CORPUS NOSTRADAMUS 160 -- par Patrice Guinard

L'astro-théologie naturelle du bourguignon Pierre Turrel
 

"Le periode", un célèbre traité composé en 1531 par l'historien astrophile et cyclologue Pierre Turrel, a influencé le texte et le style des Prophéties, soit indirectement via la recomposition plagiaire de Richard Roussat (1550), soit directement comme il en résulte de divers indices iconographiques (cf. CN 55) et textuels.

160A [La période] = Le periode c'est à dire la fin du monde, Contenant la disposition des chouses terrestres par la vertu & influence des corps celestes
s.l. [Lyon ?] s.d. [1531 ? ou début 1532 avant Pâques ? ou ca. 1535 ?], in-4, 35 ff. (A4-I3, num. I-XVI, XVIII, XVIII-XXIIII, XXI-XXXI)

- Mazarine, Paris: Res 8° 28608 ; Sainte-Geneviève, Paris: 4° V 400 RES ; BM Besançon: 248238 ; BM Dijon Res 39 ; Harvard Univ: Houghton Libr. FC5 T8664 550p

Le traité a été composé en 1531, comme en attestent diverses dates internes dans le texte : août 1531 (C4r), 1531-1532 (F2v), 1531 (E4v, G1r, G2r, H1r), 21 juillet 1531 (I2v), et la mention finale. Il aurait été publié à Lyon en 1531 (Du Verdier, p.1065) ou au début de l'an 1532, bien que la seule édition existante (posthume selon le titre, et dont il subsiste au moins cinq exemplaires) semble un peu plus tardive, à moins que le texte, quelque peu fautif, ne milite en faveur d'une impression commanditée au moment du décès de Turrel et exécutée hâtivement.

Divisé en cinq parties (ou "particules"), dédié à Messire Girard de Vienne, seigneur de Ruffey et de Commarain, baron d'Antigni et de St Aulbin, "Composé par feu Maistre Piere Turrel, Philosophe & Astrologue, Recteur des escoles de Dijon" (au titre), il a été rédigé en latin, puis traduit en français et achevé d'imprimer le 2 sept. 1531 : "ESCRIPT, & compose en latin au monastere des trois valees, & translate en francois en la tresnoble maison de Commarien, la plus illustre & magnificque que soit en la region de mandubie. FAICT & termine le second jour de Septembre, mil cinq cens trante ung. TELOS [FIN]." (f. I3r).

Un distique latin et un quatrain inaugurent l'ouvrage (f. A2r) :

"Astra colit sapiens : terram veneratur avarus,
Impius hanc Pluto : Iuppiter illa tenet."


["Le sage cultive les astres ; l'homme avide chérit les biens terrestres.
L'impie est dévoué à Pluton ; l'homme pieux à Jupiter."]

"Les saiges contemplent les estoilles,
 Les folz ne tiennent conte d'icelles,
 Les bons & saiges monteront lassus [là-haut],
 Les folz iront aux Infernaulx palus [marécages]."


Ces vers sont suivis par un avertissement d'usage : "Touteffois je ne veulx pas dire que je puisse composer, pronostiquer ne juger des choses advenir, mais seullement en conjecturer, ou oppiner" (f. A3v)

Turrel mêle des références bibliques (Michée, les Psaumes, la Genèse, Esaïe, etc.) et théologiques (Augustin, Methodius, l'encyclopédiste Vincent de Beauvais, etc.) aux classiques de la philosophie grecque et de la littérature latine (Platon, Aristote, Pythagore, Hippocrate, Virgile, etc.) et aux astrologues, astrologisants et cosmographes généreusement conviés : Albumasar, l'Ysagogis de Zaphar (l'Introductorium minus du même Albumasar), Messahalla, Haly Abenragel, Ibn Ezra, Pierre d'Ailly, le Centiloque du pseudo-Ptolémée, mais aussi le Quadripartitum de Ptolémée (f. G3v), Léopold d'Autriche, Guy (Guido Bonatti), Albubather Alkasan, Albatenius, Alcabitius, Bonet de Lates, Georg Peurbach, Regiomontanus, Pietro d'Abano, Johann Lichtenberger, Sacrobosco, et aussi, moins facilement identifiables : François de Macédoine, Cuchus, et Cecus.

