CORPUS NOSTRADAMUS 76 -- par Patrice Guinard
 

Le monstre d'abus du pseudo Daguenière (1558)
 

Le pamphlet d'un calviniste déguisé en courtisan aura suscité maintes hésitations et erreurs -- non pas toutes gommées car subsistent quelques détails laissés dans l'ombre à l'issue de cette étude. Théodore de Bèze, s'il en est l'auteur, aura élevé le ton et l'intérêt de sa Premiere invective, mise au compte d'un Hercule Gaulois déménageant l'imaginaire culturel partagé avec ses contemporains. Le traité au style incisif ne peut avoir écrit par je ne sais quel quidam dont il ne resterait que cette présente relique, même si l'identification heurte la sensiblerie intellectuelle de ceux qui appréhendent la littérature afférente à Nostradamus dans les écoles où s'enseignent les méthodes pour éviter de le lire.
 

Le monstre d'Abus
Composé premierement en Latin par Maistre Iean de la dagueniere, docteur en medecine, & Matematicien ordinaire des landes d'anniere. Et despuis traduit & mis en nostre langue Françoyse par le More du Vergier, recteur extraordinaire de l'université de Mateflon, & protecteur des gondz de la Haioulén.

Marinus Novetus Nucensis
In Nostradamum.
Nondum grammaticae calles primordia, & audes
Vim caeli radio suposuisse tuo.
 
 
auteur : "Jean de La Daguenière"
ville d'édition : "Paris" [Genève ?]
éditeur : "Barbe Regnault"
année : 1558
in-8, 20 ff.

> Du Verdier, 1585, pp.885-886
> Chavigny, Recueil, 1589, pp.79-81
> La Caille, 1689, p.141
> Bibliophile belge 5, 1848, p.104
> Buget, 1861, pp.241-259 (imprimé à Genève)
> Brunet 4, 1863, c.107
> Graesse 4, 1863, p.690
> Weller 2, 1864, p.2 (imprimé à Genève ?)
> Hoefer 38, 1864, c.305
> Delpy 2, 1911, n.1827
> Parker, 1920, p.60
> Millet, 1987, pp.107 & 115-117
> Chomarat, 1989, n.29
> Crouzet, 1990, pp.139 & 160-161
> Benazra, 1990, p.33
> Brind'Amour, 1993, pp.514-515

° BnF Paris : Rz 2905 (ex-exemplaire de la B. Royale,
celui décrit par Buget ?)
° BnF Paris : Z 17206
° BnF Paris : Z 1384 (sans nom d'imprimeur :
exemplaire imprimé ou mis au compte de Claude Ravot ?)

Composition de l'ouvrage
(erreurs de foliotation en B3r ("A3r") et C2r ("A2r")
f.A1r : titre
f.A1v : blanc
ff.A2r-E3v : texte (36 pp.)
f.E4r : fleuron
f.E4v : blanc
 


 

L'identité du pamphlétaire

L'ouvrage, prétendument traduit du latin, aurait été publié à Genève, attifé du nom et de l'adresse d'une maison parisienne adverse. C'est de bonne guerre, surtout s'il s'agit de confondre l'auteur auquel on s'attaque, et de semer le trouble dans ce qui déjà avait coutume de s'exposer avec incertitude aux yeux même des connaisseurs les plus avertis. Si tel est le cas, le choix de l'imprimeur parisien n'est certainement pas le fait du hasard, et il a peut-être circulé des almanachs, pronostications, voire d'autres opuscules, publiés chez la veuve Regnault dès 1556-1557, c'est-à-dire quelques années avant ceux du début des années 60, dont quelques exemplaires ont survécu.

Une autre possibilité concernerait la parution chez Barbe Regnault au début de l'année 1558 d'un document, "Le fol s'y fie de Monstradabus", annexé à La Description de la prinse de Calais et de Guynes (cf. CORPUS NOSTRADAMUS 23), et dont s'inspire la rhétorique répétitive de cet opuscule : "Y a il au monde homme qui daigne prendre la peine de lire ses [ces] tant elegans & graves motz qui ne les juge estre issus de la teste d'un triboulet a triple marotte, ou d'un vray fol a double rebras." (f.B4v).

Triboulet était le célèbre fou du roi René puis de Louis XII. Dans un acte daté du 26 novembre 1464, rédigé par Henry du Vergier, secrétaire de Charles, duc d'Orléans (1391-1465), le poète et père du futur Louis XII, il est fait état d'un cheval donné à Triboulet, alors fou du roi de Sicile. (Recueils Joursanvaux, nn. 213-214-215, in Louis Paris, Les manuscrits de la bibliothèque du Louvre, Paris, 1872, pièce 11, p.78). Et Thony, le fou en vogue à la cour de Henry II, est évoqué en B1r : "Ce nom dis-je, qu'on donne a la cour ordinairement a thony".

