1557)
 

Au retour de son voyage à la cour de France autour du 20 septembre 1555 (cf. CURA, CORPUS NOSTRADAMUS 43), Nostradamus est célèbre en France et à l'étranger, pour le meilleur et le pire. L'événement aura fait sensation parmi les ambassadeurs et les diplomates, auprès des courtisans, intrigants et médisants. Au printemps de l'année 1556, il achève la rédaction de trois publications qui paraîtront à l'automne suivant et qu'il dédiera aux trois personnages les plus importants du royaume : le roi Henry II, son épouse Catherine, et Antoine de Bourbon, roi de Navarre et souverain d'importantes enclaves en territoire français. Ces textes paraissent à Lyon comme à Paris, et désormais les éditeurs et imprimeurs parisiens auront, semble-t-il, les mêmes droits que les lyonnais sur les publications annuelles de l'astrophile salonais : almanachs, pronostications, et présages astro-politico-météorologiques.

Ces publications sont les suivantes :

Les Presages merveilleux pour l'an 1557
L'épître au roi Henry II est datée du 13 janvier 1556

Almanach pour l'an 1557
L'épître à Catherine est datée du 13 janvier 1556

La grand' Pronostication nouvelle avec portenteuse prediction, pour l'an 1557
L'épître au roi de Navarre "Antoine de Vandosme" est datée du 21 Mars 1556

Le privilège d'impression, commun à ces trois ouvrages, est daté du 14 octobre 1556 dans l'Almanach et dans la Pronostication, et est attribué pour une année au parisien Jacques Kerver et au lyonnais Jean Brotot. Les opuscules lyonnais n'ont pas été retrouvés. Il est spécifié au privilège de l'almanach : "Et par ce que plusieurs libraires & autres tant de ceste ville de paris qu'autres lieux sont coustumiers contrefaire & falcifier les noms d'aultruy en telz cas & matieres D'almanachz. Seront iceulx Almanachz & prognostications paraphez dudict Kerver ou Brotot." (f. A2r). L'almanach, que j'ai tout récemment réédité (CURA, CORPUS NOSTRADAMUS 41), n'est pas paraphé, mais contient l'estampille de l'imprimeur royal Jacques Kerver. De même pour les Présages. En revanche, l'estampille de Kerver n'apparaît pas dans la Pronostication, sans doute par manque de place. En 1556, circulaient déjà des faux Nostradamus, preuve s'il en était besoin, du succès considérable de ces opuscules.

Il est possible que Kerver se soit chargé des Présages et de l'Almanach, et Brotot de la Pronostication, dont la vignette est similaire, sans être identique, à celle imprimée par le même Brotot au frontispice de la Pronostication pour l'an 1555 (cf. CURA, CORPUS NOSTRADAMUS 55). En fait Kerver a probablement confié l'impression de la Pronostication à son collègue Guillaume Le Noir. En effet le privilège n'indique pas que Kerver en soit l'imprimeur, mais qu'il est autorisé à "vendre et distribuer" les opuscules de Nostradamus, et les lettrines A et M en A1v et A2r ne semblent pas appartenir au matériel typographique de Kerver, contrairement à celles figurant dans les autres opuscules, mais à celui de Guillaume Le Noir : la lettrine au recto du feuillet A2 réapparaît dans la Pronostication nouvelle pour l'an 1558 (f.A1v) imprimée par Guillaume Le Noir l'année suivante.
 

De même les différences d'orthographe de la sentence française qui suit, renforcent l'idée de deux imprimeurs distincts. En effet les trois opuscules portent au titre les formules suivantes :

Contre ceulx qui tant de foys m'ont fait mort. ("Contre ceux qui tant de foys m'ont faict mort", dans la pronostication)
Immortalis ero vivus, moriensque, magisque
Post mortem nomen vivet in orbe meum

Traduction : "Je serai immortel de mon vivant et à ma mort, et mon nom sera universellement connu plus encore après ma mort." Nostradamus s'en explique à la Pronostication : "je n'ose proferer la centiéme partie de ce que je pouroys amplement specifier, mais voyant la calomnie de ceux qui tant de foys m'ont faict trucide que encores je presage" (f. A2r).