L'ouvrage suit essentiellement les théories astro-cyclologiques d'Albumasar, du cardinal Pierre d'Ailly et du Liber rationum attribué à Ibn Ezra.

1. Le cycle de 7000 ans (de la trépidation des équinoxes)

Divisé en 4 périodes de 1750 ans, depuis la création en 5199 BC (f. C3r), marquées par le Déluge (en 3450 BC), l'Exode (en 1700 BC), la destruction de Jérusalem (en 50 AD) et la fin du monde (vers 1800 AD) (f. A4r), le cycle de sept mille ans, s'appuyant sur le prophétisme biblique ("Daniel disant que au septiesme miliaire fault attendre la consummation du cilecle [sic]", f. G1r), est aussi exposé par les Ihwân as-Safâ (les sincères ou frères de la pureté) vers 950, et par le médecin belge Jehan de Bruges dans son De veritate astronomiae (1444).

La date de 1800 environ est confirmée à la fin de la première partie de l'ouvrage : "approuchans la future revolution du monde, ou l'anichilation de [dans] environ deux cens septante ans selon la commune scription des Hystoriographes" (f. D1v ; 1531 (date interne de la rédaction) + 270 = 1801) ; "la quarte mutation sera l'anichilation du monde soubx Capricorne, qu'est l'atour de Saturne, & l'exaltation de Mars, dequoi parlerons plus copieusement cy apres." (f. B2v ; Saturne, Mars et Jupiter sont en Capricorne au printemps 1783).

Les quatre périodes de 1750 ans se subdivisent chacune en 7 sous-périodes de 250 ans (une pour chaque planète du septénaire), ou encore le cycle des sept millénaires se subdivise en 28 périodes "lunaires" de 250 ans.

Le début de la dernière période avant "la fin du monde" adviendrait en l'an 1550 (ou vers 1533 en prenant pour base l'année 1783), aux moments d'une éclipse remarquable suivie de la conjonction des planètes supérieures : "celle [l'éclipse] de l'an mil cinq cens trante sept, sera si maulvaise que peu en parlerai : & aussi de la conjunction des supperieures planettes, Iuppiter & Saturne qui sera faicte l'an mil cinq cens quarante quatre, en l'escorpion [vers le 17 septembre, à 28° du Scorpion], signe venimeulx qui sera si maulvaise : & de si longue duree que merveilles" (f. A4r-v).

Le bourguignon considère l'astrologie comme une théologie naturelle, après Pierre d'Ailly, sa principale source : "l'astrologie [que] ledict Cardinal de Cambray appelle theologie naturelle. Toutesfois plusieurs chiens plutoniques solicitez & stimulez des diables envieulx de nature humaine, la diffament, la mettent en pieces & de toute leur puissance la denigrent, pource que point ne sa[u]roient l'entendre ni acquerir honneur" (f. A4v) -- une probable allusion aux activistes et idéologues l'ayant mis en cause lors de son récent procès (cf. CN 53). Et plus loin : "nous Astrologues & Theologiens naturelz" (f. E3v).

Cette astro-théologie ou cyclo-théologie naturelle s'accompagne d'une position ouvertement pro-bourguignonne et favorable à la politique impériale de Charles-Quint (qui est peut-être à l'origine de son procès), d'un antijudaïsme viscéral ("Or regardes Iuif[s] infideles, & malheureux, si le vrai Messias n'est pas venus, puis que n'aves point de Royaulme (...) mais vous aves des prescheurs qu'ils [sic] vous abusent, mesmement Emanuel delatis fil de Bonnet delatis [cf. DIAL2, /1498], lequel ay ouy à vous prescher que le vray Messias vous viendroit bientost visiter" (f. B4r) ; "Iuif[s] aveuglez, & perdus convertisses vous au grand Dieu de vous [vos] pere[s]" (f. C4v)), imité par Richard Roussat en 1550 ("que les faulx, inhumains & meschans tirans Iuifz n'ont pu descirer", p.178), et par un antiluthérianisme : "Attendez cy Lutheriens, & malheureux Taborites [hussites] qui prophanes les ecclises [sic] & temples de Iesuchrist & les sacrees ymages de ceulx qu'il [sic] bien & justement ont vescu (...) c'est plus pour la gloire du monde que aultres, comme messaigiers & faulx entechrist" (f. C1r), "les presens hereticques lutheriens" (f. D3v), "ung tas de gens simples & de peu de foy qu'on appelle maintenant vaudois, & genesiers" (f. F2r), etc.