Buget estime que Théodore de Bèze, le bras droit de Calvin, est l'auteur de la diatribe, et qu'il aura calqué les calembours aux titre, sous-titres et au distique latin qui introduisent son ouvrage, sur ceux qu'il aura trouvés chez Nostradamus, si bien que l'éclaircissement de ces subtilités équivaut au début d'une exégèse du texte même de Nostradamus : "Ces ruses de l'auteur pour déguiser sa pensée sont empruntées de son adversaire inépuisable en ce genre. Les détails dans lesquels nous allons entrer ne seront donc pas un hors-d'oeuvre, mais une étude préliminaire, un prélude à celle de Nostradamus." Buget en donne une démonstration étourdissante aux pages 254-259 de son article, dont suivent quelques bribes.

- Maistre Iean : Calvin
- la dagueniere : lire "daguanière", l'habitation de celui qui dague les ânes (lire plutôt : le lieu où s'élaborent les diatribes, au besoin injurieuses, mais pour la bonne cause ?)
- Matematicien : lire "mate-maticus", le mate-fou (lire plutôt : celui qui mate deux fois, sous-entendu "le fou" et "l'âne" ?)
- ordinaire : délégué (par l'ordre des ministres de Genève), et extraordinaire : chargé d'une mission spéciale
- landes d'anniere : le pays des ânes
- traduit & mis : pléonasme apparent, du latin missus, envoyé, distribué (pour accomplir la mission évangélique)
- le More du Vergier : le Noir en charge de faire fructifier la parole évangélique, par identification de Bèze à son précepteur Melchior Wolmar
- Mateflon : mate-félon
- etc.

L'auteur controuvé du distique latin déguiserait encore le prédicateur genevois qui a épousé secrètement en 1544 une roturière nommée Claudine Denosses ("Nucensis") : c'est l'ultime clin d'oeil qui véritablement convainc du bien-fondé de la lecture de François Buget, lequel perçoit même un calembour dans le choix de l'imprimeur parisien (Barbe Regnault : "à la barbe du règne").

A l'appui de ses observations, on notera qu'avec le distique adressé à Nostradamus ("Tu ne t'es pas encore endurci aux principes de la grammaire et tu oses soumettre la puissance du ciel à [la mollesse de] ta baguette."), Bèze, s'il en est bien l'auteur, aura trouvé l'occasion de renouer avec la verve licencieuse de ses poèmes de jeunesse, les Poemata (1548) qui deviendront les Poemata Juvenilia dans des éditions ultérieures !

Même si l'enracinement calviniste du traité reste indubitable (en dépit de l'opinion du calvinologue Olivier Millet, tancé par son confrère Denis Crouzet), les propositions de Buget concernant l'identité de l'auteur du Monstre d'Abus ont été jugées peu concluantes par Brind'Amour qui aura trouvé à son titre quelques lieux-dits en région angevine et dans La guide des chemins de France de Charles Estienne, mais, comme dans le cas de Claude Haton (cf. CORPUS NOSTRADAMUS 11), en passant à côté de l'essentiel (cf. ma conclusion, infra).

On peut comprendre les réticences des spécialistes du protestantisme à reconnaître la paternité d'une telle oeuvre, quoique brillamment écrite, à l'un ou l'autre des maîtres à penser de leurs habitats épistémologiques : c'est pourtant méconnaître l'influence considérable des écrits de Nostradamus dans la culture européenne à cette époque, une influence que des générations d'obscurantistes n'auront cessé de minimiser ou d'ignorer.

En réalité, le traité du pseudo-Daguenière pourrait prolonger la Première invective du pseudo-Hercules (cf. CORPUS NOSTRADAMUS 57) : ce serait donc la seconde, peut-être rédigée à plusieurs mains comme dans Les Satyres de la cuisine Papale (cf. CORPUS NOSTRADAMUS 23), comme semble l'indiquer cet aveu de ou des auteurs masqués : "ce peu que tu as deja ouy de moy & dequoy je t'ay deja adverti" (f.D2v).

Le pamphlétaire, qui aura renoncé à exhiber la panoplie du catéchisme calvinien (d'abord en raison de la stratégie de diversion qui est celle de l'ouvrage), ne peut s'empêcher de faire allusion aux "execives richesses" des temples (f.D1v) et à la "seulle vive foy purement, fidelement & inviolablement gardee" (f.D4v).

Et s'il a bien commis sa Premiere invective contre Monstradamus, il persiste et signe en peaufinant sa métaphore au titre et dans le même registre, et en réitérant ses invectives contre sa victime -- le "monstre d'Abus", accusé de vouloir s'approprier un savoir qui n'appartient qu'à Dieu (f.E1r) et "ravir le ciel au seigneur Dieu tout puissant" (f.A3v) --, comme ses imprécations menaçantes le conviant à s'amender et à renoncer à ses projets ("f.A2r" = f.C2r), auxquelles s'ajoute encore ici ou là le ton paternaliste et moralisateur des prêtres et idéologues, propre à tous ceux qui s'imaginent avoir acquis ou que leur est dû un pouvoir sur les âmes et les consciences : "change (...) ta conception en termes familiers, intelligibles, bons & bien aysez : a celle fin que chascun ayt bonne ocasion de se contenter de toy, & que petit a petit on mette en oubly tes fautes passees te voiant deliberé de mieux faire a l'advenir. PRAGMA KREISSON ELPIDOS ["ce qui est permis d'espérer", conclut l'helléniste.]" (f.E3v).

