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Planètes, Couleurs et Métaux
par Patrice Guinard


Ce texte n'appartient pas initialement à ma thèse. Rapidement écrit, il sera ultérieurement remanié. Attribuer des couleurs aux planètes est un exercice typique de raison matricielle. Depuis 1986, mes idées sur ce sujet se sont heurtées à des difficultés récurrentes: récemment, le 26 mai 2000, j'ai trouvé une solution qui me semble satisfaisante, compte tenu des impératifs que j'avais fixés.

Note du 17 Décembre 2015 : En janvier 2009 j'adoptais définitivement Cérès en tant qu'opérateur planétaire autonome, et pas seulement comme moment significatif des âges planétaires (cf. Cyclologie astrale). En octobre 2015, c'était au tour de Chiron (cf. Quels opérateurs cycliques en astrologie ?). Ces introductions impliquent quelques remaniements aux figurations et schémas donnés dans cet article, voire des réorganisations. C'est à CHIRON (et non à Cérès) qu'il faut attribuer la couleur rose, et le Turquoise (ou Cyan) à CÉRÈS. Les versions anglaise, espagnole et italienne de cette page sont à modifier en conséquence.
 
 

Perception et organisation des Couleurs

"Ceux qui composent de lumières colorées la lumière unique et essentiellement blanche, voilà les vrais obscurantistes." (Goethe, Maximes et réflexions)

    Goethe aurait donné sa poésie, ses romans et peut-être le restant de son oeuvre pour sa seule Théorie des Couleurs. Johann Eckermann, le confident des dernières années de sa vie, rapporte ses étonnants propos: "De tout ce que j'ai fait comme poète, je ne tire aucune vanité. J'ai eu pour contemporains de bons poètes, il en a vécu de meilleurs encore avant moi et il en vivra d'autres après. Mais d'avoir été dans mon siècle le seul qui ait vu clair dans cette science difficile des couleurs, je m'en glorifie, et là j'ai conscience d'être supérieur à bien des savants." [1]  Pour Goethe, il ne s'agit pas tant de confirmation et de démonstration scientifiques que de compréhension et de vérité.[2]  La couleur ne saurait être appréhendée par la raison instrumentale. Il est des champs de la connaissance qui échappent, par nature, à l'approche mathématisante et instrumentaliste de la science. Car à travers la question des couleurs se profile l'interrogation goethéenne sur la modernité de son siècle, celui du rationalisme des Lumières, et des mentalités qui infléchissent les discours et les représentations mentales. "Je révère les mathématiques (...) mais je ne puis approuver qu'on veuille en faire abus dans les choses qui ne sont pas de son domaine et où cette noble science apparaît absurde. Comme s'il n'existait que ce qui peut être mathématiquement démontré!" [3]  Goethe a fait de la question des couleurs une affaire personnelle, certainement pas en raison des explications psycho-sociologiques (souvent vulgaires autant qu'illusoires) avancées par le jeune Eckermann [4], mais parce qu'elle engageait tout ce qu'il était, à commencer par son mode de compréhension du monde. Car le raisonnement élaboré dans la Théorie des Couleurs, comme dans la Métamorphose des Plantes, est de type matriciel, et Goethe en est sans doute l'un des plus éminents représentants de son siècle.

     La couleur doit être appréhendée de manière globale et non analytique, visuelle et non factuelle, sensuelle. La perception des couleurs dépend d'un certain équilibre de la luminosité: dans l'obscurité tout est noir, et on ne distingue rien sous une lumière excessive. Goethe expose dans la quatrième partie de son traité deux idées essentielles: l'origine des couleurs (du Bleu et du Jaune) à partir de l'obscurité et de la lumière, et la constitution de la couleur "finale", le Rouge, par intensification de chacune des deux couleurs primitives.[5]  Ainsi le Rouge est le terme final d'un obscurcissement du Jaune, comme d'un éclaircissement du Bleu. Trois couleurs médianes (le Vert, le Violet, l'Orangé) achèvent la disposition chromatique à partir de l'évolution et du mélange des trois couleurs principales. En fait, le Jaune, qui procède de la lumière, et le Bleu, qui procède de l'obscurité, se mélangent pour donner le Vert et s'intensifient pour donner l'Orangé et le Violet, puis le Rouge.