Le periode c'est à dire la fin du monde Le periode c'est à dire la fin du monde Le periode c'est à dire la fin du monde Le periode c'est à dire la fin du monde
 

2. Le cycle de 7441 ans (des 21 périodes planétaires)

Le second cycle analysé est le Grand cycle de 7441 ans, comprenant trois cycles de 2480 ans et 4 mois, gouvernés successivement trois fois par chacune des planètes (régie par son ange) pendant 354 ans et 4 mois selon le Liber rationum attribué à Ibn Ezra (équivalents à la période de 354,33 jours, soit 12 mois lunaires ; cf. DIAL1, /1507 ; ff. D2r-v, D4v sq.). Vingt-et-un cycles de 354.33 ans totalisent 7441 ans. Avec une date pour la Création en 5200 BC (selon Eusèbe), la fin d'un troisième et dernier cycle mène à la date de 2241 AD (date mentionnée par Roussat en 1550, p.95). La fin de la période martienne est pour décembre 1534 ou 1532, soit trois ans quatre mois ou, selon Eusèbe, un an quatre mois après août 1531, selon la date interne précédemment fournie dans le texte (f. E2r).

Cependant Turrel admet un décalage de 25 ans et une durée du grand cycle de 7416 ans au lieu de 7441 ans : "APRES la Lune [conduira le monde jusqu'à] sept mille quatre vingtz six ans & huyt mois. Le Soleil [jusqu'à] sept mille quatre cens seze ans seulement. Derechief pour la quatriesme foys regnera Saturne, si le monde ne prent sa fin & sa derriere [sic] Periode" (f. E2r). Tout ce passage a inspiré directement Nostradamus dans son épître à César et explique l'anomalie du paragraphe 34 sur lequel Torné-Chavigny a achoppé : "avant qu'elle [la Lune] aye parachevé son total circuit, le soleil viendra" (cf. CN 33, § 34). Mais Nostradamus transforme son modèle et reporte un décalage, différent de celui de Turrel, sur le cycle lunaire.

Un autre passage montre que Nostradamus s'inspire directement de Turrel sans passer par Roussat : "par nostre eglise militante nous viendrons à l'eglise triumphante qu'est paradis" (f. D2v-D3r ; cf. un présage pour mars 1557 : le ciel "promect a messieurs de l'eglise tant triumphante, que militante, de supresmes honneurs, & felicitez", in Les Présages merveilleux pour l'an 1557, f. B5r, cf. CN 46).

La seconde particule se termine par un exposé de la théorie des sectes religieuses régies par les conjonctions des six planètes à Jupiter (aux changements de triplicité) : Saturne les Juifs, Mars les Chaldéens, le Soleil les Égyptiens, Vénus l'Islam, Mercure les Chrétiens et la Lune les Luthériens (ff. E3v-E4r).


3. Le cycle de 240 ans (des triplicités)

La troisième partie expose le cycle de 240 ans d'après la fameuse théorie des Triplicités exposée entre autres par Albumasar (f. E4v), et quelques dates remarquables qui s'y illustrent : lors de la conjonction Saturne-Jupiter en Scorpion en 1544, au milieu du Cancer en 1504, fin Cancer en 1564, et en Bélier en 1702 (date d'une universelle mutation). Le passage de la triplicité dans l'élément Eau est annoncé vers 1402, dans l'élément Feu vers 1642 : "le pere de corruption Saturne au signe de feu sera en son ange [sic] hause [hausé], & exalte [exalté]" (f. F3r ; cf. le quatrain I 16, CN 63).