A l'occasion, le satiriste prétend être familier de la cour, à l'instar de son opuscule prétendument imprimé à Paris : "Or quant à la cour ou je fais mon sejour ordinaire" (f.D3r). Aussi assure-t-il qu'il y aurait été témoin du séjour de Nostradamus durant l'été 1555 : "Ié qui pour lors y estois sçay fort bien qu'il n'y avoit celuy qui ne s'asseurast que tu estois la venu expressement pour recevoir a guerdon toute la mocquerie dont tous tes pouvres petitz traictez & discours fantastiques estoint dignement recompenses." (f.A4v), un événement probablement galvaudé entre cette date et celle de la composition du traité, environ trois ans après, et/ou dont il aura trouvé la relation chez Videl (cf. infra).
 

 

Les invectives de La Daguenière

La diatribe est encore parsemée d'injures et de dépréciations, cependant plus mesurées et ourdies que dans le pseudo-Hercules : "rapetasseur de vieux songes" (f.D1v), "tes almanachz, presages, & toute telle race d'oeuvres de semblable estoffe ne servent que d'ennyvrer de mensonges les entendementz humains" (f.A3r), les "fumees de ton vagabond & lunatique cerveau" (f.D2r), "tes ordures : sur lesquelles tu fais ton dessein de te forger une je ne sçay quelle immortalité" (f.D4r), "des almanachz & presages remplys de songes & d'inventions par trop cauteleuses & rusees" (f.D4v), "asneries & batteleries" (f.D4v), "asneries & sotteries" (f.E2r), etc., et déclinées aussi bien dans le champ ludique : on se servirait du nom de Nostradamus pour désigner le fou aux échecs, le mat (ou bagat) au tarot, ou le valet de trèfle ou de carreau aux cartes (f.B1r), que sur le mode plurilingue : "l'Aleman (...) t'apelle en son langaige Sonne narritlich [fils d'ignorance] und watter lidsellich [et père du mensonge] (...) l'Italien t'apelle & nomme tromba di pazzia [trompette de folie], l'Espagnol sacca muelas [il m'arrache les dents], le Basque astoa [l'âne], le Gascon Fat [le fada], & le Provençal Frascaire [plaisantin, bouffon] ..." (ff.D3r-D3v).

Le traité du pseudo-Daguenière est cependant d'un intérêt bien supérieur au précédent, d'abord parce qu'il informe d'ouvrages authentiques de Nostradamus, "Almanachz, Iugemens du futur & presages" (f.A3v), en l'occurence : quelques termes du quatrain pour janvier 1557 ("indigne orné", ou "esleu premier" en A3r = B3r) pris dans une édition Regnault (?) de l'Almanach pour l'an 1557, certaines sentences journalières figurant aux calendriers des almanachs : "Bataille navelle, ville assiegee, victoire gallique, retour felice ..." (f.E2r), peut-être prises à l'Almanach pour l'an 1556 et sur lesquelles l'auteur ironise comme le fait Couillard dans ses Contredicts (cf. CORPUS NOSTRADAMUS 50), et surtout quelques passages des Présages merveilleux pour l'an 1557 (f.B3r sq.) que Chavigny, qui n'en avait pu retrouver le texte, recopiera dans son Recueil en rectifiant quelques coquilles d'impression dont se délecte le "haineux" de Nostradamus (Chavigny, p.79) : par exemple "Mars & ses marteaux" (f.B4r), corrigé par Chavigny en "Martiaux" et qui devient prétexte aux persiflages du rapporteur : "Nous ne pouvons penser de quelle race de marteaulx Mars se serve a present si ce n'est d'aventure qu'il ayt changé ses armes à la forge du ministre des fouldres" (f.B4r), lequel a néanmoins conscience de la possibilité d'éventuelles fautes d'impression : "mon opinion est que si l'imprimeur n'a failly, ce à esté l'autheur mesme" (f.C3v).

Cependant Chavigny n'aura pas réussi à appréhender toutes les allusions au texte des Présages : "qui sont ses [ces] pecheurs d'anguiles que tu dis tout ensuivant que commenceront a se facher" (f.B3v) questionne l'ironiste, reprenant le texte : "Les pescheurs des anguilles se commenceront a fascher." (Présages merveilleux pour l'an 1557, f.A8v).