     La théorie génétique des couleurs, que Goethe oppose à l'expérimentation newtonienne, celle de la décomposition spectrale de la lumière blanche en sept couleurs (dont l'une, l'indigo, est une couleur artificielle, sans doute introduite pour satisfaire l'analogie entre la gamme chromatique et la gamme musicale), rejoint l'expérience des artisans teinturiers et des peintres, celle d'un Léonard de Vinci, par exemple, qui distingue les couleurs de la lumière (rouge et jaune) des couleurs de l'ombre (bleu et vert). Autrement dit, Goethe oppose à l'expérimentation instrumentale de la lumière, la perception et l'observation "naturelle" des objets et de leurs colorations dans la lumière. Il s'agit moins d'objectivité ou de subjectivité - l'approche du penseur de Weimar est aussi "objective" que celle de son aîné - que d'une différence de nature dans la qualité de la perception: l'une est naturelle et universelle, l'autre est médiatisée, instrumentalisée, et le fruit exclusif d'une culture définie, celle d'un savoir instrumental, qui a précisément besoin d'affirmer son "universalité" et son "objectivité" en désaccord avec la perception commune.[6]

     Les couleurs de Goethe peuvent être disposées sur un cercle chromatique (cf. diagramme 1A), dans lequel les couleurs complémentaires s'opposent diamétralement, ou encore dans un schéma triangulaire avec les 3 couleurs fondamentales aux angles et les 3 couleurs intermédiaires sur les côtés.[7]



Cercles et Triangles chromatiques (Diagrammes 1A et 1B)
 
     Ce schéma n'épuise pourtant pas toutes les possibilités de la couleur. Comment traiter le Brun ou le Rose, et le Gris, produits des mélanges entre Rouge, Noir et Blanc. Si bien qu'un second cercle ou triangle chromatique (cf. diagramme 1B) pourrait être constitué, avec le Rouge cette fois comme terme final d'un processus de décompression du Blanc comme du Noir. Le Rose et le Brun en seraient les étapes intermédiaires, et le Gris le mélange entre Noir et Blanc.

     En 1969, les linguistes Berlin et Kay ont montré que les termes utilisés par la plupart des langues pour désigner les couleurs se résument à 11 termes fondamentaux, précisément ceux qui définissent les couleurs des 2 cercles chromatiques: "Bien qu'il existe un nombre différent de catégories de couleurs fondamentales au sein des diverses langues, on trouve cependant un inventaire commun d'exactement onze catégories de couleurs fondamentales, à partir duquel les onze (ou parfois moins) termes de couleurs de base au sein de n'importe quelle langue sont toujours représentés. Ces onze catégories de couleurs sont le blanc, le noir, le rouge, le vert, le jaune, le bleu, le marron, le violet, le rose, l'orangé et le gris." [8]

     En outre, Berlin et Kay ont découvert qu'il existait un ordre de préséance concernant les termes choisis, dans le cas où les langues ne possédent qu'un nombre très limité de termes pour désigner les couleurs: "Toutes les langues ont un terme pour désigner le blanc et le noir. Si une langue a trois termes pour désigner les couleurs, elle en a un pour désigner le rouge. Si elle en a quatre, elle en a un soit pour le vert, soit pour le jaune. Si elle en a cinq, elle en a un pour le vert et pour le jaune. Si une langue a six termes, elle en a un pour le bleu. Si une langue a sept termes, elle en a un pour le marron. Si une langue a plus de sept termes, elle en a pour le violet, le rose, l'orangé et le gris, ou pour des combinaisons de ceux-ci." [9]

     On peut imaginer une disposition chromatique en double cercle avec le Rouge au centre, la couleur essentielle pour Goethe, et dont les travaux des linguistes américains soulignent l'importance, ou encore une disposition étoilée, lesquelles rassemblent les deux précédents diagrammes et dans lesquelles chacune des onze couleurs se situe dans le voisinage des couleurs qui lui sont proches (cf. diagrammes 2 et 3, et avec l'adjonction de la couleur turquoise, les diagramme 3 bis, déc. 2015, et 3 ter, juin 2016).


