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Fondements logiques des Maîtrises
par Patrice Guinard


Ce texte regroupe, amplement remaniés, les chapitres 50 et 51 de ma thèse de doctorat (1993). Comme le Manifeste et le Dominion, c'est un pavé, plus lourd et plus ancien, que je lance dans le marécage étale des astrologues. Compte tenu des prédispositions conformistes du milieu dans son ensemble, je ne m'attends qu'à des retours hostiles, et m'y prépare - dans l'indifférence.


1. Régents planétaires : Dignités et débilités

"Saturn gets Capricorn - cold and dry - but what has he to do with Aquarius - warm and moist ? What has Venus to do with him who likewise has to deal with such a pair ?
Poor Jupiter must guard fire and water, Sagittarius and Pisces, so that he gets well-tempered. But what is well-tempered about Mars, who also rules such a pair ?
If the signs are ascribed to the planets to which one attributes them, then they have these qualities ; if they have these qualities, then they certainly must have other rulers, or none at all..."
(Kepler, Response to the Discourse of Dr. Röslin, 1609, tr. Ken Negus)

Je pense comme Kepler : la théorie dite classique est bancale, illogique et absurde. Soit l'on reconstruit un modèle des Harmonies, soit (et c'est le choix des rossards) on abandonne le tout. La question des "Maîtrises" c'est-à-dire de l'adéquation des référentiels planétaire et zodiacal, n'a cessé de m'occuper, voire de m'obséder, depuis que j'ai croisé l'astrologie, et je n'ai cessé de gribouiller des cahiers entiers de correspondances, entre signes et planètes, m'inspirant non seulement des significations supposées de ces divers opérateurs à travers la littérature accumulée, et de leurs relations formelles, géométriques voire esthétiques, mais aussi de la distribution des valeurs et invariants mythologiques et religieux dans les grandes aires culturelles (du passé) comme de leur distribution géographique. Mais c'est en méditant Dumézil sur les dieux indo-européens, les orientalistes et les historiens des civilisations sud-américaines décimées, que j'ai acquis la certitude de la répartition des planètes sur les premières quartes zodiacales : au printemps (solaire) les indo-européens Mars Uranus Jupiter, à l'été les équivalents planétaires des dieux américains, la Lune, le Soleil et Vénus, à l'Inde protéiforme la quarte automnale et les planètes les plus lointaines, à la Chine et à l'extrême-Orient la quarte hivernale et les planètes Mercure et Saturne (cf. infra, ma Géoculturologie astrale). Un premier modèle de ma théorie a été publié dans la revue Astralis (Lyon) en 1985, mal accueillie par des rossards conditionalistes, un second en 1993 dans ma thèse de la Sorbonne.

Qu'est-ce que Mars ? Qu'est-ce qu'Aries ? Et quels sont leurs rapports ? La question des "Maîtrises" est celle de l'harmonie des sphères, dont Kepler n'a cessé de s'occuper. Car l'astrologie traite de la potentialisation des états d'appréhension du réel, de la totalisation des perspectives et des perceptions, quelle que soit la nature du réel. Et le Zodiaque forme un tout capable d'en rendre compte, tout comme l'ensemble des planètes que j'appelle Planétaire. Comment ces deux ensembles, signes, signaux ou symboles planétaires d'une part, signes, signaux ou symboles zodiacaux de l'autre, dont chacun d'eux a pour vocation de totaliser, délimiter et clore la somme des possibilités dans toutes ses variations, comment ces deux ensembles peuvent-ils cohabiter et quelles sont leurs relations ? De cette question des Maîtrises naît l'idée de Matrice : une seule Matrice pour deux structures, dont le Zodiaque est un modèle relativement stable de l'une d'elle, et le Planétaire un modèle très instable (depuis la découverte d'Uranus) de l'autre. Et bien sûr il y a autant de conceptions "du" zodiaque, comme "du" planétaire, que d'astrologues compétents et originaux. Chacun d'eux a son ou ses modèles, au sens strict, de l'une et de l'autre structure. Et leur adéquation, leur harmonisation, leur équipotence, est l'objet même des Maîtrises, et la résolution de ce que j'ai appelé Matrice astrale.

Car il n'est qu'une Matrice astrale, élargie à deux autres structures, et donc composée d'au moins quatre référentiels qui sont le Zodiaque, le Planétaire, le Dominion qui a trait aux Maisons (et dont l'Octotope à huit maisons égales dont quatre sont centrées sur des angles orthogonaux, est le corrélat technique que je préconise depuis plusieurs années), et celui des Aspects, Figures et Transits planétaires. Pour chacun de ces référentiels, il existe une grande quantité de modèles concurrents.

Trois règles d'équilibre régissent l'attribution des planètes aux signes zodiacaux, et l'équipotence des structures planétaire et zodiacale, autrement dit la répartition des "Dignités" (Domiciles et Exaltations) et des "Débilités" (Exils et Chutes). Je conserve ces termes imagés et quelque peu archaïques pour désigner ce qui ne constitue en somme que des zones ou moments d'intensification.

2. Définitions préliminaires et postulats

Signes "positifs", traditionnellement "masculins" (excitation) : Bélier, Gémeaux, Lion, Balance, Sagittaire, Verseau.
Signes "négatifs", traditionnellement "féminins" (inhibition) : Taureau, Cancer, Vierge, Scorpion, Capricorne, Poissons.
Rappelons que la quarte printanière (incluant le Taureau) est globalement masculine, la quarte estivale (incluant le Lion) globalement féminine, la quarte automnale globalement androgyne ou hermaphrodite, et la quarte hivernale globalement asexuée (cf. mes Avatars du zodiaque astrologique, CURA, 2002). Et que le féminin et l'androgyne s'attirent, comme le masculin et l'asexué !

Planètes actives, "positives" : une planète sur deux (d'après leur ordre d'éloignement au Soleil) après le couple Soleil Mercure : Mars, Jupiter, Chiron, Neptune.
Planètes passives, "négatives" : une planète sur deux (d'après leur ordre d'éloignement au Soleil) après le couple Vénus Lune : Cérès, Saturne, Uranus, Pluton.
A noter que cette répartition ne correspond pas exactement avec la représentation commune pour Uranus et Neptune (cf. mon précédent article, Équipotence et harmonie des structures, CURA, 2015).