La principale critique du pseudo-Daguenière concerne l'écriture du provençal : tes "involutions de propos & langaiges obscurs, ambigus & inusités" (f.B1v), "ton terme est tant contraire à l'usage familier du langaige commun, propre & usité, qu'il est impossible a homme vivant d'y congnoistre ne fondz ne rive." (f.D1r), "si barbare & estrange façon d'escrire, jamais encores non veue" (f.E3r), etc. Mais c'est précisément le style et l'indéterminabilité du lexique nostradamiens qui font que la lecture des Prophéties et des Almanachs intrigue encore le lecteur moderne, alors que les écrits de Bèze ne se parcourent plus guère que dans les écoles spécialisées et avec ennui.

Un reproche annexe, formulé par Jules-César Scaliger à peu près à la même époque, concerne ses origines ethniques : "ces tant evidentes menteries descrites en voz petitz paquectz annuelz, qui sentent encores leur Judaisme a pleine gorge" (f.C1v). Sans commentaire.

Une autre critique a trait à son incompétence technique et professionnelle : "tu ne sçais pas seulement la definition & les rudimens de l'art & science dequoy tu te mesles. Au moyen dequoy je te conseille desormais de te taire & de quitter le dire pour l'ouyr." (f.E1r). Et d'après l'inquisiteur, les bergers en sauraient plus sur l'astrologie que les astrologues (f.E2v) ! Le pamphlétaire ne s'attarde pas sur le sujet, et aura peut-être trouvé l'argument en lisant Videl (qui publie sa diatribe sans doute quelques mois avant la sienne) : probable qu'il en sache encore beaucoup moins que celui qu'il admoneste, n'étant en mesure de faire état que de définitions et de rudiments ! -- quand bien même il aurait essayé de lire l'Avertissement anti-astrologique de son maître Calvin (1549).

Enfin une quatrième objection, et plus sérieuse, concerne son inspiration livresque : La Daguenière observe, avant nos exégètes modernes qui s'en sont abreuvés, que Nostradamus recycle pour le compte d'un projet futuriste des pans entiers de l'histoire Romaine : "Seroit il bien possible que depuis l'heure que les guerres civiles commencerent à desmembrer l'empire des Romains le temps pere de verité & explorateur de toutes choses, nous eust celé la nouvelle de luy jusques à present ?" (f.B4r ; cf. aussi f.C4v).

C'est que le polémiste n'admet pas la conception cyclique qui ordonne le texte du provençal, ayant bien conscience que ces noms empruntés à l'histoire romaine veulent cacher des ombres du futur, ce que n'entendent plus les interprètes modernes qui se condamnent à une lecture strictement passéiste du texte oraculaire : "Qui est il ? ce Deucalion qui le congnoist ? (...) Mais le tien, nous ne sçavons qu'elle beste c'est." ("f.A3r" = f.B3r) ... "Ie n'oy personne qui se vante de congnoistre ce graveleux. (f.B3v) ... "ce tien Roy des Mesopotamies que tu nous as freschement enfanté" (f.C3v), etc.

Finalement les prétentions de Nostradamus à vouloir dresser le portrait des personnages de l'histoire future est insupportable au prédicateur calviniste : "tu veulx qu'on croye, que tu croys asseurement sçavoir les choses futures & a venir" (f.E1v), mais "pour le rendre & faire trouver possible, il te fauldroit forger des hommes de ton humeur" (f.E2r). En effet, cette prétention sépare la prédiction de la prédication, et finalement l'univers du visionnaire de celui des gestionnaires, qu'ils soient de Genève ou d'ailleurs -- et l'on sait que Ronsard aura voulu se ranger aux côtés du premier.
 
 

Les trois calomniateurs de Nostradamus

Un passage du pamphlet reprend les propos des Présages : "quand tu t'adresses a toute bride a troys de tes calumniateurs, les apellant bestes bruttes & ignorantes, pource comme tu dis qu'ilz se meslent de vouloir ensuivre ton umbre (...) les menaçant de les voir sur l'issue de ceste annee en telle extremité, qu'ilz n'auront pas seulement le loysir de parler" (ff.D1v-D2r). Mais l'on se demande encore qui seraient ces trois calomniateurs, dépeints par Nostradamus en ces termes : "mais sont un tas de bestes brutes ignorantes qui ce meslent de vouloir ensuivre mon umbre, & par calumnie ne cessent de mesdire sed cum talibus ingenis luctari non est animus. ["Contre de tels génies, lutter ne relève pas de l'esprit !"] Dient ce que leur semblera : cela principal ou l'on prent la doctrine ne scauroit entrer nullement dans leurs cerveaux abestis, ebetez, & privez de toute congnoissance Mathematique, ce sont les ignorans qui occultement me font guerre. Dans ceste lune [nouvelle lune de novembre 1557] trois de ceux qui de moy contre raison & le droict devant les Monarques m'ont calumnié : a la fin de l'année n'auront gueres loisir de parler. Ie prie a Dieu qu'ilz puissent avoir bonne congnoissance de moy, & changeront leur mauvais propos en bien, l'un que je congnois ne parlera jamais, je suis desplaisant de l'inconvenient qui luy adviendra avant le bout de l'année. Or laissons un tas de videlas pour veaux ..." (Présages merveilleux pour l'an 1557, f.G2r)