Cette admonestation lyrique répond vraisemblablement aux quolibets que Nostradamus a pu supporter lors de son voyage parisien auprès de courtisans ignorants, ou d'humanistes sceptiques gravitant dans l'entourage de son hôte Jean de Morel. Le second vers du distique latin s'inspire peut-être de L'art d'aimer d'Ovide, comme l'a remarqué l'envieux Laurent Videl dans sa Declaration : "tu te voulois par trop faire cognoistre en te louant toy mesmes, quand tu disoys que voloys dedier une oeuvre a un seigneur que lyre de Iuppiter ny saturne [sic] ne la sauroit abolir, autant en as fait au distichon qu'as derosbé a ovide [sic] quant tu dis post mortem nomen vivet in orbe meum." (f.C3r).

Edgar Leroy, qui se trompe sur l'orthographe de l'imprimeur parisien ("Kerner" !), écrit : "C'est une rare prophétie de Nostradamus qui, d'un aveu universel, puisse être considérée comme entièrement réalisée !" (Nostradamus, 1972, p.149). La boutade est recopiée par Brind'Amour, Benazra, Clébert et d'autres.

L'ironie est facile, et elle ne coûte pas cher, notamment quand on navigue avec un bandeau sur les yeux et grâce aux projections idéologiques qui soufflent en vent arrière. On notera dans ce registre qu'on recense beaucoup plus de fautes et bourdes diverses dans l'ouvrage du docteur Leroy que dans n'importe quel opuscule de Nostradamus, pourtant massacré par certains de ses imprimeurs.

Leoni commente un article de 1942 dans son excellent ouvrage sur Nostradamus : "Devoting as much diligence in research against Nostradamus (...) Dr. Leroy has also published other articles (...) to prove that (...) Nostradamus' propheties were composed in a drunken stupor out of personal and historical recollections." (1961, p.100). Il est douteux que le crédit accordé aux quatrains par le docteur en médecine ait été rehaussé dans ses publications ultérieures, bien que de nombreux lecteurs se soient à peine rendu compte du caractère franchement hostile du petit médecin nordiste envers le prophète provençal et ses écrits (cf. ma récente "Lettre ouverte à Mme Allemand").

C'est en Provence et dans les régions limitrophes que se recrutent les pires et plus pitoyables ennemis de Nostradamus, supposés reconnaître la fameuse galéjade provençale dans les écrits prophétiques, comme un certain Roger Klotz, professeur de provençal, dans ses "Images de Nostradamus dans l'oeuvre d'Armand Lunel" ( Recherches régionales Côte d'Azur et contrées limitrophes, vol. 49, Nice, Conseil général, 2008, p.101-4 -- une revue subventionnée par le contribuable, pour y déverser de l'antinostradamisme simpliste et de l'antiastrologie dogmatico-obscurantiste : "L'astrologie est une imposture, l'astrologie est un attrape-nigaud, un ramassis d'abominables balivernes", etc.).

 

Les Presages merveilleux pour l'an 1557
 
 
ville d'édition : Lyon
éditeur : Jean Brotot
année : [1556]

Cette édition perdue est attestée par le privilège accordé simultanément à Jacques Kerver et Jean Brotot. On ignore si les extraits donnés par "La Daguenière", repris par Chavigny dans son Recueil, proviennent de l'édition parisienne ou de la lyonnaise.
 
 
ville d'édition : Paris
éditeur : Jacques Kerver
année : [1556 ?] (1557 au titre)
in-16, 56 ff., 75 × 105 mm

° Musée Paul Arbaud, Aix (manquant)
° SB München: Astr.P.97 (manquant)
° Maison Nostradamus, Salon (exempl. Ruzo)
 

La Daguenière, 1558, ff.[B3r]-D2v
Gesner, Bibliotheca, p.608
Chavigny, Recueil, pp.79-81
Ruzo, Testament, p.269 (+ repro. titre et f.A2r)
Chomarat, Bibliographie, n.15
Benazra, Répertoire, p.21
Brind'Amour, 1993, p.477
Chevignard, Présages, pp.283-286
Halbronn, 2002, pp.194-198 (repro. préface)
CAT Ruzo-Swann, Avril 2007, n.8 (vendu 6240 $)

 
 

 

Nostradamus, Presages merveilleux pour l'an 1557

Le privilège est daté du 13 octobre 1556 (f.G8v). Date interne de la rédaction des présages, le 5 janvier 1556 : "de present qui est le 5 de Ianvier 1556 que je fais les presens presages." (f. D4r), curieusement localisés en région lyonnaise : "je voie les astres un peu mal propres pour presaiger, à cause que la pluspart des heures nocturnes lionnoises sont obnubilees" (f. E1r). Ce passage confirmerait le voyage de Nostradamus en Italie et l'inscription de Turin découverte par Corrado Pagliani (Di Nostradamus e di una suà poco nota iscrizione liminare torinese, Turin, 1934). Nostradamus aurait séjourné à Lyon en janvier 1556 avant d'atteindre l'Italie. Ses almanachs et autres publications mensuelles ne seraient pas toutes issues de son "observatoire" salonnais.