Signes symétriques (par rapport à l'axe des équinoxes) : Bélier Poissons, Taureau Verseau, Gémeaux Capricorne, Cancer Sagittaire, Lion Scorpion, Vierge Balance.
Planètes symétriques :  SOLEIL (identification) PLUTON (surdifférenciation), MERCURE (dispersion) URANUS (unification), MARS (confrontation) CÉRÈS (potentialisation), JUPITER (simplification) SATURNE (complexification), NEPTUNE (association) VÉNUS (dissociation), CHIRON (intégration) LUNE (indifférenciation). Sur ces symétries, cf. Équipotence et harmonie des structures, CURA, 2015.

POSTULAT 1. Une planète liée à l'excitation ("masculine", "active", "extravertie", "positive") est en Domicile et Exaltation dans des signes liés à l'excitation, en Exil et Chute dans des signes liés à l'inhibition. Une planète liée à l'inhibition ("féminine", "passive", "introvertie", "négative") est en Domicile et Exaltation dans des signes liés à l'inhibition, en Exil et Chute dans des signes liés à l'excitation.
A ma connaissance les seules distributions qui respectent ce postulat, avant que le modèle moderne des Domiciles se noie dans un consensus normatif mou (sans réflexion ni interrogation), sont celles de Burgoyne 1892, Merton 1899 et Rigg 1959 (cf. infra).

POSTULAT 2. Une planète en Domicile (ou en Exaltation) dans un signe zodiacal admet sa planète symétrique en Exil (ou en Chute) dans le même signe.
Ainsi la Lune en Domicile en Cancer implique l'Exil de Chiron en Cancer, et en Exaltation en Taureau implique la Chute de Chiron en Taureau.

POSTULAT 3. Une planète en Domicile (et en Exil, Exaltation, Chute) dans un signe zodiacal admet sa planète symétrique en Domicile (et en Exil, Exaltation, Chute) dans son signe symétrique.
Ainsi Saturne en Domicile en Capricorne implique Jupiter en Domicile en Gémeaux, et Soleil en Exaltation en Bélier implique Pluton en Exaltation en Poissons. Ce postulat résulte des couples zodiacaux et de l'adéquation des symétries zodiacale et planétaire.

Dans la tableau qui suit, les 12 attributions rosées dépendent des 12 attributions blanchies (d'après le postulat 2), et les 24 attributions violacées dépendent des 24 attributions en blanc et rose (d'après le postulat 3). Autrement dit, les douze attributions marquées de blanc permettent de dévoiler l'ensemble du dispositif.

Signe
Domicile
Exaltation
Exil
Chute
Bélier
MAR
SOL
CER
PLU
Taureau
URA
LUN
MER
CHI
Gémeaux
JUP
MER
SAT
URA
Cancer
LUN
VEN
CHI
NEP
Lion
SOL
JUP
PLU
SAT
Vierge
VEN
CER
NEP
MAR
Balance
NEP
MAR
VEN
CER
Scorpion
PLU
SAT
SOL
JUP
Sagittaire
CHI
NEP
LUN
VEN
Capricorne
SAT
URA
JUP
MER
Verseau
MER
CHI
URA
LUN
Poissons
CER
PLU
MAR
SOL


Les planètes exilées sont les inverses des domiciliées selon l'axe des équinoxes que j'ai choisi d'orienter verticalement (contrairement à la représentation habituelle). Le Nord est printanier-hivernal, plutôt masculin et rationnel, Yang. Le Sud est estival-automnal, plutôt féminin, moins rationnel, Yin. Cet archétype est pour moi une évidence.


Domiciles des Planètes dans les Signes zodiacaux, PG, CURA, 1985-2015 Exils des Planètes dans les Signes zodiacaux, PG, CURA, 1985-2015 Domiciles (Cérès, Lune et Chiron), PG, CURA, 2015


Les planètes en chute sont les inverses des planètes exaltées selon le même axe des équinoxes. Et une planète en Exaltation est en sextile ou en trigone de sa position en Domicile, sauf pour le(s) couple(s) Mars-Cérès situé(s) de part et d'autre de l'axe des équinoxes, moment d'inversion zodiacale.


Exaltations des Planètes dans les Signes zodiacaux, PG, CURA, 2015 Chutes des Planètes dans les Signes zodiacaux, PG, CURA, 2015

Signe
Domicile
Exaltation
Exil
Chute
Bélier




Taureau




Gémeaux




Cancer




Lion




Vierge




Balance




Scorpion




Sagittaire




Capricorne




Verseau




Poissons





La distribution des planètes en exaltation suit l'ordre zodiacal selon leurs périodes (en commençant par le Soleil, puis la Lune et les planètes ordonnées selon la période de leurs révolutions sidérales), avec deux inversions Lion Balance et Sagittaire Verseau :

ordonnance zodiacale des exaltations planétaires

Les inconséquences de la doctrine classique des Maîtrises a été critiquée par quelques astrologues, surtout durant la première moitié du XXe siècle, avant que la plupart des astrologues (qui utilisent les Maîtrises) ne retournent à la pratique consensuelle. Retour à la "tradition" ou régression, démission de l'esprit de recherche ou abandon de tout esprit critique ? La bouillie conformiste et normalisée actuelle fait autorité ... pour quelques lots de pétosirissiens attardés ! (cf. mes Thèmes du CURA et analyse Astroléade, CURA, 2015). A la fin du XIXe siècle, les astronomes sont à la recherche de la planète - déjà prébaptisée Pluton - qui justifierait les irrégularités de l'orbite neptunienne. A leur suite, le théosophe Thomas Burgoyne (1855-1894), secrétaire de la Hermetic Brotherhood of Luxor et dissident d'Helena Blavatsky, affirme, dès 1895, l'existence d'une "planète manquante" s'ajoutant aux neuf existantes, complétant un ensemble de dix en correspondance analogique avec les dix Sephiroth de la Kabbale (in The Light of Egypt, London, George Redway, 1889 ; La lumière d'Égypte, trad. fr. René Philipon, Paris, Chamuel, 1895 ; Chacornac, 1899, p.219). En France, l'abbé Paul Lacuria (1806-1890) et l'astrologue Charles Nicoullaud alias Fomalhaut (1854-1925) font entrer Pluton au panthéon planétaire, et en 1911 l'écossaise Isabelle Pagan (1867-1960) affirme que Pluton doit régir le Scorpion (From Pioneer To Poet, or the Twelve Great Gates, London, Theosophical Society, 1911, p.208 et p.245). Diverses tentatives de réorganisation des Domiciles planétaires ont été analysées par Geoffrey Dean (and. al.) dans la compilation Recent Advances in Natal Astrology (Perth, Subiaco (Australie), Analogic, 1977, p.208-212) : Alfred Witte en Allemagne, Theodor Ram en Hollande, Lorne Edward Johndro aux États-Unis, J. Halbronn, etc. Peu convaincantes ! D'autant plus qu'il en existe beaucoup d'autres, plus intéressantes, mais que l'équipe de compilateurs ne mentionne pas, pas plus que les astrologues anglo-américains qui méconnaissent leur propre littérature, dont les suivantes, parmi beaucoup d'autres :