Éliminons Antoine Couillard du Pavillon : Nostradamus a dû parcourir sa parodie de 1556 avec amusement et indulgence. Et l'invective du pseudo Hercules est parue après la rédaction des Présages. Laurent Videl, qui cite aussi le passage des trois calomniateurs sans sa Declaration des abus ignorances et seditions de Michel Nostradamus (1558, ff.B2r-B3r), se sent visé par les propos puisqu'il date sa diatribe calomnieuse d'Avignon "ce jour que tu me menassoys de beaucoup de maux, qu'est le xxi novembre 1557." (f.F2v), c'est-à-dire au jour précis de la nouvelle lune de novembre 1557. Admettons qu'il soit bien notre premier calomniateur, héraut des "videlas" mentionnés par Nostradamus, mais l'histoire ne dit pas s'il aura loisir d'exécuter ses révérences et acrobaties verbales encore longtemps à la cour.

Note Juillet 2013 : L'un des deux autres calomniateurs n'est pas Mellin de Saint-Gelais (1491-1558), poète courtisan et organisateur de spectacles pour la cour, auquel j'avais pensé lors de la rédaction de cet article en 2007 puis 2008, mais bien Joachim Du Bellay (1522-1560), probable auteur du fameux distique latin contre Nostradamus (cf. CORPUS NOSTRADAMUS 43), qui est décédé le 1er janvier 1560. Ici encore une formule à double sens, comme Nostradamus en est coutumier, "a la fin de l'année n'auront gueres loisir de parler", attestant une fois encore de son don visionnaire.

Quant au dernier calomniateur, pour qui Nostradamus semble éprouver malgré tout quelque sympathie, on peut penser à Jules César Scaliger, décédé le 21 octobre 1558, et auteur de quatre méchantes épigrammes contre son ancien confrère et ami. (Et Nostradamus n'écrit pas à la cour de France, mais "devant les Monarques").

[A propos de calomniateurs ... Personne ne se sera risqué à s'interroger sur l'identité des trois médisants dont il est question chez les pamphlétaires et dans les Présages, moins colorés mais tout aussi ardus à déchiffrer que les Prophéties, même parmi ceux qui auraient franchi le stade de l'ignorance, et malgré l'effervescence de candidats à "l'interprétation" des quatrains, égarés par leurs disfonctionnement et abrutissement cérébraux, "un tas de videlas pour veaux" comme les appelle Nostradamus, des touristes de la connaissance qui baladent leurs cervelas en guise de cervelle sur les blogs, forums internet, espaces assimilés et autres recoins à mouches, aménagés pour leurs pisse-becs.]
 
 

L'attestation de la parution des éditions des Prophéties en 1557 et 1558

C'est peut-être aujourd'hui le principal intérêt de l'ouvrage, alors que la parution du second livre des Prophéties en 1558 continue à être mise en doute par certains exégètes, au seul prétexte qu'aucun exemplaire n'en a pu être retrouvé. Le polémiste écrit : "ce ne sont que petitz traictez, lesquelz encores que soi[e]nt dediez (eux indignes touteffois) à la magesté du Roy" (f.B2v). La marque du pluriel fait évidemment allusion aux Présages merveilleux pour l'an 1557 (dédicace à Henry II datée du 13 janvier 1556) mais aussi au second livre des Prophéties (dédicace au même datée du 27 juin 1558). L'allusion à ces deux traités dédiés au roi de France réapparaît en fin de discours : "tu deliberas luy adresser & offrir tes poures petis traictez & discours du futur" (f.E3r).

La Daguenière se défend "d'adjouter foy a aucun de tes songes, ne a pas un seul de tes presages (...) & encores moins a tes prasies qui aiant esté donnees & mises en vante sur la derniere saison ont de nouveau encores grandement acreu la maigre & petite estime & reputation en quoy tout le peuple te tient, de sorte qu'on ne les appelle point autrement que les propheties des lanternes." (f.E2v)

Les "propheties des lanternes", c'est-à-dire ces balivernes et chimères qui désignent explicitement les quatrains de l'une des deux éditions des Prophéties parues à la fin de l'année 1557 chez Antoine du Rosne, mais probablement la seconde parue en novembre ("sur la derniere saison"). Se demandant pourquoi Nostradamus n'a pas aussi adressé ce premier livre des Prophéties au roi comme il l'a fait pour le second et pour les Présages de 1557, le polémiste ajoute : "Je m'estonne que tu ne les as aussi bien adressee [sic] à la magesté du Roy, que tu as faict je ne sçay quelles autres lanterneries, cuidant par ce seul moyen (se croys je) accroistre leur authorité. Vrayement je ne me puis tenir de rire, quand je pense au peu d'occasion que tu avois de luy offrir l'annee passee, je ne sçay quel petit loppin de tes presages ou prononstications. [sic]" (ff.E2v-E3r)