Le terme de "présages" est initialement employé par Nostradamus pour désigner des sentences lapidaires en prose et à intention prophétique, par exemple dans la préface à César ("le presaige partie advient, ou à esté predit (...) Car le presaige qui se faict de la lumiere exterieure"), dans celle à Henry ("Dedans l'Epistre que ces ans passez ay desdiee à mon filz Caesar Nostradamus, j'ay assez apertement declaré aucuns poinctz sans presage"), comme aux titres de son opuscule intitulé "Les Présages merveilleux pour l'an 1557" (Presages de Ianvier, Presages de Febvrier, etc). Le terme est aussi employé par Nostradamus (ou par son éditeur Jean Brotot) pour désigner les quatrains versifiés (Presage en general, Presage de Ianvier, etc) et aussi ses publications : "comme avons noté en noz almanachz & presages" (Pronostication pour l'an 1555, f. A3r). Ainsi le terme acquiert une valeur polysémique dès les premières publications nostradamiennes : présages en prose et quatrains versifiés (double désignation reprise par Chavigny), ou les publications elles-mêmes contenant ces présages (almanachs, pronostications, présages, prophéties).

Brind'Amour, n'ayant pu obtenir de copie des Présages ("insignis nostradamista me ignoravit cum copiam huius operis ei rogassem" : cf. 2002), écrit avec un certain flair : "J'estime, par voie de déduction, que c'est dans cet ouvrage que Nostradamus attaquait les trois astrologues qui avaient médit de lui à la Cour, ce qui provoqua la réaction d'Hercules le François, Videl et La Daguenière en 1557-1558." (p.477). Effectivement Nostradamus précise que "sont un tas de bestes brutes ignorantes qui ce meslent de vouloir ensuivre mon umbre, & par calumnie ne cessent de mesdire sed cum talibus ingenis luctari non est animus. Dient ce que leur semblera : cela principal ou l'on prent la doctrine ne scauroit entrer nullement dans leurs cerveaux abestis, ebetez, & privez de toute congnoissance Mathematique, ce sont les ignorants qui occultement me font guerre. Dans ceste lune trois de ceux qui de moy contre raison & le droict devant les Monarques m'ont calumnié : a la fin de l'année n'auront gueres loisir de parler. Je prie a Dieu qu'ilz puissent avoir bonne congnoissance de moy, & changeront leur mauvais propos en bien, l'un que je congnois ne parlera jamais, je suis desplaisant de l'inconvenient qui luy adviendra avant le bout de l'année." (Présages, f.G2r). [Celui-ci pourrait être Videl : "Celuy qui se moquoit du vaticinateur, Soluet hoc anno extremum diem." [Il disparaîtra cette année au dernier jour] (Présages, f.D7r ; cf. "Les trois calomniateurs de Nostradamus", CN 76)]. Et "ça ne relève pas de l'esprit de lutter contre de tels génies" s'exclame Nostradamus avec écoeurement et dérision. Gageons que ces "cavillateurs" (Almanach pour l'an 1557, A8v), moqueurs et virtuoses de la critique valent exactement ce que valent leurs successeurs actuels. Cependant ces trois médisants, dont deux lui "retirent la plume" (Almanach pour l'an 1557, D3r), ne doivent pas être assimilés aux haineux et envieux qui ont écrit contre lui, ultérieurement à cette publication.
 
 
Lettre-épître à Henry II
Au tresinvincible, & trespuissant Roy, Henry, second de ce nom, Michel de Nostradame souhaite victoire & felicité.

