CORPUS NOSTRADAMUS 31 -- par Patrice Guinard
 

Totale authenticité des éditions Antoine du Rosne de 1557
(à travers l'examen des variantes de la préface à César)
 

Cette étude qui a requis d'assez pénibles efforts d'attention, et même pour les yeux dans la lecture sur écran, s'apparente aux travaux prescrits et auxquels je n'avais jamais voulu me soumettre par le passé, à tort ou à raison estimant que les textes, notamment médiévaux, qui étaient à l'étal des "unités de valeur" n'en valaient pas la peine, lorsque, étudiant en lettres à l'université de Nanterre, il était à la mode et de bonne méthode de comptabiliser les vocables pour faire oeuvre scientifique. D'autres que Nostradamus ne m'y auraient pas fait plier. Non que je me veuille attribuer nomination ni effet scientifique, non pas à l'imitation de ceux qui végètent dans la profession et sur les postes de recherche, mais par conscience "professionnelle" et une intuition qui souvent orientent vers des résultats inespérés. Le titre de l'étude s'inspire d'un opuscule, la Totale Reduction, sur lequel j'espère avoir récemment attiré l'attention des principaux intéressés, mes lecteurs nostradamistes, nostradamisants et nostradamologues, mes amis.
 

Une autre étude, en préparation, sera prochainement consacrée à la préface à César (traduction et signification). Pour l'heure je m'en tiens au texte de l'édition Macé Bonhomme de 1555, afin d'en faire la comparaison avec les deux versions imprimées par Antoine du Rosne en 1557 et dont les achevés d'imprimer datent de septembre et novembre 1557. La parution de ces éditions à ces dates a été remise en cause par quelques chercheurs, pour des raisons diverses. Je mentionnerai après chacune des portions du texte de 1555, identique pour la préface dans les deux exemplaires conservés, celui des bibliothèques d'Albi dans le Tarn et de Vienne en Autriche, toutes les variantes lexicales et orthographiques, y compris les différences de majuscules et d'accentuation, de la double-édition lyonnaise de 1557 (cf. "Étude matérielle des éditions Antoine du Rosne (1557)", CURA, 2006). Les différences d'une édition à l'autre seront repérées par les codes suivants:

1555AW = Lyon, Macé Bonhomme, 1555, exemplaires d'Albi et de Wien
1557U = Lyon, Antoine du Rosne, 1557, exemplaire d'Utrecht
1557B = Lyon,  Antoine du Rosne, 1557, exemplaire de Budapest

L'orthographe est légèrement modernisée selon les conventions communes : distinction des u / v et des i / j, restitution des consonnes nasales en remplacement des tildes, ajout d'apostrophes absentes (et correction le cas échéant, comme en C22 ou encore en C31 : "que ni demourra rien"), etc. En revanche, je n'accentue pas (les "ou" en C35 sont à lire "", etc), et je conserve la ponctuation parfois aléatoire de l'édition Bonhomme. Je marque en caractères habituels les variantes orthographiques des éditions de 1557, en gras leurs variantes lexicales non significatives, et en rouge leurs améliorations et corrections conséquentes. On en conclura que le texte de la préface, tel qu'il est transcrit et compte-tenu de ces règles, (n') est (que) le texte de l'édition de 1555, corrigé de quelques très rares améliorations provenant des éditions de 1557. Enfin, le découpage en 41 paragraphes ne suit pas celui qu'Eugène Bareste a proposé en 1840.
 
 
 
PREFACE
DE M. MICHEL
NOSTRADAMVS
à ses Propheties.

Ad Caesarem Nostradamum filium
VIE ET FELICITE.


 

1. TON TARD advenement CESAR NOSTRADAME mon filz, m'a faict mettre mon long temps par continuelles vigilations nocturnes reserer par escript, toy delaisser memoire, apres la corporelle extinction de ton progeniteur, au commun profit des humains, de ce que la Divine essence par Astronomiques revolutions m'ont donné congnoissance.

1557U: proffit, divine
1557B: TOn tard, Cesar Nostradame, divine

2. Et depuis qu'il a pleu au Dieu immortel que tu ne soys venu en naturelle lumiere dans ceste terrene plaige, & ne veulx dire tes ans qui ne sont encores accompaignés, mais tes moys Martiaulx incapables à recepvoir dans ton debile entendement ce que je seray contrainct apres mes jours definer :

1557U: à pleu, tu ne sois, accompaignez, recevoir
1557B: despuis, à pleu, tu ne sois, accompaignez, recevoir

3. veu qu'il n'est possible te laisser par escript ce que seroit par l'injure du temps obliteré : car la parolle hereditaire de l'occulte prediction sera dans mon estomach intercluse :

4. consyderant aussi les adventures de l'humain definement estre incertaines : & que le tout est regi & guberné par la puissance de Dieu inextimable, nous inspirant non par bacchante fureur, ne par lymphatique mouvement, mais par astronomiques assertions, Soli numine divino afflati praesagiunt, & spiritu prophetico particularia.