Il est temps de reprendre la question de l'identité du pamphlétaire avec Brind'Amour qui a relevé dans les jeux de mots au titre quelques noms figurant dans La guide des chemins de France de Charles Estienne. La Dagueniere, ainsi que La Touche aux asnes, près de certaines landes ("les landes d'anniere") figurent en page 130 de l'ouvrage, de part et d'autre d'Angers. Les "anges" de Genève, pour reprendre les métaphores dans l'esprit de Buget, sont bien placés pour s'occuper de "l'âne" auquel le pasticheur croit être en mesure de faire la leçon. Au nord-est d'Angers, au-dessus de Seiches, on trouve aussi Matheflon, Le Verger et Huillé (Haioulén ?). Brind'Amour d'en conclure que les auteurs -- car il croit aussi que l'ouvrage a vraiment été traduit du latin -- seraient originaires de la région.

Outre la naïveté d'imaginer que "les auteurs" eussent dévoilé leur identité et déposé l'ouvrage chez l'imprimeur parisien, lors d'une prétendue venue à la cour par exemple -- selon les affirmations du texte prises pour argent comptant ! --, Brind'Amour ne remarque pas que figurent aussi dans les pages précédentes (aux pages 128-129 de l'édition de 1552) les lieux de Varennes, Renes, Vaultorte et Hervee, c'est-à-dire les principaux homophones du décor planté dans le fameux quatrain IX 20 :

De nuit viendra par la forest de Reines,
Deux pars vaultorte Herne la pierre blanche,
Le moine noir en gris dedans Varennes
Esleu cap. cause tempeste feu, sang tranche.

Autrement dit, l'auteur du pastiche, qui ne serait autre que le pseudo-Hercules, c'est-à-dire Théodore de Bèze ou Besze en accordant à François Buget la primeur de l'identification, avait sous les yeux l'une des éditions de La guide ainsi que l'édition des Prophéties de 1558. Il en aura déniché l'emprunt, plus de quatre siècles avant l'article de Chantal Liaroutzos (1986), et en tournant la page, aura rencontré des lieux convenant parfaitement à l'esprit de ses propos venimeux. Mais contrairement aux interprètes modernes, s-c-eptiques aux longues oreilles mais bouchées, Bèze savait parfaitement que l'objet du quatrain de Nostradamus ne saurait être ce Varennes saumurois, mais bien un Varennes du futur dont il aura fait le théâtre de visions dont le réformé conteste la légitimité.
 
 

Annexe : Le texte de Buget (Bulletin du Bibliophile, 1861, pp.254-259)
 
[p.254] (...) Passons maintenant au Monstre d'abus. L'anagramme est jolie, parce que, de légers changements de lettres opérant la métamorphose, on découvre aisément la première forme sous la nouvelle. Monstre d'abus est aussi la clef principale de tout le titre. Nous expliquerons en effet les mots obscurs, en y changeant une ou deux lettres, et en les traduisant en latin, comme on le fait pour trouver Nostradamus sous Monstre d'abus. Ces ruses de l'auteur pour déguiser sa pensée sont empruntées de son adversaire inépuisable en ce genre. Les détails dans lesquels nous allons entrer ne seront donc pas un hors-d'oeuvre, mais une étude préliminaire, un prélude à celle de Nostradamus.

Composé premièrement en latin est une formule de ce temps-là. Ecrire en cette langue étant plus facile, c'est par là que l'on commençoit, puis on se traduisoit en françois ; quelquefois même on feignoit de s'y être pris de la sorte. Mais je n'admets rien de banal dans ce titre ; et le latin, le grec ou l'hébreu, doivent me rendre compte de tout. - Je procède comme si j'expliquois Nostradamus. J'ai mon idée, mon but : composé ne me convient nullement. J'examine donc les divers sens de compositum, et, laissant ce qui ne me va pas, je m'arrête à combiné, imaginé. Voilà mon affaire. - Latin, vient de Latium, qui vient de lateo, qui vient de lhqw, qui vient de la caverne de Loth. Donc, en latin, veut dire ici latenter, en secret ; car il ne faut pas ébruiter à Genève nos plans de guerre contre la France.

Par maistre Iean de la dagueniere. Jean est le disciple fidèle qui suit son maître jusqu'à la mort, tandis que Pierre le renie et l'abandonne. Maître Jean, c'est Jean Calvin, le chef des saints, des élus, dont Bèze et les autres acceptent les dogmes, font les volontés et justifient les actes : témoin Servet. - La dagueniere, c'est Genève. Tel qu'il est, ce [p.255] mot n'offre aucun sens. Mais la Daguanière est l'habitation de celui qui dague les ânes ; et tag, radical latin, passant, dans ses modifications, de l'idée du contact à celles de frapper, piquer, même foudroyer, duper, railler, la Taganière est l'asile, la forteresse, d'où l'on frappe, perce, foudroie, couvre de ridicule ces malheureux. Les ânes sont les papistes, et avant tout Henri II, sans compter Nostradamus, qualifié, dans le pamphlet, de docteur à longues oreilles, de roussin d'Arcadie, de poète à couronner de chardons.