Diagramme 2
Diagramme 3
Diagramme 3 bis (2015)
Diagramme 3 ter (2016)




Couleurs et Planètes

"Il existe onze catégories fondamentales de couleurs discriminées par la perception humaine, qui servent de référent psychologique aux onze termes, parfois moins, utilisés dans toutes les langues pour désigner ces couleurs." (Berlin & Kay: Basic color terms)

     Selon Berlin et Kay, la perception humaine est susceptible de distinguer, universellement, onze catégories de couleurs d'après les termes qui servent à les désigner et qu'ils ont retrouvés au sein des langues et des cultures les plus diverses. Les résultats de ces études anthropologico-linguistiques ont été rejetés par la critique analytique, hostile à toute incursion de la raison matricielle dans le domaine de la connaissance. Car lorsqu'il est question de nombres, comme chez les Chinois ou les Hindous, nous sommes en présence d'une matière qui intéresse en premier lieu la pensée matricielle. [10]

     Or les planètes, comme je l'ai montré, sont des opérateurs psychiques agissant sur la perception du réel. Elles sont, précisément, au nombre de dix (ou onze en tenant compte des astéroïdes et de leur représentant Cérès). Ainsi se justifie "l'analogie" entre planètes et couleurs.

Pluton NOIR, la Lune BLANC, Mars ROUGE, le Soleil JAUNE, Uranus BLEU, Vénus VERT,
Jupiter ORANGE, Neptune VIOLET, Saturne GRIS, Mercure MARRON.

Mercure, diaprure et déversoir de toutes couleurs mêlées.
Saturne, le mal aimé, avec ses mille teintes sans couleur.
Neptune, hors spectre, aux desseins généreux.
Jupiter, l'éclatant, voyant dans sa puissance.
Vénus, vert vivant du végétal.
Uranus, azur de ciel limpide.
Soleil, lumière.
Mars, l'écorché, sanglant.
Lune, pure, aux silences dévouée.
Pluton, l'ultime élu, invisible et sombre.

    Afin de déterminer les attributions des 11 couleurs de Berlin et Kay aux 10 planètes du Planétaire (ou 11 avec Cérès, le représentant des astéroïdes), certains principes logiques ont été pris en compte:      Autrement dit, l'exercice consiste à attribuer cinq couleurs à cinq planètes: 120 possibilités théoriques. Je n'ai pu trouver qu'un cercle chromatique qui satisfasse à la condition 1, celui de la suite Vert, Bleu, Violet, Rouge, Orange, Jaune, Marron, Noir, Gris, Blanc.

     Mon intuition initiale se rapporte aux quatre planètes centrales du "T'ai Ki planétaire": le Soleil, la Lune, Mars et Pluton [11], auxquelles on attribuera leurs couleurs "visibles": Jaune, Blanc, Rouge et Noir. Ces quatre couleurs, les plus couramment désignées par des vocables distincts au sein des langues les plus diverses selon l'étude de Berlin & Kay, sont aussi celles des quatre humeurs de la médecine grecque: la bile jaune, le flegme, le sang et la bile noire.[12]

     Le problème de la symétrie se trouve résolu (condition 3), puisque les quatre planètes appartiennent à deux couples planétaires, ce qui découvre un axe de symétrie Bleu-Marron, mais laisse encore 6 possibilités. Le Gris semble convenir parfaitement à Saturne et l'Orangé à Jupiter. Restent Mercure et Neptune, si je raisonne à partir des planètes "chaudes". Le Marron convient davantage à Mercure et le Violet à Neptune que l'inverse. Il en découle l'attribution du Vert pour Vénus et du Bleu pour Uranus, lequel, malgré sa connotation mythologique (le dieu du Ciel), a été pour moi la relation la plus difficile à admettre. Le Rose, bien qu'exclus du cercle chromatique, est à attribuer à Chiron (planète "positive", d'excitation), et le Turquoise à Cérès (planète "négative", d'inhibition).
 

Diagramme du cercle chromatique planétaire


Le Cercle Chromatique Planétaire (diagramme 4)



     Les couleurs des deux cercles chromatiques (cf. le diagramme 1), hormis le Rose, peuvent se combiner dans un schéma rectangulaire, avec en haut les couleurs associées aux planètes "chaudes et sèches" (Mars, Jupiter et Soleil), en bas celles associées aux planètes "froides et humides" (Lune, Saturne et Pluton), et au centre celles associées aux planètes au statut ambigü: Mercure neutre, Vénus nocturne et féminine chez les Grecs mais très humide et modérément chaude pour Kepler, Uranus et Neptune au statut indécis et différemment apprécié selon les astrologues (cf. le diagramme 5, et le diagramme 5 bis, similaire, avec 12 couleurs).