- Thomas Henry Burgoyne, The Language of the Stars, Denver, The Astro-Philosophical Publishing Co., 1892 ; trad. fr. Julevno, Le langage des étoiles, in Le Voile d'Isis, 1912
- Fomalhaut, Manuel d'astrologie sphérique et judiciaire, Paris, Vigot, 1897 ; 2e éd, 1933, p.316-317
- Holmes Merton (Yarmo Vedra), Heliocentric astrology, or Essentials of Astronomy and Solar Mentality, Philadelphia, David McKay, 1899, p.38-41
- Jean Mavéric, La réforme des bases de l'Astrologie traditionnelle, Paris, Alfred Leclerc, 1912
- Don Néroman, Traité d'astrologie rationnelle, Paris, Sous le Ciel, 1943
- Winifred Pace Rigg, Astrology of the Mysteries, London, Theosophical Publishing House, 1959, p.141
- Jacques Vanaise, Traité d'anthropocosmologie, Bruxelles, 1978

Les attributions de Burgoyne (au chapitre de la force et faiblesse des planètes d'après l'expérience de l'auteur, p.169), de Merton, et surtout de Rigg, sont les seules relativement proches de ma distribution. Le tableau qui suit regroupe mes Domiciles et Exaltations, ceux du modèle hellénistique dont on a vu l'incohérence, les intuitions de Burgoyne, et pour les seuls domiciles les modèles de Merton, de Rigg, et la distribution normalisée actuelle. En blanc, les attributions les moins partagées ; en rouge, celles qui contredisent mon premier postulat.

Signe
Dom. PGExa. PG
Dom. Grecs
Exa. Grecs
Burgoyne
Merton
Rigg
xxx
Bélier
MAR
SOL
MAR
SOL
SOL
NEP
SOL
MAR
Taureau
URA
LUN
VEN
LUN
LUN, SAT

LUN
CER ?
Gémeaux
JUP
MER
MER


MER
JUP
MER
Cancer
LUN
VEN
LUN
JUP

VEN
URA
LUN
Lion
SOL
JUP
SOL

JUP, MAR, MER
SOL
MER
SOL
Vierge
VEN
CER
MER
MER
VEN, SAT
URA
VEN
CHI ?
Balance
NEP
MAR
VEN
SAT

JUP
NEP
VEN
Scorpion
PLU
SAT
MAR


CER
SAT
PLU
Sagittaire
CHI
NEP
JUP

SOL, MAR
MAR
MAR
JUP
Capricorne
SAT
URA
SAT
MAR

SAT

SAT
Verseau
MER
CHI
SAT

MER


URA
Poissons
CER
PLU
JUP
VEN
LUN, VEN
LUN

NEP

Comme je l'ai mentionné en début d'article, mon inspiration de la distribution zodiacale des planètes (domiciles) prend sa source dans une réflexion sur les mentalités et l'organisation des mythes dans les différentes aires culturelles, et la succession des domiciles de Mars à Pluton est pour moi une certitude depuis 1984-1985. Les tableaux qui suivent regroupent l'évolution de ma compréhension sur la question : étale sur les Domiciles, plus erratique sur les Exaltations.

Les DOMICILES PG (1985-2015)

Signe
Domiciles
 1985
Domiciles
 1992-93
Domiciles
 1996
Domiciles
 2009
Domiciles
 2015
Bélier
MAR
MAR
MAR
MAR
MAR
Taureau
URA
URA
URA
URA
URA
Gémeaux
JUP
JUP
JUP
JUP
JUP
Cancer
LUN
LUN
LUN
LUN
LUN
Lion
SOL
SOL
SOL
SOL
SOL
Vierge
VEN
VEN
VEN
VEN
VEN
Balance
NEP
NEP
NEP
NEP
NEP
Scorpion
PLU
PLU
PLU
PLU
PLU
Sagittaire
MAR MAR MAR X
CHI
Capricorne
SAT
SAT
SAT
SAT
SAT
Verseau
MER
MER
MER
MER
MER
Poissons
LUNLUNLUNCER
CER

Domiciles et Exaltations des Planètes dans les Signes zodiacaux, PG, 1985


Les EXALTATIONS PG (1985-2015)

Signe
Exaltations
 1985
Exaltations
 1992-93
Exaltations
 1996
Exaltations
 2009
Exaltations
 2015
Bélier
JUP, NEP
NEPSOL
SOL
SOL
Taureau
PLU VENVENLUN
LUN
Gémeaux
MER
MER
MER
MER
MER
Cancer
VEN, SAT
SATVEN
VEN
VEN
Lion
MER
JUPJUPMAR
JUP
Vierge
PLU PLUSATSAT
CER
Balance
SOL SOLJUPJUP
MAR
Scorpion
URA SAT
SAT
CER
SAT
Sagittaire
NEP, JUP
JUPNEP
NEP
NEP
Capricorne
URA
URA
URA
URA
URA
Verseau
SOL NEPNEPX
CHI
Poissons
VEN, SAT
VENPLUPLU
PLU
Domiciles et Exaltations des Planètes, respectivement aux 3e et 2e cercles extérieurs, PG, fin 1992 ; TH D 1993

3. Justification des Domiciles

"Dans chacune des quatre triades composant les douze ateliers supérieurs, on fabrique un anneau. (...) Ensuite les quatre anneaux sont engagés l'un dans l'autre, et leur ensemble forme un tissu rigide et ferme. On fait alors prisonnier un faucon tel que toi, on jette sur lui cette cotte de mailles." (Sohravardî, L'archange empourpré, éd.-trad. Henry Corbin, Paris, Fayard, 1976, p.210)