Turrel annonce aussi la venue d'un faux prêcheur pour l'année 1533, date des premières activités de Calvin : "sera deans [sic] deux ou trois ans d'icy, comme doibt apparoir ung faulx prescheur, & seducteur prophete. Environ mil cinq cens trante trois, lequel sera fort pernicieulx aux hommes" (f. F2v).


4. Le cycle de 300 ans (des dix révolutions saturnales)

Quatrième cycle : celui des dix révolutions saturnales en 300 ans d'après Albumasar, Saturne entrant en Bélier (f. G4r), supposé marquer l'avènement du Christ (en Janvier 5 BC), par ailleurs né "soubz l'horoscope du signe de Libra" c'est-à-dire avec l'Ascendant en Balance (f. B4r), et de Mahomet en Mars 584.

Ce cycle permet à Turrel d'annoncer, après Pierre d'Ailly, des changements de lois pour 1789 : "parlons de la huitiesme maxime, & merveilleuse conjunction que les Astrologues disent estre faicte environ les ans de nostre Seigneur mil sept cens octante & neuf [1789], avec dix revolutions Saturnelles : & outre environ vingtcinq ans apres [1814], sera la quatriesme, & derniere station de l'altitudinaire firmament toutes ses chouses considerees, & calculees concluent les Astrologues que si le monde jusques la [là] dure, qu'est à Dieu tant cougneu des tresgrandes & admirables mutations, & altercations seront au monde, mesmement des sectes, & des loyx" (f. H1v -- un passage que l'anti-astrologue cynique Trevor Peach qui pourtant truffe son étude de passages substantiels pris dans Le Periode ne parvient pas à citer correctement, ni dans le texte imprimé ni dans la version manuscrite latine qu'il ignore, redoutant peut-être qu'il puisse déstabiliser les maillons faibles de son lectorat destiné, celui de ses propres croyances confessionnelles : cf. p.38 !).

Version latine manuscrite du fameux passage s'inspirant de la Concordantia de Pierre d'Ailly (cf. Smoller, p.106 et p.194) : "De octava illa maxima et admirabili conjunctione quam futuram, si voluerit Deus, omnes astronomi asserunt dicamus, quod fiet circiter annum 1789" (...) "Quibus omnibus consideratis, et ad calculum redactis, dicunt astronomi, quod, si mundus ad illa usque tempora perduraverit, quod soli Deo cognitum est, multae magnae et admirabilis mundi permutationes potissimae circa sectas et homines futurae sunt." (Fatale pronosticon, cité par Tissot, p.10-11).

Le hasard des dates donne celle de la révolution, mais aussi celle de la restauration ! En fait Saturne entre en Bélier le 11 mars 1496, puis après environ 295 ans (10 cycles saturniens) le 1er janvier 1791 (en opposition à Jupiter).

[Ce point n'a pas échappé aux lecteurs du traité au XIXe siècle, n'hésitant par à renchérir et au besoin falsifier le texte original. Antoine Madrolle (1792-1861) décrit un autre exemplaire de la Période, celui ayant appartenu à son père, au format suspect in-12 et portant la mention "Anno mondy [sic] 5531 - Est Christus 1531" au bas du frontispice. (Le Grand prophète et le grand roi ... de la République française, Paris, Garnier, 1851, p.139). Le même exemplaire, en deux parties (62 p. en français + 12 p. en latin), est décrit dans l'Almanach prophétique, pittoresque et utile pour 1847 (éd. Eugène Bareste, Paris, Pagnerre et Aubert, ca. 1846). La prophétie en latin, inédite (car probablement inventée à cette époque !) fait état d'un texte décrivant en clair la fin des péripéties napoléoniennes : "Trois lunes et un tiers de lune apres la quatrième station de l'altitudinaire firmament [1814], le puissant exilé [Napoléon] marche vers la grande ville [Paris] pour reconquérir ses droits et faire revivre sa race. [Retour de l'île d'Elbe fin fév. 1815 ; arrivée à Paris le 20 mars] Mais c'en est fait : le Seigneur a // prononcé, et l' homme glorieux, vaincu de toutes parts [Waterloo le 18 juin 1815], quitte pour toujours son armée et son peuple." (p.32-33 ; repris par Madrolle p.140 de son ouvrage). L'auteur de cette note de l'almanach (i.e. "Prophéties de Maistre Pierre Turrel, philosophe et astrologue, sur la révolution française, sur les Événements qui doivent se passer vers le milieu du XIXe siècle (1814 à 1848) et sur la venue de celui qui doit sauver le monde", p.23-35) serait Henri de Laage, i.e. le comte René Henri de Laage de La Bretolière (1830-1881) ?]