Diagramme 5 Diagramme 5bis, PG CURA 12-2015


     Il reste qu'il n'existe en ce domaine, moins qu'ailleurs, un quelconque consensus entre astrologues. Par exemple, l'astrologue français Jean Mavéric propose en 1910 la répartition suivante: Lune blanc, Mercure multicolore, Vénus vert, Soleil jaune, Mars rouge, Jupiter bleu, Saturne noir-brun, Uranus "couleurs prismatiques", Neptune mauve.[13]

     A l'entrée 'planetary colours', le dictionnaire de Fred Gettings donne un mélange d'attributions par certains auteurs (William Lilly, Helena Blavatsky, C. Libra, H.L. Cornell et Manly Palmer Hall). Parmi les couleurs très diverses mentionnées pour chaque planète, figurent pour la Lune le Blanc, pour Mercure le Marron, pour Vénus le Vert, pour le Soleil le Jaune, pour Mars le Rouge, pour Saturne le Gris, pour Uranus le Bleu, pour Neptune le Mauve, et pour Pluton le Noir.[14]  Seul Jupiter, auquel ces auteurs attribuent des bleus et des violacés, échappe à la concordance avec les couleurs que je propose. Il en va de même pour Jean Mavéric. Curieusement, Françoise Gauquelin a noté de son coté une certaine incohérence quant à l'attribution à Jupiter par les astrologues de traits caractériels.[15]  Il se pourrait qu'il y ait par conséquent un "problème jupitérien" pour les astrologues.

     On sait que les Babyloniens attachaient une grande importance à la visibilité et à l'apparence des planètes, conditions initiales et nécessaires du pronostic astrologique. Rumen Kolev donne la liste suivante, d'après diverses sources: Lune Bleu, Soleil Jaune, Mars Rouge, Mercure variable, Vénus Blanc, Jupiter Orangé, Saturne Gris.[16]

     Les Sabéens de Harrân, une communauté de païens hellénisés, ont conservé l'enseignement astrologique des Babyloniens jusqu'au Xè siècle A.D. La cité de Harrân possédait 7 portes et 7 temples, chacun d'eux étant dédié à un dieu astral babylonien, construit selon une forme géométrique caractéristique, et associé à un métal et à une couleur (d'après un texte d'Ibn Shaddâd, 1216-1285): Sîn (la Lune, Blanc), Nabû (Mercure, Marron), Ishtar (Vénus, Bleu), Shamash (le Soleil, Jaune), Nergal (Mars, Rouge) Marduk (Jupiter, Vert), Ninurta (Saturne, Noir).[17]  Les 7 couleurs des temples de Harrân sont d'ailleurs les 7 premières de la liste de Berlin et Kay. Le tableau comparatif ci-dessous résume ces diverses attributions.
 
 
Babyloniens Harrâniens Mavéric (1910) "Gettings" Guinard (2000-2015)
LUNE Bleu Blanc Blanc Blanc Blanc
SOLEIL Jaune Jaune Jaune Jaune Jaune
MARS Rouge Rouge Rouge Rouge Rouge
MERCURE variable Marron Multicolore Marron Marron
VÉNUS Blanc Bleu Vert Vert Vert
JUPITER Orangé Vert Bleu Bleu-Violet Orange
SATURNE Gris Noir Noir-Brun Gris Gris
URANUS     Diverses Bleu Bleu
NEPTUNE     Mauve Mauve Violet
PLUTON       Noir Noir
CÉRÈS         Turquoise
CHIRON         Rose

 

Les douze couleurs se rapportent tout aussi bien au douze signes zodiacaux (cf. les Maîtrises et les Thèmes du CURA).