Estant retourné de vostre court ô Serenissime & invictissime roy non sans ample remuneration de vostre majesté, & puis retourné à ma solitaire estude, me confiant de vostre bonté immense, non moins Imperialle que Royalle : laquelle m'a faict prendre ceste licencieuse audace vous consacrer les presaiges de l'an mil cinq cens cinquante & sept, & à cause que l'annee passee l'air n'estoit en telle serenité ne les astres disposez, ne me feut possible si amplement specifier les faictz & predictions futures de l'an cinq cens cinquante & six, me sentant aussi presque du tout esblouy, comme du Ciel frappé d'avoir esté veu et touché, & parle au premier monarche de ce monde, au premier Roy des Roys, au bras dextre de toute la chrestienté, & aparmoy considerant de quelle heureuse felicité de siecle sont constituez ceulx qui sont à l'entour d'un si souverain Soleil, comme devant la face de vostre immesurée majesté que d'une opinion tresconstante & doctrine indubitable, fault necessairement confesser que celluy qui est constitué Roy entre tant grand peuple infini & innumerable que c'est quelque chose supernaturelle composer le corps de la quinte essence des elementz, & l'urne estre immortelle & avoir prins son origine du grand Dieu eternel que vostre merveilleuse vertu inextimable, acompaignée d'une rare bonté que à peu de Roys advient hormis divinement, justement se peult esgaller aux memorables faictz des antiquissimes Roys Aeneades voz predecesseurs, lesquelz n'ont moins acqueru [sic] immortalité de renommee pas les escriptures des historiographes, que par leurs memorables faictz.

Touteffois nous voulons avecques les naturelles raisons, par lesquelles nous est monstré une certaine guyde pour scavoir entendre & investiguer la droicte voye de toute[s] ses causes supernaturelles soubz la concavité contenues au dobe [globe] celin & avecques auctorité de plusieurs gloctes [doctes] philosophes & theologiens trestous unanimes, confesserons que vostre majesté est quelquechose creé plus que humaine. Et vrayment estre quelque don celeste venu du siege de la divine habitation & envoiee aux Francoys & entremy d'une infinie & innumerable trouppe de princes extraictz de diverses nations, tant par les siecles passez & presens ne se trouve ung qui soit digne d'estre veneré de tel nom Royal.

E ti [Et si] pour cause ô sire que les envieux ne prenent en ce de object adulatif, feray fin & aussi que l'exiguite du livret ne peult extendre plus ample signification, aiant declairé amplement par ung chascun moys selon que les ymages celestes m'ont demonstré. Il est bien vray que seront quelques ungs emoncte naris [emus & maris] qui trouveront cecy estrange. Sed solet fieri ut quicquid pauci assequi possunt, id in multorum reprehensionem incurrat.
["Mais ce que quelques rares personnes sont seules capables de comprendre, tombe généralement sous la critique des plus nombreux." ou "Ce qui est difficile à comprendre prête aisément à la calomnie." (Ptolémée, De Judiciis [l'un des titres latins du Tetrabiblos], I.1, peut-être d'après le volume des oeuvres de Ptolémée paru à Bâle : Opera (Basel, Heinrich Petri, 1541, p.429, avec "Solet autem fieri").]
La raison est par trop evidente si bien vous vient à contempler les causes merveilleuses de la vertu de ceste nature de Dieu qui faict mouvoir le Ciel que quand nous verrons à lever la face sur les heures nocturnes de terre en hault se vient à presenter proche de noz yeulx les moeurs de ceste grand fabrique celeste composés de si riches aornementx & fabriquee de gemmes tant precieuses, que avecques pure & claire splendeur & continuel mouvement penetrant de toutes pars, moyennant les vertus accordées & années de revolutions, & années de grandes conjonctions le tout justement acordé, le jugement ne peult estre que veritable, mais je seray ô sire contre les calumniateurs defendu de vostre immesurée majesté Tamquam sub clipeo Ajacis. Faisant de rechef fin ô treschrestien Roy priant au grand Dieu immortel vous octroyer vie longue, santé, veoir des vostres ce que les vostres ont veu de vous.

De vostre ville de Sallon de craux en Prouvence ce xiii de Ianvier mil cinq cens cinquante & six pour l'année mil cinq cens cinquante sept.
Par vostre treshumble, tresobeissant serviteur & subject Michel de Nostradame.

Pour plus de lisibilité, j'accentue le texte par endroits et je restitue les apostrophes manquantes. Je marque entre crochets une possible relecture du texte (exempte de fautes d'impression ?)