Les Maîtrises sont à la source de la traduction herméneutique des signes zodiacaux, et en ce sens elles préexistent au zodiaque. Les constellations n'étaient, chez les astrologues mésopotamiens, que de simples repères de localisation planétaire, avant de figurer comme les modes d'amplification ou d'atténuation des puissances planétaires. Et encore chez Ptolémée, il n'est jamais question de déterminations zodiacales spécifiques, d'influence des signes zodiacaux indépendamment des forces planétaires. Les maigres descriptions des Signes se limitent à leur dimension météorologique (Tetrabiblos, II 12). Kepler boude le zodiaque et ne se fie qu'aux planètes. Et encore Daniel Verney dans son ouvrage de 1987 : en raison de sa dichotomie entre "les symboles relatifs aux êtres du monde astronomique : Soleil, Lune, planètes" et les "symboles relatifs aux formes de l'espace-temps astronomique : le système du zodiaque, et ses symboles dérivés ou associés ("maisons, "aspects")", autrement dit en raison de son assimilation des trois milieux conditionnels (espace, temps, structure) sous un même mode (les "formes" structurales de l'espace-temps), il ne conserve finalement dans son corpus théorisé que les planètes (le repère énergétique), par une réduction extrême s'apparentant à un retour aux "origines", au temps où les Mésopotamiens évaluaient l'influence des seuls astres errants sur les destinées de la cité (in L'astrologie et la science future du psychisme, Monaco, Le Rocher, 1987, p.162).

Mais depuis la mise en place des attributions planétaires aux Signes, rares sont les astrologues qui ont véritablement appréhendé la nature d'un signe zodiacal sans son partenaire planétaire. Pas même un Jean-Pierre Nicola qui dénie la réalité des Maîtrises (cf. sa polémique avec A. Volguine au sujet de l'attribution de Pluton au Scorpion, in Cahiers Astrologiques, 57, Nice, 1955) - se dessaisissant ainsi de toute possibilité d'unifier les différentes structures de la matrice astrale - et, affirmant l'autonomie du Zodiaque sur des bases dites "photo périodiques" et "réflexologiques", décrit paradoxalement les signes zodiacaux en pensant aux planètes : "Saturne, selon la Tradition, est gouverneur du Capricorne (...) Uranus, maître du signe [du Verseau] ... le caducée, symbole de Mercure (...) commande Gémeaux et Vierge" (in La condition solaire, Paris, éd. Traditionnelles, 1965, pp.181, 196, 105, etc.). Autrement dit, on chasse les Maîtrises, mais pour les réintroduire implicitement dans les portraits zodiacaux. Les intuitions souvent éclairantes de ses descriptions qui s'inspirent largement de celles de la Psychologie zodiacale de Robert Dax (Vichy, imprimerie Wallon, 1950), sont altérées par l'intrusion de corrélations non "maîtrisées" et en partie caduques : à propos du Gémeaux, et dans le jargon conditionaliste qu'il convient d'assimiler : "la totalisation naturelle (...) résorbe en une seule somme la dualité" - ce qui correspondrait à Jupiter, défini comme "passage de 2 à 1 = simplification", mais certainement pas à Mercure, défini par le "passage de 1 à 4" et "perte de l'unité dominante par dispersion dans le multiple." (Nicola, ibid., pp.105, 254, 255).

La théorie des Maîtrises implique une isomorphie entre le Zodiaque et le Planétaire et une assimilation du signe zodiacal à ses régents planétaires : d'abord la planète domiciliée qui exprime l'essentiel des tendances du Signe, ensuite la planète exaltée qui exprime ses tendances complémentaires. Chaque astrologue est juge des saisissements qu'il éprouve, des impressionaux dont il peut faire l'expérience intérieure. Il n'est aucune extériorité qui soit déterminante, impérieuse ou judicatoire quant à la justification de telle ou telle valeur du corpus astral : pas plus l'explication par le réel astronomique, que l'interprétation par la mythologie, ou que la subordination à quelque idolum (specus, tribus, fori, et surtout theatri) de Francis Bacon. Toute théorie construit un modèle plus ou moins opératif de la matrice astrale, et précisément plus ou moins, selon les ressources, l'expérience, la probité intellectuelle, le degré de spiritualité, et finalement le point de vue et l'intelligence de l'astrologue. Car ni la compréhension de l'astral ni aucune activité de l'esprit n'échappent à la subjectivité.

S'il existe entre les astrologues un relatif accord sur la sémantique planétaire, c'est une relecture des signes zodiacaux (notamment des Taureau, Gémeaux, Vierge, Balance, Sagittaire, Verseau et Poissons) qui est proposée ici, compte tenu de la domiciliation proposée.

La lecture vénusienne du Taureau (quiétude passive, jouissance charnelle de l'existence, goût des plaisirs) occulte la volonté d'individuation et de domination du signe le plus ambitieux du zodiaque. Qu'on pense à ces "maîtres" et directeurs de conscience, tous Taureau par le soleil (Leonardo, Machiavel, Kant, Marx, Freud) dans les domaines de l'art et de la pensée, ou à ces "tyrans" dans le domaine de l'action (Cromwell, Catherine II, Robespierre, Lénine, Hitler, Saddam Hussein).

La lecture mercurienne d'un Gémeaux farceur, jongleur ou bateleur, prend le masque (persona) pour la personne : derrière sa jovialité apparente se cache un manipulateur de consciences aspirant à tous les honneurs et gratifications.

Les astrologues font souvent du Lion un prédateur ambitieux, un individualiste volontaire. C'est une interprétation "à l'occidentale" (biaisée par l'idiosyncrasie occidentale) de son besoin de séduire, de divertir, d'être pris en considération, et finalement d'exister par le regard d'autrui. Le Lion figure dans le zodiaque spirituel bouddhique comme une maison vide ou encore comme le "masque qu'un acteur porte pour représenter un personnage au-dessus de lui" (selon Volguine, L'Ésotérisme de l'astrologie, Dangles, 1953, p.27 ; CURA, 2003).