Couleurs et Zodiaque

Bélier
masculinRouge
Taureau
masculin froidBleu
Gémeaux
masculin chaudOrange



Cancer
fémininBlanc
Lion
féminin chaudJaune
Vierge
féminin froidVert



Balance
androgyneViolet
Scorpion
androgyne froidNoir
Sagittaire
androgyne chaudRose



Capricorne
neutreGris
Verseau
neutre chaudMarron
Poissons
neutre froidTurquoise

Couleurs et Zodiaque - The Colored Zodiac
La Roue des 12 Couleurs - The Ultimate Wheel of Colors, PG 03-06-2016

 

La Semaine planétaire et les Métaux

"Nous avons ainsi découvert que les sept métaux de la tradition alchimique, c'est-à-dire l'argent, le mercure, l'or, le plomb, le fer, le cuivre et l'étain, produisaient des variations très particulières dans la molécule d'ADN." (Étienne Guillé)

     Les jours de la semaine, dans la plupart des langues indo-européennes, ont des noms associés aux planètes: lun-di (jour de la Lune), mar-di (jour le Mars) ... jusqu'à dimanche, en anglais Sunday (jour du Soleil). Bien que ce legs "astrologique" soit solidement ancré dans notre vocabulaire et notre culture, ces attributions n'ont strictement aucune valeur astrologique, car elles résultent d'un simple procédé arithmétique sans fondement physique. La semaine planétaire, attestée au IIè siècle B.C., serait d'origine mésopotamienne ou syrienne: les Grecs et les Égyptiens, à la différence des peuples sémites, ne connaissaient pas la semaine de 7 jours.[18]

     Une application directe de la semaine planétaire apparaît dans le dispositif "pseudo-astrologique" des heures planétaires ou chronocratories, probablement d'origine égyptienne: chacune des 168 heures de la semaine serait gouvernée par une des planètes du septénaire, les planètes régentes des heures se succédant suivant l'ordre décroissant de leurs révolutions sidérales, ce qui permet à la première heure de chaque jour d'être gouvernée par la planète de ce jour suivant le dispositif de la semaine planétaire. Ainsi la première heure (celle du lever du soleil) du samedi est régie par Saturne, la deuxième par Jupiter, la troisième par Mars, jusqu'à la septième régie par la Lune. La huitième, comme la quinzième et la vingt-deuxième sont à nouveau régies par Saturne, la vingt-troisième par Jupiter et la vingt-quatrième par Mars, ce qui mène à la première heure du dimanche, régie par le Soleil, puis à la première heure du lundi, régie par la Lune, jusqu'à la première heure du vendredi, régie par Vénus.

     Une autre application artificielle de la semaine planétaire se retrouve dans la dispositif des faces, ou décans zodiacaux régis par les planètes: chacun des 36 décans serait gouverné par une planète du septénaire selon le même ordre décroissant de leurs révolutions sidérales, en commençant cette fois par Mars, domicile et régent du premier décan du Bélier, ce qui conduit à Mercure, régent du premier décan du Taureau, à Jupiter pour le premier décan des Gémeaux, jusqu'à Saturne, Jupiter et Mars pour les premier, second et troisième décans des Poissons. Ainsi les planètes gouvernant les premiers décans des signes zodiacaux se succèdent suivant l'ordre de la semaine planétaire, de Mars (mardi) en Bélier, jusqu'à la Lune (lundi) en Balance, puis Mars à nouveau en Scorpion jusqu'à Saturne en Poissons.

     Cette théorie est d'autant plus artificielle qu'elle syncrétise deux dispositifs d'origine arithmétique: celui de la division décanale du zodiaque, et celui de la semaine planétaire. Plus généralement, et je le montrerai par la suite, l'ensemble des théories de nature numérologique, probablement fabriquées dans les milieux syncrétistes et hermétistes gréco-égyptiens, loin de marquer un progrès de l'astrologie, sont une marque de sa dégradation. Le positiviste Bouché-Leclercq (1899) a beau jeu de stigmatiser l'astrologie dans son ensemble à travers de telles élucubrations, et Françoise Schneider-Gauquelin préconise d'abandonner une partie de ces modèles pour en revenir à une astrologie expérimentale et d'observation, probablement celle qui était pratiquée en Mésopotamie quelques siècles auparavant.[19]