5. Le cinquième livre se borne à un relevé d'éclipses remarquables, dont une éclipse solaire que Turrel a vue en mars 1485 (f. H4r), jour du décès de la princesse de Galles Anne Neville (cf. Dean Gale au premier volume de ses Rerum Anglicarum Scriptorum Veterium, Oxford, 1684), et une série d'éclipses à venir jusqu'en 1540, à commencer par celle du 30 août 1532 (f. H4v). Turrel affirme aussi avoir assisté à "la revolution de l'an 1532", i.e. le 11 mars 1532 vers 13h25 (f. H4r).

Turrel achève son Fatale pronosticon mirabiles futurorum eventus, le manuscrit latin découvert par Tissot en 1836 et qui a servi de modèle au Periode, par un dégoût qui n'est pas sans rappeler certains accents nostradamiens : "Accablé et écoeuré, je laisse les autres écrire le reste parce que je ne peux retenir mes larmes." (trad. Elisa Bouchacourt, 1910 ; cité par Castan, 2002, p.213).


6. Notes biographiques et bibliographiques

Pierre Turrel (ca. 1465-1533), latinisé Turrellus, est né à Autun vers 1465 (cf. l'éclipse solaire qu'il dit avoir vue en mars 1485 : Le Periode, f. H4r). Engagé par la municipalité de Dijon le 2 décembre 1517 (Arch. Mun. Dijon, ms B 168 f. 123r ; Garnier, 1918, p.698) après (?) avoir épousé Henriette Chisseret qui lui donna au moins un fils (Garnier, 1918, p.703 ; Peach, 2002, p.27), il est nommé en 1520 recteur des écoles du Collège de Dijon, titre nu sans gage, pas même la mise à disposition d'une maison (Garnier, 1918, p.705-6). On compte parmi ses élèves le juriste Jean Begat (1523-1572), un Philippe de Villers, Bénigne Pérard, Claude Robert et surtout (vers 1490 ?) Pierre Duchastel (Garnier, 1918, p.699), lequel Chastel (ca. 1490-1552), latinisé Castellanus, deviendra lecteur de François Ier, puis grand aumônier de France, directeur du Collège Royal puis de la bibliothèque royale après Guillaume Budé en 1540. Chastel défendit Turrel d'accusations d'impiété lors d'un procès célèbre en 1528 (cf. CN 53), à la suite duquel il est prié de démissionner de son poste de recteur -- ce qu'il refusa de faire jusqu'en 1530 environ. Son poste de recteur des écoles est octroyé à un certain Julien Martin en 1531 (Roussel, vol. 3, 1878, p.93).

Son ami le juriste Barthélemy de Chasseneuz le décrit comme un fin lettré et un humaniste accompli : "un autre Ptolémée en cosmographie, un autre Alcabitius en astrologie, un autre Cicéron pour l'éloquence, un autre Bias [Bias de Priène] en philosophie, un autre Tite-Live en histoire" (Barthélemy de Chasseneuz, Catalogus gloriae mundi, 1529 ; Frankfurt, Sigmund Feyerabend, 1579, p.304). Guillaume Paradin (1510-1590) écrit que l'astrologue éminent "aurait prédit à Louise de savoie, mère de françois Ier, le désastre de Pavie quelques jours avant l'événement [janvier ou février 1525]." ("astrologus eminentissimus qui primo captivitatem paviensem erat vaticinatus", mentionné par Guyton, 1872, p.475, qui cite le journal L'Éduen du 17 janvier 1841).