Ils font de la Vierge, deux fois mercurisée (Domicile et Exaltation), une analyste stérile, une formaliste médiocre, une conceptuelle étriquée, une névrosée fixée au stade "anal replié" (Barbault usant du jargon freudien) ou se mouvant dans une "paranoïa de lilliputien" (Nicola) - symptôme partagé d'une modernité qui ne comprend pas plus la féminité (qu'on intellectualise) que la virilité (qu'on puérilise au Bélier). La Vierge, symbole de fécondité, apparaît au zodiaque bouddhique comme "un couple enlacé" (Volguine, op. cité, p.140 ; CURA, 2003). La Vierge est la courtisane divine des Babyloniens. La déesse Ishtar (Vénus) était représentée sous les traits d'une vierge. On lit au chapitre 105 du recueil akkadien de présages iqqur îpuš (qui contient l'un des premiers modèles des "Maîtrises" et qui précède d'environ un millénaire celui des Grecs) : "le mois d'Elul [août-septembre] est le mois d'Ištar, Dame des pays." (in René Labat, Un calendrier babylonien des travaux, des signes et des mois, Paris, Champion, 1965, p.105).

La lecture jupitérienne du Sagittaire est une méprise quant au sens à donner à la "morale" qui est une exigence éthique avant de devenir un code et une institution sociale. Il aura fallu atteindre 1977 pour que le Sagittaire trouve son pilote, le minuscule Chiron, dépeint par les astrologues comme guérisseur, chaman, voyant ou prophète, en somme un intermédiaire entre les hommes et la loi naturelle, un medium susceptible d'entrevoir la nécessité du réel.

Une série d'analogies superficielles est à l'origine de l'attribution factice d'Uranus au Verseau, que tout oppose. La découverte fortuite d'Uranus à la veille de la révolution française a transformé le Verseau en libérateur révolutionnaire. Ainsi, bien qu'altruiste et sceptique, il a fini par accaparer l'égocentrisme uranien et devenir le porteur des espoirs les plus extravagants (cf. la prétendue "ère du Verseau").

Les astrologues font souvent du Poissons un rêveur, un amoureux ou un mystique : des masques occasionnels de la négation intégrale, du scepticisme radical. L'assimilation de Neptune aux Poissons en raison d'analogies mythologiques triviales ne fait que compliquer les choses et fausser la compréhension du Signe. Le Capricorne s'attache encore à une rationalisation puriste de l'univers, mais rien n'échappe au relativisme absolu du Poissons. Si le monde peut se dissoudre, c'est qu'il est achevé. Le Poissons, c'est l'Oeuf du Monde en filigrane, mais qui précède le Big-Bang (au Bélier) !

Le tableau qui suit rassemble mes textes sur les signes zodiacaux et les planètes, établis indépendamment les uns des autres (cf. 1 et 2). La comparaison des processus zodiacaux et planétaires éclaire leurs significations virtuelles respectives.


Bélier
Je veux
Excitation naturelle
Dépense énergétique
Réactivité immédiate et polarisée
Le Choc (énergie d'opposition)
Présence immédiate, évidence du moment, instantanéité (le pionnier)

Le Bélier déploie une activité brute sans médiation. Il se propulse dans l'existence, armé face à toute éventuelle adversité, et réagit à "tout ce qui bouge". Il n'a conscience de ses actes qu'au moment d'agir. L'acte-réflexe, la réaction instantanée à la stimulation, l'action spontanée et impulsive, jaillissent dans l'affirmation de soi et dans la démarcation volontaire. Il cherche à maîtriser la situation existentielle et adopte une position antagoniste déterminée envers tout ce qui est susceptible d'entrer en conflit. L'actualisation des forces disponibles et la réalisation sont immédiates. Son intelligence pratique s'adapte aux moindres variations énergétiques. Le Bélier vit "au jour le jour". Il dispose d'un potentiel énergétique indifférencié, sans objectif préalable, toujours disponible et renouvelé (combativité, optimisme, innocence, sens du sacrifice, enthousiasme, jeunesse éternelle...)
MARS
Confrontation
permanence du duel
maintien d'une excitabilité médiane
dynamisme vital
agir, combattre, entreprendre, réaliser, saisir, résister, affirmer.

L'évidence de l'existence presse là, à portée de main, impérativement. Le réel naît d'une résistance manifeste et tangible à la conscience. Spontanément, les formes se meuvent, les actes s'incarnent, les forces fluctuent. L'existence surgit dans toute sa puissance apparente, dans sa vérité nue. Le martien s'affirme en affirmant le monde. Il fait corps avec la matière, mais cette union est tendue, dynamique, conflictuelle, car emplie d'ennemis extérieurs et intérieurs. Toute situation est un champ virtuel d'affrontement, de collisions, de télescopage, de heurts, d'antagonismes criants, et induit un conflit immédiat, imminent, permanent. Peu importe ce qu'il en résulte!
Taureau
Je fonde
Inhibition naturelle
Excitation concentrée
Conservation et stabilité
La Bombe (énergie d'assimilation)
L'intemporel inscrit dans le présent. Le but supérieur, la finalité, l'ordre révélé (le chef spirituel)

La puissance possessive résulte d'une accumulation des forces, d'une réorientation exclusive des énergies, d'une stricte régulation des besoins, d'une spécialisation de l'activité. Le Taureau s'organise avec efficacité et exploite son environnement en vue d'un objectif arrêté qui s'accorde avec ses intérêts. Travailleur exigeant et persévérant, il maîtrise les contingences existentielles et surmonte les résistances et les obstacles (fermeté, ténacité, prudence, patience, contrôle, discipline...) Or toute source d'énergie s'amenuise avec le temps : l'existence est une "peau de chagrin" aux ressources limitées, qu'il sait gérer avec économie et administrer avec parcimonie.
URANUS
Unification
transformation du multiple en unique
hausse brutale d'excitabilité (et dépression périphérique)
émergence individualisée
centrer, orienter, découvrir, faire irruption, jaillir, bouleverser, radicaliser, surgir.