     Bien que la semaine planétaire et les théories astrologiques dérivées n'aient aucune valeur astrologique probante, la série planétaire "artificielle" a probablement servi à coder une connaissance qui l'est beaucoup moins, à savoir celle des métaux associés aux planètes. Les principaux métaux connus dans l'Antiquité, à l'exception du zinc, ont été associés aux sept planètes connues: l'or au Soleil, l'argent à la lune, le fer à Mars, le cuivre à Vénus, l'étain à Jupiter, le plomb à Saturne et le mercure à Mercure, probablement à une époque où l'alchimie entretenait d'étroits rapports avec l'astrologie. Comme l'a montré l'astrologue Dom Néroman (1884-1953), il est probable que l'arrangement de la semaine planétaire ait symboliquement codé l'ordre des révolutions sidérales des planètes, comme celui des numéros atomiques de leurs métaux associés.[20]  En effet, on peut déduire de la série circulaire ou heptagramme (Saturne, Soleil, Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus), deux autres séries, et deux seulement: l'une en commençant par la Lune et en passant à chaque fois une planète (comme au jeu de Saute-mouton), l'autre en prenant Mars pour point de départ et en passant deux planètes.

     La première série (Lune, Mercure, Vénus, Soleil, Mars, Jupiter, Saturne) illustre l'ordre des révolutions sidérales planétaires, connues depuis longtemps en Mésopotamie [21] , la seconde (Mars, Vénus, Lune, Jupiter, Soleil, Mercure, Saturne) l'ordre des numéros atomiques des "métaux planétaires": Fer (26), Cuivre (29), Argent (47), Étain (50), Or (79), Mercure (80), Plomb (82). A noter aussi que les métaux planétaires ont une conductivité thermique décroissante (ou une résistivité croissante) de l'argent au plomb (à l'exception du mercure qui est un liquide), c'est-à-dire selon l'ordre des révolutions sidérales des métaux associés à ces planètes. Il est par conséquent fort probable que la semaine planétaire ait servi aux savants babyloniens à coder les connaissances chimiques concernant les 7 métaux connus dans l'Antiquité méditerranéenne, hormis un huitième métal, le zinc, non utilisé dans le dispositif.

     Ce qui est remarquable dans le choix de ces métaux, et compte tenu du tableau (établi en 1869 et complété postérieurement) de Dmitri Mendeleïev, savant au tempérament matriciel s'il en est, ce sont les relations entre les métaux planétaires, mis à part le mercure, métal auquel les harrâniens avaient d'ailleurs renoncé à attribuer la planète neutre de l'astrologie grecque. Ainsi les numéros atomiques des métaux planétaires vérifient les relations suivantes: Cuivre 29 (Vénus) = Fer 26 (Mars) + 3, Étain 50 (Jupiter) = Argent 47 (Lune) + 3, Plomb 82 (Saturne) = Or 79 (Soleil) + 3

     En admettant l'attribution du Mercure à Mercure, et en poursuivant dans cette logique, on attribuera le Zinc, le métal aux reflets bleutés et le seul autre métal connu dans l'antiquité, à Uranus, la première trans-saturnienne, le Manganèse à Neptune (couleur violette du Permanganate de potassium), mais le Nickel à Pluton (planète noire), [22]  le Cobalt à Cérès (planète turquoise), et le Bismuth à Chiron (planète rose).

Tableau des métaux et des couleurs planétaires

Métaux, Planètes et Couleurs

L'examen des numéros atomiques des métaux (ou de leurs planètes associées) permet de dégager les relations suivantes :

Lune + Saturne = Soleil + Jupiter
Lune + Vénus = Mars + Jupiter
Soleil + Vénus = Mars + Saturne
Mercure + Uranus = Cérès + Chiron
Vénus + Mars = Neptune + Uranus
Soleil + Chiron = Mercure + Saturne
Lune + Uranus = Jupiter + Cérès
Neptune + Uranus = Pluton + Cérès
Lune + Chiron = Mercure + Jupiter
Mercure + Vénus = Mars + Chiron
Soleil + Uranus = Saturne + Cérès, etc.

Ces relations apparaissent plus lisiblement à l'examen de la bande chromatique qui suit :

Métaux, Planètes et Couleurs, bande chromatique

Une série d'équations simples mettent en jeu l'ensemble des planètes : Neptune + Pluton = Cérès + Vénus - 3 = (Mars + Uranus + Jupiter) / 2 = (Soleil + Mercure) / 3 = (Lune + Saturne + Chiron) / 4 = 53. Les couples et trios planétaires, qui résultent de l'attribution des métaux, reportés sur le Zodiaque en fonction des Domiciles planétaires (cf. Fondements logiques des Maîtrises), donnent les figures qui suivent :

Métaux, Domiciles et Zodiaque Métaux, Domiciles et Zodiaque (53)

     J'ignore si les diverses observations présentées dans ce texte peuvent rencontrer l'intérêt des astrologues. Dans l'attente d'une étude statistique portant sur les couleurs choisies par les peintres, je salue les joailliers et leur souhaite d'excellentes affaires.
 