Docteur en medecine et matematicien ordinaire des landes d'anniere. La vraie médecine étant celle de l'âme, l'inspiré qui démontre le secret de la vie éternelle, méconnu depuis douze siècles, est certes le docteur en médecine par excellence. - Matematicien, sans h, ne vient pas de mathemat-icus, mais de mate-maticus, mate-fou. En effet, mater, humilier, abattre, et, aux échecs, faire le roi mat, le réduire à l'impuissance, vient du radical mat, qui signifie, comme verbe, rendre vain, faire échouer ; comme nom, vanité, folie, fanfaronnade ; et, avec la désinence adjective, un insensé, un fou. - Ordinaire a ici, outre le sens que nous y attachons, celui d'ordinarius, conforme à l'ordre, c'est-à-dire à l'ordre véritable, comme l'élection des "ministres du saint Évangile" à Genève ; tandis que l'ordination romaine, et les effets qu'on lui attribue, sont une momerie scandaleuse et un mensonge diabolique. - Les landes d'annière sont le pays des ânes. Le nom d'Asnières, près Paris, et de quelques autres villages, vient de ce que leurs habitants, pour tirer parti d'un sol infertile, multiplioient l'animal patient et robuste, modèle de sobriété. Mais ce seroit trop général. Aussi n'y a-t-il pas Asnières, mais annière. Pourquoi ces deux n ? Pour flétrir du même coup le tyran et sa Babylonienne. C'est une allusion palpable au [p.256] nom de celle-ci. Les deux n représentent deux ânes. Or di signifie double : diaule, double flûte ; diphtongue, double son. Ainsi, comme le roi et sa maîtresse, double âne et Diane ne font qu'un. Ce n'est pas galant ; mais s'ils l'avoient tenue, ils l'auroient pendue ou brûlée vive.

Et despuis traduit et mis en nostre langue Françoise par le More du Vergier. Despuis est un mot si grave et si mystérieux que je recule devant ses profondeurs. Chacun sait que la vérité est au fond du puits. Mais l'auteur, parlant au pluriel, veut désigner les différentes sources où il a puisé les vérités admirables contenues dans sa brochure. C'est d'abord ce puits de science nommé Calvin ; puis sans doute les conseils de Viret, Farel et autres élus ; puis enfin la verve satirique et bouffonne d'où jaillira bientôt la Comédie du pape malade. Je ne dis rien d'une foule d'autres sens - Traduit me prouve de nouveau que ce libelle n'a pas été composé d'abord en latin, mais en françois. En effet traducere, faire changer de lieu, signifie aussi faire passer d'un état à un autre. C'est précisément ce que Bèze a fait en donnant à l'idée, au projet ou au plan de Calvin sa forme actuelle. - Traduit et mis en nostre langue. Rien n'est plus nostradamique que ce pléonasme apparent. C'est une sottise en françois : preuve qu'il faut demander au latin le secret de ces deux mots. Mis venant de missum, envoyé, lâché, lancé, veut dire introduit, colporté, distribué, semé à pleines mains en France, par les innombrables émissaires de la propagande calviniste. - En nostre langue françoise, parce que les novateurs préféroient le françois au latin, afin de mieux répandre leurs opinions dans les masses - Par le More du Vergier. Le More, de morus, noir, c'est Wolmar, parce que, des trois mages, Gaspard, Balthazar et Melchior, c'est le dernier qu'on représente comme un nègre. Le Vergier ou verger, c'est Bèze, que Wolmar s'est plus à cultiver, à enrichir de connoissances précieuses, qui portent maintenant des fruits délicieux, comme ce titre. Mais ce n'est pas Wolmar, c'est [p.257] Bèze qui a exécuté le plan de Calvin ; il faut donc lire le Vergier du More. Si l'auteur ne l'a pas écrit, c'est que More va mieux comme nom de personne, et verger comme nom de propriété. C'est dire aussi plus énergiquement que ce qu'il a de meilleur et ce qu'il fait de mieux, on le doit à Wolmar.

Recteur extraordinaire de l'université de Mateflon. Il nargue, par ces métaphores, François de Guise, lieutenant général du royaume, et l'université de Paris, ennemie déclarée des novateurs. L'université de Mateflon est la ligue des prédestinés, dont le général en chef va diriger les efforts contre les infidèles. Félon signifioit non-seulement traître, mais cruel, inhumain. Le félon que les saints veulent mater, anéantir, c'est le Domitien, le Phalaris, Henri II. L'e de félon est supprimé pour rappeler phlox, flamme, et phlégeïn, brûler. Messieurs les élus brûloient volontiers les mécréants : le fer et le feu devoient en purger la terre. Mais le tyran appliquant ce principe aux élus eux-mêmes, Calvin députa Bèze, Farel et Budé vers les cantons protestants, pour réclamer leur intercession en faveur des victimes. Bèze, chef de l'ambassade, dirigeant l'attaque aussi bien que la défense, est lieutenant général du pape de Genève, ou recteur extraordinaire des Matefélon.