Le réel apparaît comme un ensemble d'éléments épars, qui réclame impérativement d'être ordonné. La diversité phénoménale s'organise et se focalise sous l'égide d'un principe abstrait. Elle est saisie en bloc, et réduite à ses lignes de force, à sa nature essentielle. Toute expérience concrète est assujettie à l'impératif de l'unification. Les forces se concentrent et les ressources de la volonté se mobilisent en vue d'un objectif ou d'un projet qui les subsument. La conscience égocentrée rassemble l'ensemble de ses potentialités dans une orientation unilatérale, en vue d'une transformation radicale. L'uranien sait reconnaître et cultiver avec intransigeance ce qui lui appartient en propre. La puissance légitime appartient à qui sait capter et réguler les variations indéfinies issues de la mouvance du monde.
Gémeaux
Je peux
Excitation naturelle
Dépense conditionnelle
Activité réfléchie
Le Flux (énergie de généralisation)
Mise en perspective du présent, la conjoncture, l'opportunité (le diplomate)

Le Gémeaux déploie une énergie diffuse, débordante, "dans tous les azimuts", au service d'une activité variée, élargie, intentionnelle, pragmatique. L'acceptation préalable des normes collectives et des conventions sociales conditionne une intégration efficace et une adaptation plastique aux fluctuations du milieu (disponibilité, improvisation, persuasion, diplomatie, flair...) Le Gémeaux évolue au sein d'un champ normalisé assez vaste pour permettre le développement de ses desseins tactiques. Il sait faire des concessions et saisir les opportunités de la situation, tirer parti de ses alliances et appuis en les persuadant de se rallier à ses vues. Il est dans l'intérêt général de suivre la voie dans laquelle il engage sa responsabilité, qui souvent se nourrit de celle d'autrui.
JUPITER
Simplification
transformation du duel en unique
hausse du niveau moyen d'excitabilité
efficacité pratique
répandre, constater, schématiser, normaliser, codifier, légiférer, vulgariser.

Le réel se présente sous forme médiate : l'objet fait signe et la parole appelle l'acte. L'efficacité et la performance verbales s'illustrent par la dissuasion et par la capacité de légiférer et de codifier le concret. L'existence réclame une clarification efficace : le phénomène est schématisé, l'événement diagnostiqué, la situation réduite à ses lignes directrices. Des choix significatifs orientent une activité qui s'inscrit dans les règles du jeu social qu'on cherche à maîtriser. L'expérience s'oriente vers des objectifs diversifiés mais convergents, qui favorisent et accroissent la puissance d'action et la jouissance des biens de ce monde. Le jupitérien se présente comme le garant des relations entre les hommes, de leur bon fonctionnement, comme l'autorité morale nécessaire, sans laquelle il n'est pas d'issue à la méfiance, à la jalousie et à la suspicion qui les divisent et les déchirent.
Cancer
J'imagine
Inhibition protectrice
Adaptation plastique
Réceptivité diffuse
La Terre (espace de sédimentation)
Le souvenir, la nostalgie, les réminiscences (l'artiste)

Le Cancer acquiert son équilibre par symbiose à un milieu qu'il suppose bâti à sa mesure et qu'il façonne à l'aune de ses désirs. Il tisse patiemment sa toile autour de lui, par juxtaposition de couches successives et par concrétion des apports extérieurs, dans un espace personnel et protégé. Le maintien de son équilibre vital implique une existence essentiellement végétative, se développant à l'écart de toute compétition, à l'abri, dans un monde où l'imaginaire prend souvent le dessus sur le "réel", dans un univers sur mesure, susceptible de le vivifier et de le mettre en confiance (passivité, dépendance, quotidienneté, mémoire, affectivité...) Les incitations se prolongent en lui. Il s'attarde à revivre le passé jusqu'à se nourrir de sa propre matière et à s'émouvoir de ses propres émotions. L'imprégnation progressive de réalités disparates modèle ses attachements affectifs ponctuels, imprécis, variables. Il trouve son équilibre dans cette apparente fragilité. Un peu de tout et comme ça vient.
LUNE
Indifférenciation
permanence de l'unique et du duel
maintien d'une excitabilité forte et médiane
gestation informelle
limiter, englober, confondre, rapprocher, cohabiter, attendre.

Le réel, perçu diffusément, apparaît dans sa globalité, dans son homogénéité interne. Les entités sont confondues, non démarquées. Le monde est un continuum. Un équilibre informel s'établit dans l'indistinction des niveaux, dans l'annexion de l'extériorité, dans l'interpénétration des mondes, dans l'équivalence entre des réalités de teneur variée, dans l'ambivalence et la réciprocité du "réel" et de l'imaginaire. Tout se confond et se dissipe dans cette cohabitation. Le donné immédiat se mêle aux souvenirs du passé et aux rêveries du moment. Le lunaire vit dans un monde fluide, réceptif à toutes les manifestations, en gestation permanente, dans une attente perpétuelle d'une actualisation de ses virtualités, car il porte ce monde en lui.
Lion
Je crée
Excitation de trace
Protection concentrée
Rayonnement spatial
Le Temple (espace de la fusion)
Le futur inscrit dans le passé. Immortalité, pérennité du mythe, culte des ancêtres (le rêveur)

La concentration de l'inhibition crée un centre vide dans la conscience, un espace ouvert à la présence d'un sacré, et propice à la gestation de la foi. Si le Lion cherche à se distinguer, c'est pour mieux s'affranchir de l'évidence de cette vacuité. Relativement imperméable aux fluctuations de la psyché, immunisé contre la remise en cause de lui-même, il maîtrise son comportement et ses émotions. La vie mondaine, les passions et les multiples intrigues existentielles meublent son désir sans l'assouvir. Il mime l'autorité plus qu'il ne cherche à s'en emparer (intégrité, loyauté, générosité, magnanimité...) Le Lion est un roi qui ne recherche pas le pouvoir, mais qui redistribue les pouvoirs. Il multiplie les masques de sa personne en endossant des rôles successifs et variables selon les aléas de ses rencontres, car il sait n'exister que par la reconnaissance par autrui de son image idéale de lui-même. Le Lion reflète la conscience d'autrui en construisant la sienne. Il sait se faire autre, acteur de lui-même, car il a surmonté l'altérité, car il est autre en étant lui-même.
SOLEIL
Identification
permanence de l'unique
maintien d'une excitabilité forte
imagination rayonnante
rayonner, vitaliser, exalter, rêver, perpétuer, reproduire, imiter.