[1]  Conversations de Goethe avec Eckermann [entretien du 19 février 1829], tr. fr. Jean Chuzeville (1930), Paris, Gallimard 1949; 1988, p.285. « Texte

[2]  Goethe intitule ses Mémoires: Vérité et Poésie. « Texte

[3]  Conversations de Goethe avec Eckermann, op. cit., p.176. « Texte

[4]  Ibid., p.284. « Texte

[5]  Cf. "Vues générales internes", in Traité des Couleurs, tr. fr. Henriette Bideau, Paris, Triades, 1973. L'ouvrage est préfacé par Rudolf Steiner, duquel on pourra lire l'excellent ouvrage écrit dans "l'esprit" de son aîné: La science de l'occulte, tr. fr. H. & R. Waddington, Paris, Triades, 1976. « Texte

[6]  Sur l'historique des couleurs, la théorie de Goethe, et sur sa distinction entre couleurs physiologiques, physiques et chimiques, cf. aussi l'article de Manlio Brusatin, "Couleurs (histoire de l'art)": "Une opposition radicale, de nature résolument non scientifique, à l'optique de Newton se manifeste avec la parution de la Théorie des couleurs (Farbenlehre, 1810). Dans cet ouvrage, Goethe s'oppose délibérément au caractère primaire de la lumière blanche et au caractère secondaire des sensations chromatiques. Leur déniant une nature abstraite, il manifeste au contraire son intérêt pour la reconstruction d'une physiologie de la vision, qui passe par la subjectivité participante de celui qui perçoit et l'appréciation des couleurs physiques comparées aux nouvelles couleurs chimiques. Pour résumer les positions de Goethe, on peut dire qu'il désirait établir un fondement dialectique à la "forme" de la perception des couleurs, et avant tout remettre en question la prétendue unité du blanc newtonien. Puisque la couleur est indifféremment liée à la lumière et à l'obscurité (le clair, blanc, et l'obscur, noir), c'est leur mélange, le gris et non le blanc, qui résume et fond en soi toutes les autres couleurs. Goethe expliquera que les couleurs peuvent être physiologiques: il s'agit de couleurs subjectives, dont le seul intermédiaire est le sujet percevant; physiques: couleurs subjectives ou objectives d'intensité variable et passagère, que l'on obtient par interposition de corps transparents ou translucides; chimiques: seules couleurs objectives, elles se fixent sur les corps et les substances de diverses natures ou sont extraites d'elles." (in Encyclopaedia Universalis, vol. 6, 1997.) « Texte

[7]  Cf. le cours du 19 mai 1981 que Gilles Deleuze, à Saint-Denis, a consacré à cette question. Je transcrirai peut-être ce cours, sur le site du C.U.R.A., en raison du fait que j'ai pris part aux débats. « Texte

[8]  Brent Berlin & Paul Kay, Basic color terms: Their universality and evolution, Berkeley, University of California Press, 1969; 1991, p.2. « Texte