Une telle glorification, un tel amoncellement d'éloges et de louanges, peuvent friser au second degré une flatterie à la limite de l'impertinence et de la moquerie. Nostradamus a pu s'inspirer du préfet Modeste en faisant siennes les réflexions d'Ammien Marcellin, porté au frontispice de sa Pronostication pour l'an 1555 : "Ses compliments alambiqués, dont l'exagération touchait à l'ironie, n'en chatouillaient pas moins agréablement l'oreille peu délicate de Valens." (Ammien Marcellin, Histoire de Rome, livre 29.1, éd. Nisard, Paris, Firmin Didot, 1869, p.307). Ce serait alors, si elle s'avérait confirmée, une mise en parallèle fort peu flatteuse pour le roi français, comparé à ce cruel empereur romain, Flavius Julius Valens (ca.328-378), co-empereur romain siégeant à Constantinople, persécuteur des astrologues, philosophes, et savants païens. Notons encore la formule latine indiquant que Nostradamus se déclare protégé contre les calomniateurs, "sous le bouclier d'Ajax", c'est-à-dire du roi auquel cette défense fera cruellement défaut lors du tournoi meurtrier du 30 juin 1559.
 

Almanach pour l'an 1557
 
 
ville d'édition : Lyon
éditeur : Jean Brotot
année : [1556]

Cette édition perdue est attestée par le privilège accordé simultanément à Jacques Kerver et Jean Brotot. Comme pour l'ouvrage précédent, on ignore si la transcription de Chavigny s'appuie sur l'édition parisienne ou sur la lyonnaise.
 
 
ville d'édition : Paris
éditeur : Jacques Kerver
année : [1556]
in-16, 32 ff., 8,2 x 11,7 cms

° SB München: 8 Chrlg. 126 w (manquant) 
° Maison Nostradamus, Salon (exempl. Ruzo)
 

La Croix du Maine, 1584, p.330
Chavigny, Recueil, pp.68-79
Ruzo, Testament, p.341
Chomarat, Bibliographie, n.9
Benazra, Répertoire, p.14
Brind'Amour, 1993, pp.477-478
Chevignard, Présages, pp.268-282
CAT Ruzo-Swann, Avril 2007, n.5 (vendu 6240 $)

 

Nostradamus, Almanach pour l'an 1557

La Croix du Maine écrit que "Jaques Kerver & autres (...) ont imprimé ses Almanachs & Prognostications". Cependant les seuls almanachs et pronostications de Nostradamus imprimés par Kerver sont ceux imprimés pour l'année 1557. Les années suivantes, c'est le parisien Guillaume Le Noir qui obtiendra les droits d'impression pour les publications annuelles.

L'almanach aurait été rédigé fin décembre 1555 et début janvier 1556 ("au jour de la presente supputation, qui est le 3 de Ianvier 1556", lit-on pour la fin du mois d'août au folio C5v), et après les Presages merveilleux : "le tout est plus amplement manifesté en noz presages qu'avons dediez au treschrestien roy" (f.A6r) et "ce que j'ay plus amplement declaré aux Presages, que j'ay dedié au Treschrestien Roy" (f.B7r). Il contient douze quatrains versifiés, et a été traduit en italien et imprimé à Milan l'année suivante.
 
 
Lettre-épître à Catherine
A LA CHRISTIANISSIME ET SERENISSIME CATHERINE REINE DE FRANCE

Ma Dame, en m'essayant à tout mon pouvoir de satisfaire au vouloir de vostre majesté : apres avoir parachevé la nativité de monseigneur le Daulphin, me suis remis sur mon estude ordinaire pour supputer l'Almanach de l'Année M D L V I I qui est pour maintenant le Present que vous puis offrir, combien que peu digne de vostre haultesse, toutesfois le plus propre à ma profession. Vous suppliant qu'il vous plaise le prendre en gré, comme de treshumble affection je le vous dedie, & aussi de veoir encores plus songneusement le genese de vostre premier fruict. C'est pour le particulier.

Quant au general, je trouve que d'icy à l'an mil cinq cens cinquanteneuf les astres font indication de tant & si divers troubles, que la carte ne seroit suffisante pour en recevoir les discours qui s'en peuvent faire, mais ce sera pour un autre temps & loisir. Par les presages & par le present Almanach est amplement declarée la constitution de la presente année, comprenant d'abondant une partie de l'année merveilleuse L V I I I & encores quelque chose de l'année L I X qui sera l'année de la paix universelle : par la grace de celuy qui par son eternelle providence fait mouvoir les Astres. Auquel je prie, Ma dame, vous tenir longuement en ce plus que Royal mariage.