Le réel est limpide et transparent. Il est ce qu'il paraît être : un songe qui se perpétue dans l'évidence de son apparence. Les choses sont ce qu'elles sont : il est inutile et vain de chercher à les transformer, à les actualiser, ou à les démontrer. Une foi inébranlable dirige l'action et anime la conscience. Le solaire adhère aux coutumes, aux conventions et aux usages collectifs par respect des normes et des valeurs sociales, et aussi par un jugement affectif de convenance. Il aime jouer le rôle de l'animateur au sein d'une communauté, et endosser la fonction du centre rayonnant, sans chercher à imposer à quiconque quoi que ce soit de contraire à sa nature, car il connaît d'instinct l'invariabilité de la nature humaine.
Vierge
Je choisis
Inhibition protectrice
Limitation défensive
Réceptivité sélective
Le Miroir (espace de la réciprocité)
Présent et intemporel inscrit dans le passé. Immuabilité du monde, rien de nouveau sous le soleil (l'amoureux)

La Vierge perçoit avec acuité ses affinités et inimitiés latentes, ainsi que les limites de ses capacités. Son espace affectif se resserre autour d'un foyer d'élection. Le moindre détail s'y rapportant suscite son intérêt car il est l'indice encourageant de la proximité de l'être désiré. Werther. La Vierge est sentimentale, susceptible des attachements les plus passionnés, bien que "froide", indifférente et critique en apparence (retenue, discrétion, pudeur, dévouement, fidélité...) L'échange se concrétise à travers des liens affectifs, quasi permanents. Elle est la seule à avoir la capacité d'aimer et de tout donner sans condition. Sa réceptivité à l'autre est si forte qu'elle en adopte les paroles, les gestes, les états et les désirs par une sorte de mimétisme inconscient.
VÉNUS
Dissociation
transformation de l'unique en duel
baisse du niveau fort d'excitabilité
préférence affective
aimer (et détester), désirer (et redouter), attirer (et repousser), se dédoubler, apparier, accorder, partager.

L'unité se dédouble ; l'apparent se colore ; le visible devient tangible. Des images donnent vie à l'objet désiré, lequel s'accorde avec le sentiment qu'il suscite. Le réel est un tableau de figures plus ou moins saillantes, claires ou obscures, lumineuses ou sombres, limpides ou opaques. La présence permanente du désir implique des estimations affectives d'acceptation ou de refus, de plaisir ou de déplaisir, d'attraction ou de répulsion. L'attachement est exclusif, viscéral. Le vénusien n'existe que par le regard de l'autre, de son double, de son complémentaire, tangible, idéal ou imaginaire. Il vit avec lui dans une complicité confiante. Il se donne car il sait se partager.
Balance
Je sens
Excitation temporelle
Association intensive
Coordination attentive
Le Retour (temps de l'équilibre)
Transparence, foi, grâce, authenticité (le mystique)

La plasticité psychique et l'attention aigüe aux fluctuations du vivant impliquent des rapports souples et fluctuants à l'environnement. L'acte s'alourdit de la considération de tout le possible, et ne s'accomplit que par le regret de ce qu'il laisse à l'écart. La difficulté à prendre parti résulte d'une sensibilité exacerbée à la diversité des consciences. L'indécision résulte d'une réceptivité aux sollicitations diverses, et d'un respect de l'intégrité des êtres et de leurs états successifs (authenticité, délicatesse, subtilité, raffinement, tolérance, charme...) La Balance n'a pas d'habitudes ni de sentiments arrêtés, polarisés ou définitifs : ses attachements sont indéfinis, variables, éthérés, vivifiés par la présence de ce qui est susceptible de les animer.
NEPTUNE
Association
transformation du multiple en duel
hausse du niveau faible d'excitabilité
participation contemplative
communier, fusionner, rassembler, sensibiliser, dissoudre, incarner, pressentir, espérer, pacifier.

Le réel est un champ de correspondances, où tout se répond, concourt, résonne, communie, sympathise. La sensibilité résulte d'une contemplation active, d'une ouverture à la multiplicité du vivant. Ce qui est à peine perceptible est ressenti, ce qui fluctue imperceptiblement est éprouvé, goûté. Il y a une profondeur au-delà du donné immédiat, un halo qui enveloppe ce qui se manifeste, une atmosphère qui rapproche les réalités les plus dissemblables, une ambiance intemporelle qui mêle l'ici et l'ailleurs. L'indéfinie présence du monde à lui-même façonne la conscience. La vie est une promesse, car le réel n'a pas de limite.
Scorpion
Je vis
Inhibition différentielle
Attention concentrée
Discernement sélectif
Le Moment (temps du dosage)
Le moment chargé d'une singularité inaliénable, le mystère, le secret (le solitaire)

L'acuité du discernement permet l'appréhension de l'objet approprié, du lieu propice, du point sensible, du moment crucial, de l'instant éternel (perspicacité, sens critique, démystification, marginalité...) Le Scorpion se singularise en soulignant ses différences. Il n'a de certitudes que relatives. La part essentielle de l'être, son noyau vital, échappe à la détermination comme à la rationalisation, car c'est dans l'imperceptible que se cache "la puissance". Imperméable à toute illusion, réfractaire aux valeurs établies, rebelle à tout enrôlement, irréductible à toute identification, mais sensible à ce qui est rejeté, méprisé, laissé pour compte, il évolue vers la dépossession et la régénération de lui-même.
PLUTON
Surdifférenciation
permanence du multiple
maintien d'une excitabilité faible
irréductibilité instinctive
déstabiliser, désagréger, démystifier, régénérer, critiquer, troubler, subvertir, relativiser.

L'extrême complexité se maintient. Le réel est chaotique, secret, éternellement mystérieux, inaccessible, insondable, impénétrable. Il se manifeste dans les profondeurs de la conscience, à travers des états indéfinis, jamais vraiment identifiables, pressants et indicibles. Le plutonien défend farouchement son intégrité en dépit de la réversibilité des états de conscience et de l'indétermination du désir. Il vit dans la mouvance désordonnée de réalités inextricables. Il perçoit l'évanescent, l'ineffable et l'improbable, au-delà des apparences et des trivialités. Il maintient en lui-même une multiplicité de repères dans l'infinie variabilité de l'Être et des êtres. Le désordre est sa loi, son ordre, et jusqu'à la dernière heure, tout est toujours possible.
Sagittaire
Je vois
Excitation temporelle
Association extensive
Evolution
La Spirale (temps de l'harmonisation)
Justice immanente, don de soi, mission universelle (le prophète)

L'ouverture à l'universel résulte du souci de tenir compte de tous les points de vue et de les rassembler dans une vision synthétique inspirée. Le Sagittaire ne tient compte que de ses aspirations les moins égocentrées (solidarité, équité, coopération, fraternisation, compassion...) Qu'importe le decorum : nul ne possède une telle ardeur pour outrepasser ses limites, pour briguer les interdits, pour lutter contre les aliénations, pour combattre l'iniquité et la vulgarité sous toutes leurs formes, pour défier l'utopique même et rivaliser avec lui dans la démesure. La force obéit au devoir. La sagesse se forme à l'épreuve du réel. Peu importe l'inconfort et les désagréments pour celui qui possède simultanément le courage d'être et d'agir.
CHIRON
Intégration
permanence du multiple et du duel
synergie des niveaux moyen et fort d'excitabilité
exigence morale
s'impliquer, s'engager, coopérer, organiser, adapter, valoriser.