L'essai de Turrel est critiqué par l'anti-astrologue agnostique Jacques Tahureau (1527-1555) dans ses Dialogues posthumes (Paris, Gabriel Buon, 1565 ; 1e édition en 1562 selon Du Verdier, p.621) : "ce gentil Monsieur de Pierre Turel veut assigner le tems que le monde finira, chose tant s'en faut qu'elle soit cogneue aux hommes, que mesme le Fils, ni les anges du ciel ne le sçavent pas, fors que le seul Pere tout puissant" (Second dialogue du Democritic, in Les dialogues : non moins profitables que facetieux, éd. Max Gauna [pour qui le Periode de Turrel "demeure introuvable" !], Genève, Droz, 1981, p.166). Toujours les mêmes piteuses rengaines idéologiques et obscurantistes qui continuent à faire florès parmi les anti-astrologues d'hier et d'aujourd'hui ...

Turrel serait décédé en 1533, avant Pâques 1532 (le 31 mars Julien) selon certains et le recoupement des indications données dans son "Periode", bien que cette date soit discutée. D'autres donnent la date fort improbable d'un décès vers 1547. Aucun document ou texte ne prouve une quelconque activité de Turrel après la parution de sa pronostication pour l'an 1533, Gaudet patientia duris, dans laquelle il note qu'il a vu la comète de 1532 entre le 28 septembre et le 3 novembre 1532 (f.A2v).

Outre Le Periode, plusieurs autres textes de Turrel ont été recensés :

160B Un Discours de la vie de Lazare, en vers Sapphiques, recitez à Autun en plein theatre l'an 1516 (selon Chasseneuz : cf. La Monnoye, in Rigoley de Juvigny, 1772, vol. 2, p.328)

160C Alkabitius Astronomi(a)e judiciari(a)e principia tractans cum Joannis Saxonii commentario ordine textus nuperrime distincto. Additis annotationibus et in margine & in textu atque glossa per magistrum Petrum Turrellum Astrophilum divionensis gymnasii rectorem, Lyon, Barthélemy Trot, impr. Guillaume Huyon, [1519], in-4, 80 ff. (Ste-Geneviève Paris: 4 V 367 INV 1057 RES ; BM Lyon: 321868 ; BM Blois: I 959 ; BM Besançon: 260421 ; BL London: 718.g.7. ; Glasgow: Sp Coll Hunterian R.7.13, etc.

Alkabitius Astronomie judiciarie principia tractans, 1519 Alkabitius Astronomie judiciarie principia tractans, 1519 La Grant pronostication avec l'amanach bien au long calculee pour l'an 1523 La Grant pronostication avec l'amanach bien au long calculee pour l'an 1523
 

160D La Grant pronostication avec l'amanach bien au long calculee pour l'an 1523. Commencent le x jour de Mars et finissant l'an revolu à icelluy jour, A l'orizon et hemisphere de la tresrenommee et bonne ville de Dijon
Dijon, Pierre Grangier, [1522], in-4 (BnF: RES pV 166 ne contenant qu'un feuillet, i.e. la page de titre, la dédicace à Mme de La Trémoïlle datée de Dijon le 22 octobre 1522, et le début du texte)

160E Computus Novus, pedestri oratione contextus, dies festos ab operosis uno digito disterminans, etc., Dijon , Pierre Gromors pour Pierre Grangier, 1525, in-4, 16 ff.
Ce serait la 1e édition du Computus selon Oursel (1906, p.289). Nombreuses autres éditions : Paris, Pierre Gaudoul, [1525], in-4, 16 ff. ;  Paris, 1526 ; Dijon, Pierre Grangier, 1530 ; Lyon, Claude Nourry dit Le Prince, 1530 ; Lyon, Pierre de Saincte-Lucie, 1539 (CAT Coste, n.435), Lyon, 1553, etc.

160F Fatale prevision par les Astres & disposition d'icelles sur la region de Iuppiter maintenant appellee Bourgoigne pour l'an 1529 & pour plusieurs annees subsequentes, Lyon, [1528] (signalé par Du Verdier p.1065, ouvrage perdu selon Thorndike, p.310).