De Salon, ce 13 de Ianuier 1556.
Vostre treshumble & tresobeissant serviteur & suget M. Nostradamus.


 

Le Dauphin, le futur François II, est né le 19 janvier 1544 à Fontainebleau au coucher du soleil. Il succèdera précisément à son père en 1559.

L'année 1558 fut celle des exploits du duc de Guise, et 1559 fut effectivement celle de la paix universelle, tout au moins d'une Europe politique qui se prend pour l'univers, puisqu'au début du mois d'avril 1559 furent signés les traités de paix de Cateau-Cambrésis (aux Pays-Bas) entre la France et l'Angleterre, puis avec le duché de Savoie et l'empire espagnol. La paix fut scellée par des mariages princiers, dont les cérémonies provoquèrent la disparition tragique d'Henry II. L'abandon des enclaves françaises en Italie éveilla le mécontentement de la noblesse guerrière française, vivant encore du rêve chimérique de François Ier. Les guerres étatiques pouvaient laisser place aux guerres civiles, en France et dans les "îles" britanniques.

Comme on le voit, les rapports entre "le particulier" et "le général", pour reprendre les termes employés par Nostradamus sans doute en réponse à ses adversaires, ne sont pas si gratuits, ni éloignés des événements politiques effectifs.
 
 

La grand' Pronostication nouvelle avec portenteuse prediction, pour l'an 1557
 
 
ville d'édition : Lyon
éditeur : Jean Brotot & Antoine Volant
année : [1556]

Édition perdue, attestée par le privilège accordé simultanément à Jacques Kerver et Jean Brotot. Il existerait une reproduction de cette édition, établie par l'abbé Rigaux au début du XXe siècle (signalée par Méricourt, p.10).
 
 
ville d'édition : Paris
éditeur : Jacques Kerver
imprimeur : Guillaume Le Noir
année : 1557
in-4, 12 ff.

° Musée Paul Arbaud, Aix: D 2954
° W.T. Bandy Center Library, Nashville: BF1815.N8 A635 1557

La Croix du Maine, 1584, p.330
CAT Kraenner de Ratisbonne, 1855, n.125 (vendu 23 F)
CAT G. Libri, 1857
Buget, 1861, p.86
Brunet 4, 1863, cc.105-106
Graesse 4, 1863, p.689
Denis, 1880, p.5
Parker, 1920, p.28, p.170
Parker, 1923, p.101
CAT Rigaux, 1931, n.47, p.23 (vendu 200 F)
CAT vente Drouot, juin 1932, n.1079
Busquet, 1950, p.64 (frontispice)
Leroy, 1972, p.149
Chomarat, Bibliographie, n.14
Benazra, Répertoire, p.22
Brind'Amour, 1993, p.478
Chevignard, 1999, pp.394-417 (fac-similé)

 

Nostradamus, Pronostication nouvelle pour l'an 1557

Une date interne dans le texte -- "c'est le 20 de May, que je suppute ceci devers le païs d'Italie une secrete & intestine machination" (f.A3v) -- montre que la Pronostication a été écrite plusieurs mois après les deux autres textes, comme le confirment ces rappels : "Combien que plus amplement je l'aye declaré en l'Almanach avec les predictions que j'ay consacré au plus grand des Roys." (f.A1v), "Combien que je l'aye amplement declairé par les presages & Almanachz de cestuy an." (f.A2v), "le reste je l'ay amplement declaré en mes presages." (f.C3v).

Il est vraisemblable que l'épître à Antoine de Bourbon a été écrite ou remaniée postérieurement au texte de la Pronostication. Il en résulte que les dates des épîtres (13 janvier et 21 mars 1556) sont plus formelles que réelles. Soixante-huit jours séparent celles dédiées au couple royal de celle dédiée au père d'Henry IV. Ce laps de temps symbolise peut-être la durée du voyage de Nostradamus à la cour de France durant l'été 1555. Par conséquent, si Nostradamus a bien quitté Salon pour la région parisienne le 14 juillet 1555 (comme l'affirme son fils César), il serait rentré chez lui le 20 septembre. [On obtient encore le nombre 68 en additionnant les jours obtenus : 14 + 20 + 13 + 21].
 