Le réel résiste à la conscience par son immanente complexité. Il engage, il exige une participation en vue de sa transformation. L'action s'accomplit, non plus dans l'immédiateté et au profit de l'acteur (Mars), mais en raison d'une exigence qui le dépasse. Le combat sert un objectif qui le transcende. Il a des conséquences de portée générale. Il est impératif d'accomplir ce qui est juste, équitable, nonobstant la considération d'intérêts personnels. La volonté devient le soutien obligé de la sensibilité, dans le dessein d'encourager l'authenticité sous toutes ses formes.
Capricorne
Je pense
Inhibition extinctive
Systématisation active et généralisée
Le Cristal (structure de la cristallisation)
L'avenir, le devoir-être incorruptible, la construction du monde et de l'esprit (l'ascète)

Le Capricorne se dépouille de l'insuffisant, du superflu, de l'artificiel, de l'aléatoire, du spécieux, du futile, dont se revêt tout phénomène dans sa manifestation, pour ne conserver que le strict nécessaire (détachement, exigence, sobriété, austérité, exactitude, probité...) Il aspire à la perfection. Le souci de l'objectivité et la recherche de la "vérité", de l'absolu, impliquent la détermination d'invariants, de propriétés constantes et d'éléments permanents, par delà les conditionnements existentiels contingents. La construction raisonnée du milieu naturel et social est le dessein d'une intelligence désintéressée, au service d'un idéal abstrait et sans concession. Il faut prendre au sérieux ce qui doit l'être, par delà les apparences illusoires, et l'ordonner selon les principes les plus purs.
SATURNE
Complexification
transformation du duel en multiple
baisse du niveau moyen d'excitabilité
investigation abstraite
objectiver, purifier, se détacher, renoncer, assainir, mettre à distance, structurer, théoriser.

Le réel, d'une complexité extrême, réclame des explications jamais définitives qui s'enracinent dans des postulats toujours interrogés. L'analyse du factuel implique la capacité à anticiper l'événementiel et à structurer son expérience. Dans l'enchevêtrement du monde phénoménal transparaît une ossature, une charpente sous-jacente, que des lois abstraites déterminent. Tout s'articule dans un réseau de connexions où chaque entité tend à perdre ses propriétés particulières. L'investigation mène à une distanciation progressive du concret. La rationalité du monde est à l'octave de la complexité indéfinie de l'esprit.
Verseau
Je connais
Excitation recréative et récréative
Extinction concentrée
Le Code (structure de la conciliation)
Le passé inscrit dans le futur, re-création, sens historique (le conteur)

Le Verseau est ouvert à ce qui se perd et disparaît ; il réhabilite les idées délaissées, réactualise les valeurs oubliées. Aucun préjugé ne commande cette restauration de l'inactuel, cet assemblage d'éléments rénovés (indépendance, curiosité, ingéniosité, originalité...) L'organisme n'a plus de centre de gravité : il se transforme au fil des sollicitations du moment. Toute réalité s'inscrit médiatiquement dans le milieu environnant. Au delà de l'ancien et du nouveau, de l'essentiel et de l'accessoire, du profond et du superficiel, dans le dépassement des modes et des routines, le Verseau prend plaisir à l'échange abstrait sans a priori, dans la suspension de l'ego. Il n'est rien d'inconvenant, car seules comptent les fluctuations du jeu intellectuel dans lequel il s'insère.
MERCURE
Dispersion
transformation de l'unique en multiple
baisse brutale d'excitabilité (et diffusion périphérique)
mobilité intellectuelle
transmettre, communiquer, traduire, diversifier, diffuser, émietter, éparpiller, informer.

Le réel se manifeste à travers les diverses implications des signaux les plus visibles : prolifération des effets, interprétation des données, diversification des conséquences. Les réalités les plus hétéroclites communiquent : combinaison de signes, échange de données, diffusion d'images et d'idées, jeux de langage, multiplication des relations, transformation des perspectives, circulation, transcription, traduction, transposition. Tout informe. Le monde est le reflet illimité du mental, un jeu de l'esprit avec lui-même. L'intellect assiste à l'éclatement de la conscience ; il est cette conscience éclatée.
Poissons
Je sais
Inhibition extinctive
Structuration globale
La Matrice (structure de la neutralité)
Prescience, ce qu'on cherche est devant nos yeux (le sage)

La plupart des incitations sont rejetées, relativisées, désagrégées. Le Poissons échappe à tout contrôle et à tout assujettissement car il ne réagit plus qu'aux signaux essentiels. Averti par avance et prévenu contre l'imprévu, il se glisse, louvoie, et traverse les situations et les milieux en s'y fondant. Sa plasticité mentale le protège contre les fluctuations du moment et le maintient à distance des conditionnements variables qu'il neutralise (désengagement, dépouillement, renoncement, ascèse, placidité...) Il se rend d'autant plus impersonnel, indifférent, dissolu, "éteint", qu'il n'assimile rien, ne s'identifie à rien, ne tient à rien. Ses "contradictions" s'expliquent par son aisance à changer constamment de point de repère.
CÉRÈS
Potentialisation
permanence de l'unique et du multiple
synergie des niveaux fort et faible d'excitabilité
formalisation logique
préserver, ordonner, systématiser, pré-structurer, répartir, distribuer.

Le réel est perçu globalement, mais rigoureusement. Une logique aprioriste guide le raisonnement et répartit les entités dans la préservation de leurs possibilités latentes et de leurs modalités d'articulation. Les virtualités indifférenciées sont ciblées et systématisées. Les éléments comparaissent au sein d'une structure préétablie qui les contient et les agence, ou mieux : c'est la structure qui définit les éléments. L'ossature n'est plus à édifier, car elle est pré-constituée, pré-posée. Il en résulte une connaissance "innée", sans apprentissage. Toute manifestation est induite par une organisation formelle préalable. Variations et mouvances s'insèrent dans cette ordonnance définitive. Le cérésien n'a pas besoin de repères, car il les a déjà maîtrisés.



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La Matrice astrale II : Fondements logiques des Maîtrises
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