160G Le manuscrit Historicum Burgundia Conspectus : Table chrorographique de Bourgogne, avec l'Histoire des Bourguignons (signalé par La Croix du Maine, p.417, qui mentionne l'Origine des Bourguignons de Pierre de St-Julien aux ff.13-14, et par La Monnoye, in Rigoley de Juvigny, 1772, vol. 2, p.329).

160H Fatale pronosticon mirabiles futurorum eventus super mundi duratione et ultimi periodo revelans ["Pronostic fatal relatif aux prodigieux événements futurs concernant la durée du monde et sa dernière période"], 1531, BnF ms. fr. 2200 (version latine du Periode, contenant un dialogue entre Turrel et Hercule qui lui renvoie le fardeau dont Atlas l'avait chargé. Ce texte a pu influencer l'imagerie des éditions Rigaud des Prophéties, i.e. la vignette "Atlas".)

160J Minutte de la fatalle destinee & dernier periode du monde, Contre les lutheriens & scorpionnistes, 1531, BnF ms. fr. 1060 (version ms. française du Periode)

160K Gaudet patientia duris ["la patience se réjouit dans l'adversité"]. C'est ce que sera par les influences celestes present l'an 1533. Avec la signification de l'eclipse de la Lune. Et aussi de la Comette vehue ceste annee Mil cinq cens trente deux
s.l. n.d. [1533], in-8, 4 ff. (dédié à Mme la duchesse de Valentinois, doyere [douairière] de La Trimouille, signalé par Houzeau/Lancaster, n.14650 ; BnF: RES pV 167). La mention "ce que sera" a été reprise dans les Almanachs de Torné-Chavigny. Signature autographe de Turrel en A4v.

Gaudet patientia duris, A4v
 
 
Sources secondaires :

André Castan, "Pierre Turrel, recteur des écoles de Dijon et astrologue : un procès politique en 1528 ?" in Annales de Bourgogne 74, 2002, p.189-214

Charles Oursel, "Notes sur le libraire et imprimeur dijonnais Pierre I. Grangier : à propos d'une édition inconnue du 'Computus novus' de Pierre Turrel" in Mémoires de la Société éduenne, T 34, Autun, 1906, p.289-309

Elisa Bouchacourt, Les écoles et l'enseignement à Dijon, (mémoire d'histoire manuscrit, 1910, BU Dijon ; cité par Castan)

Joseph Garnier, Chartes de communes et d'affranchissements en Bourgogne, Dijon, V. Darantière et Paul Jobard, 1918, p.691-707

Joseph Tissot, "Sur un manuscrit de 1531, par Pierre Turrel, d'Autun, astrologue", in Revue de la Côte-d'Or et de l'ancienne Bourgogne, T 2, Dijon, 1836, p.3-17

L. M. Guyton, "Recherches historiques sur les médecins et la médecine à Autun", in Mémoires de la Société éduenne, T 1, Autun, 1872, p.435-508

abbé Charles Roussel (1813-1905), Le diocèse de Langres. Histoire et Statistique, Langres, librairie Jules Dallet, 1873-1875-1878-1879, 4 vols.

Laura Ackerman Smoller, History, Prophecy, and the stars (The Christian Astrology of Pierre d'Ailly, 1350-1420), Princeton (New Jersey), Princeton University Press,  1994

Lynn Thorndike, A History of Magic and Experimental Science, New York, Columbia University Press, 5, 1941, p.307-312

Patrick Arabeyre, "L'éloge de Dijon de Pierre Turrel rapporté par Barthélemy de Chasseneuz (1529)", in Annales de Bourgogne 74.2, 2002

Trevor Peach, "Un astrologue anti-luthérien en 1531. Pierre Turrel, Le période du monde", in Bulletin de l'Association d'étude sur l'Humanisme, la Réforme et la Renaissance 55, 2002, p.25-40
 (Une étude obscurantiste dans laquelle l'auteur cite une panoplie de textes anti-astrologiques rendus classiques par les études partisanes de ses confrères, ignorant ceux des astrologues et le modèle même de l'ouvrage de Turrel : Alliacus ! )
 

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