Et protecteur des gondz de la Haioulén. Ce dernier mot n'a aucun sens. Mais Hagioulé se compose de hagios, saint, et d'oulé, cicatrice. La papelardise et l'idôlatrie ont fait de ce monde un ulcère immense, une plaie hideuse, qui n'est bien cicatrisée que dans la partie de la Suisse françoise où règne le calvinisme le plus pur. Cardo, gond, veut dire aussi ligne tirée vers le nord, et limite. C'est Lausanne, dont le territoire, inondé de lumière, touche le canton de Fribourg et le Valais, plongés dans les ombres de la mort ; Lausanne, où Bèze veille à la pureté de la foi, à l'intégrité de la cicatrice sainte. Il en est le dieu protecteur, comme Carda était la déesse tutélaire des gonds, considérés comme un emblème de l'union conjugale et de la vie de famille, dont le monachisme est le tombeau. Il est naturel que ce protecteur écrive [p.258] oulén au lieu d'oulé, parce qu'oulén étant comme le pluriel d'oulé, salut ! hagioulén doit signifier Vivent les saints ! Cette manière curieuse de modifier un mot pour lui donner un second sens, indépendant de celui de la phrase, mais fortifiant ou complétant l'idée principale, est familière à Nostradamus.

Marinus Novetus Nucensis in Nostradamum. Marinus, c'est Phénice. Comment cela ? En cherchant le sens de ce mot, je rencontre Marin de Tyr, ancien géographe, qui me rappelle que Tyr étoit surnommée la Reine des mers, et que les marins par excellence étoient les Phéniciens et les Carthaginois. J'y vois en outre maritus, allusion au fait capital de la vie de Bèze, sa démission de ses bénéfices, pour tenir sa promesse de mariage à sa maîtresse, et le changement de patrie et de religion qui en fut la suite. Marianus, partisan de Marius, de Calvin, de Wolmar. - Novetus ne m'offrant aucun sens, j'essaye non vetus, qui va fort bien à maritus : il est amoureux comme le premier jour. Mais c'est une épée à deux tranchants, c'est un reproche amer au papisme, dont les abus l'empêchèrent si longtemps d'épouser la colombe, la Sulamite, la parfaite, qui adore en lui le plus beau des hommes. Novetus m'indique aussi Novatus, diacre de Carthage, qui se rendit à Rome, où il s'unit, en 251, avec Novatien, premier antipape, d'une grande austérité de moeurs et de principes : Bèze et Calvin. - Nucensis. De même que l'u de nuptiae s'est changé en o dans nopces, on traduiroit Nucensis par de Noce, s'il y avoit une ville de ce nom. Mais comme il n'y en a point, et que madame Bèze se nommoit Denosse, c'est dans ses bras qu'est la vraie patrie du bienheureux prédestiné. Enfin, si nous lisons Lucensis, nous avons un citoyen de Luce-Nouvelle, de la cité radieuse où Frangidelphe Escorche-messes publiera, dans quelques années, son Histoire de la mappemonde papistique. [p.259] Lucensis veut dire encore épée de lumière. C'est l'ardente polémique de ce bon Théodore, et le rôle qu'il veut jouer en France.

Nondum grammaticae calles primordia, et audes
Vim coeli radio suposuisse tuo.

Ici le pamphlétaire dit tout bas au prophète : "Je sais fort bien que l'inspiration n'est pas fille du rudiment, et je comprends assez ta langue pour admirer ton habilité sous ton masque de folie. Mais nous sommes ennemis, et je te mets des oreilles d'âne devant la foule."

A Paris, Pour Barbe Regnault, demourant à la rue S. Iaques, devant les Mathurins. Avec privilege. - A pari his, par un gaillard qui ne les craint pas. Toujours les ânes. His est le cri déchirant de ce pauvre animal, lorsqu'il veut chanter. - Pour faire la barbe au règne, à ce gouvernement qui demeure attaché au culte des idoles, et s'obstine à persécuter les élus. Les premiers inquisiteurs en titre, les dominicains, prirent le nom de jacobins, parce que la première maison qu'ils eurent en France étoit située rue Saint-Jacques. - Le mal saint Mathurin étant la folie, devant les Mathurins est un sarcasme de huguenot contre des prêtres attachés au collège du Plessis, qui découvrirent et signalèrent au peuple la réunion du 4 septembre, rue Saint-Jacques, en face de ce collège. - Avec privilège est une dernière moquerie : "Nos brochures inondent la France à ta barbe, tyran. Notre privilège, à nous, c'est l'inspiration ; c'est la loi vivante, la loi privée."

Si je n'ai pas deviné, lecteur, faites-le vous-même : je suis au bout de mon latin. Si Marinus Novetus Nucensis ne dit pas, de neuf manières, Bèze, je jette ma langue aux chiens.


 

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