[9]  Ibid., p.3. « Texte

[10]  Note Juin 2001: Graham Douglas a attiré mon attention sur ses divers articles traitant de la répartition structurale des couleurs: Greimas's semiotic square and Greek and Roman astrology (in Semiotica, 114.1/2, 1997), Color-term connotations, planetary personalities, and Greimas's square (in Semiotica, 115.3/4, 1997), Why is Venus Green? - A morphological approach to Astrology (in Correlation, 18.1, 1999), Catastrophes in semantic space: Signs of universality (in Semiotica, 132.3/4, 2000). Bien que son organisation quadripartite des couleurs ne soit pas la mienne, l'ensemble de cette réflexion, issue principalement de l'analyse comparative des cultures, est digne d'intérêt. Dans Correlation, Douglas définit parfaitement pour la recherche, cette troisième voie/voix que je préconise depuis l'ouverture du C.U.R.A.: "We can also identify a new approach to astrological research, based in anthropology, history and cultural studies, which cannot be easily assigned to either side of the divide between objective-physical-scientific research into natural astrology versus subjective interpretation of charts by astrologers, or judicial astrology." (p.16) De même Christopher Bagley, dans le même numéro: "My final conclusion is to emphasise, once again, that astrological research and counselling must be integrated within the mainstream social and psychological sciences, in the fullest understanding of human motivation and behaviour." (p.38). L'article de Douglas procure en outre quelques précieuses références bibliographiques, parmi lesquelles: Marshall Sahlins, "Colors and Cultures" in Symbolic Anthropology, J.L. Dolgin, D.S. Kemnitzer & D.M. Schneider (eds.), New York, Columbia University Press, 1977; Paul Kay & Charles MacDaniel, "The linguistic meaning of basic color terms" in Language, 54, 1978; et Robert MacLaury, "From Brightness to Hue: An explanatory model of color-category evolution" in Current anthropology, 33 (2), 1992. « Texte

[11]  Cf. mon Schéma du Planétaire (08taiki.gif), in Le Planétaire, 08planet.html, 10-2000. « Texte

[12]  Cf. le traité De la nature de l'homme (avant 400 B.C.), attribué par les Grecs à Hippocrate ou à son beau-fils Polybe, et son analyse par Raymond Klibansky, Erwin Panofsky & Fritz Saxl: Saturne et la mélancolie, London, 1964, tr. fr., Paris, Gallimard, 1989. « Texte

[13]  Jean Mavéric, La lumière astrale (Traité synthétique d'astrologie judiciaire), Paris, Daragon, 1910; Nice, Belisane, 1979, p.21. Sur cet auteur, cf. Jacques Halbronn (collaboration Patrick Curry et Nicholas Campion), La vie astrologique il y a cent ans (d'Alan Leo à F. Ch. Barlet), Paris, La Grande Conjonction / Trédaniel, 1992, p.76-79. « Texte

[14]  Fred Gettings, The Arkana dictionary of astrology, London, Routledge & Kegan Paul, 1985; éd. rév., London, Arkana, 1990, p.378-379. « Texte

[15]  Cf. Françoise Gauquelin, "Jupiter's real nature" (chapitre 10), in Psychology of the planets, San Diego (Calif.), ACS Publications, 1982, p.61-64. « Texte

[16]  Cf. Rumen Kolev, Some Reflections about Babylonian Astrology, http://cura.free.fr/decem/09kolev.html, 11-2000. « Texte

[17]  Cf. D. Chwolsohn, Die Ssabier und der Ssabismus, St Petersburg, 1856, vol. 2, p.382-398, et Michael Baigent, From the omens of Babylon, London, Arkana - Penguin, 1994, p.186-187. « Texte

[18]  Cf. Franz Cumont, Astrology and religion among the Greeks and Romans, trad. angl., 1912; New York, Dover, 1960. Elle serait d'origine juive selon S. Gandz ("The origin of the planetary week", in Proceedings of the American Academy for Jewish Research, 18, 1949). « Texte

[19]  Cf. Françoise Gauquelin, "The Greek error or return to Babylon" in Astro-Psychological Problems, 3.3, 1985. « Texte

[20]  Cf. Dom Néroman, Grandeur et pitié de l'astrologie, Paris, Sorlot, 1940, p.39-47. « Texte

[21]  Les astronomes babyloniens dressent des rapports d'observation astronomique à partir de 700 B.C., et possèdent déjà à cette époque une connaissance satisfaisante des orbites et des cycles planétaires (cf. Bartel van der Waerden, "Babylonian astronomy", in Journal of Near Eastern Studies, 8, 1949, et Abraham Sachs & Hermann Hunger, Astronomical diaries and related texts from Babylonia, Wien, 1988, vol. 1). « Texte

[22]  Étienne Guillé note l'attribution moderne du Zinc à Uranus, du Manganèse à Neptune, mais du Cobalt à Pluton (in L'alchimie de la vie (Biologie et tradition), Monaco, Le Rocher, 1983, p.70. « Texte


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Patrice Guinard: Planètes, Couleurs et Métaux
(version 2.0 : 12.2015, revised 03-06-2016)
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