 
Lettre-épître à Antoine de Bourbon
A TRESEXCELLENT, NOBLE ET PVISSANT Roy de Navarre, Anthoine de Vandosme, Michel de Nostre Dame son treshumble & obeissant serviteur, vie longue & felicité.

A bien bonne raison, tresredoubté Sire, à tousjours esté l'ignorance estimee esté cause de tous maux, & empeschement de tous biens, d'autant qu'il est impossible d'eviter un mal auquel on ne pense point, ny de jouir d'un bien qu'on n'entent point. Pource voyans les anciens philosophes que le plus grand don de Dieu estoit le sçavoir, ont addonné leur esprit à la congnoissance des choses pour donner moyen aux hommes pour se gouverner : les avisans des accidens qui surviennent parmy les entreprinses humaines. A l'exemple desquelz me suis appliqué à speculer les significations des choses occultes, & les declairer d'an en an, selon que mon petit esprit peut comprendre.

Et combien que je n'aye encor esté si heureux de pouvoir voir vostre majesté en face, toutesfoys par les numismes & par la phisionomie de Messieurs voz Tresillustres freres, me suis asseuré au bruit constant de voz Royalles bontés : & ay prins la hardiesse de vous dedier partie de mes labeurs : qui est la calculation de ce que les astres demonstrent pour la presente annee 1557. Combien que plus amplement je l'aye declaré en l'Almanach avec les predictions que j'ay consacré au plus grand des Roys. Et me confiant tresdebonnaire Sire, que vous le recevrez de vostre naturelle & accoustumee humanité. En priant le grand Roy eternel qu'il vous doint grace de regner en paix longuement, & à moy de voir en brief le souverain Seigneur de Biarnoys.

De Salon ce 21 de Mars M. D. L V I.
Faciebat Michael Nostradamus Salone petreae Provinciae.
21 Martii 1556 pro anno 1557.


 

La première partie de la lettre sonne comme un avertissement. En 1557 décèderont le dernier oncle survivant d'Antoine, le cardinal-archevêque de Sens qui aurait hébergé Nostradamus en région parisienne durant l'été 1555, son frère Jean, comte de Soissons et duc d'Enghien, ainsi qu'en bas âge son troisième fils. L'année 1557 aura donc été particulièrement funeste pour l'intéressé qui assistera à trois enterrements. Nostradamus aura encore vu juste dans cette épître en apparence inconsistante, d'abord en prévenant le père d'Henry IV d'accidents inattendus, puis essayant de le consoler "a posteriori" sur la perte de ses proches en vantant les qualités humaines de sa fratrie.
 

Le frère d'Antoine, Jean de Bourbon, est tué le 10 août 1557 à la bataille de Saint-Quentin, qui fut un fiasco pour l'armée française commandée par le connétable Anne de Montmorency. La perte de son frère a dû être douloureuse pour Antoine de Navarre qui, déjà en 1552, écrivait à sa femme Jeanne d'Albret combien il lui était attaché : "la perte que j'avons esté en danger de ferre de mon frère d'Anguihen [Enghien] par le moien d'une bien grant fièvre continue (...) je n'ay bougé de sa chambre pour le servir comme je suis tenu pour l'amitié et hobéyssance qui [qu'il] m'a toujours porté." (BnF ms. fr. 8746, f.37 ; éd. Rochambeau, 1877, pp.35-36).

Le 20 août 1558, soit un an après la disparition de son frère, il fait part à la même de son désir de venger la disparition de son frère : "J'espère à se coup ycy me vanger de la mort de feu mon frère d'Anguihen dernier mort." (BnF ms. fr. 8746, f.81 ; ibid., p.157). Et, ajoute-t-il, faisant vraisemblablement allusion à la Lettre à Catherine parue dans l'Almanach pour l'an 1557 : "Il se parle ycy de quelque paix (...) Quant à moy je n'espère ladite paix qu'après la bataille, Dieu veille que Nostradamus dise vray, que nous la guagnons. Nous avons assés passé de mauvèses fortune, il est temps qu'il nous en viennent des bonnes." (BnF ms. fr. 8746, f.81 ; ibid., pp.157-158).
 
 

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  08-01-2007, last updated : 17-08-2015
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