1557U: considerant, gouverné, limphatique
1557B: considerant, gouverné, inestimable, nous inspirant par baccante fureur, l'imphatique monument

5. Combien que de longs temps par plusieurs foys j'aye predict long temps au-paravant ce que depuis est advenu & en particulieres regions, attribuant le tout estre faict par la vertu & inspiration divine & aultres felices & sinistres adventures de accelerée promptitude prenoncées, que despuis sont advenues par les climats du monde,

1555AW: (pas de virgule après "monde" :  mise en page)
1557U: Combien que de long temps, fois, au paravant, autres felices, prononcées, climatz
1557B: Combien que de long temps, fois, au paravant, que despuis est, autres felices, prononcées, climatz

6. aiant voulu taire & delaissé pour cause de l'injure, & non tant seulement du temps present, mais aussi de la plus grande part du futur, de metre par escrit, pource que les regnes sectes & religions feront changes si opposites, voyre au respect du present diametralement, que si je venoys à reserer ce que à l'advenir sera, ceux de regne, secte, religion, & foy trouveroient si mal accordant a leur fantasie auriculaire, qu'ilz viendroient à damner ce que par les siecles advenir on congnoistra estre veu & apperceu :

1555AW: teps present
1555AW: qu'il viendroent
1557U: ayant, temps, par escript, voire, je venois, ceulx de de regne, qu'ilz viendroient, cognoistra
1557B: ayant, volu, temps, par escript, voire, je venois, ceulx de regne, qu'ilz viendroient

7. Consyderant aussi la sentence du vray Sauveur, Nolite sanctum dare canibus, nec mittatis margaritas ante porcos ne conculcent pedibus & conversi dirumpant vos. Qui à esté la cause de faire retirer ma langue au populaire, & la plume au papier :

1555AW: mittatismargaritas (accolement des termes dû à la mise en page)
1557U: Considerant, Sauvueur
1557B: Considerant

8. puis me suis voulu extendre declarant pour le commun advenement par obstruses & perplexes sentences les causes futures, mesmes les plus urgentes, & celles que j'ay apperceu, quelque humaine mutation que advienne ne scandalizer l'auriculaire fragilité, & le tout escrit sous figure nubileuse, plus que du tout prophetique : 

1557U: estendre, hmaine mutation, escript soubs
1557B: volu, estendre, escript soubs

9. combien que, Abscondisti haec à sapientibus, & prudentibus, id est potentibus & regibus, & enucleasti ea exiguis & tenuibus, & aux Prophetes : par le moyen de Dieu immortel, & des bons anges ont receu l'esprit de vaticination, par lequel ilz voyent les causes loingtaines, & viennent à prevoyr les futurs advenementz, car rien ne se peult parachever sans luy, ausquelz si grande est la puissance & la bonté aux subjectz que pendant qu'ilz demeurent en eulx, toutesfois aux aultres effectz subjectz pour la similitude de la cause du bon genius, celle challeur & puissance vaticinatrice s'approche de nous : comme il nous advient des rayons du soleil, qui se viennent getants leur influence aux corps elementeres, & non elementeres.

1557U: voient, prevoir, advenements, autres effectz, chaleur, Soleil, gettants, elementaires, & non elementaires
1557B: prevoir, advenements, autres effectz, chaleur, Soleil, gettants, elementaires
1557B: (expression manquante : & non elementeres)

10. Quant à nous qui sommes humains ne pouvons rien de nostre naturelle cognoissance, & inclination d'engin congnoistre des secretz obstruses de Dieu le createur, Quia non est nostrum noscere tempora, nec momenta & c.

1557U: congnoissance, le Createur
1557B: congnoissance, le Createur

11. Combien que aussi de present peuvent advenir & estre personnaiges que Dieu le createur aye voulu reveler par imaginatives impressions, quelques secretz de l'advenir accordés à l'astrologie judicielle, comme du passé, que certaine puissance & voluntaire faculté venoit par eulx, comme flambe de feu apparoir, que luy inspirant on venoit à juger les divines & humaines inspirations. Car les oeuvres divines, que totalement sont absoluës, Dieu les vient parachever : la moyenne qui est au millieu, les anges : la troisiesme, les mauvais.

1557U: totallement, les Anges
1557B: le Createur, totallement, les Anges

12. Mais mon filz je te parle icy un peu trop obstrusement : mais quant aux occultes vaticinations que l'on vient à recevoyr par le subtil esperit du feu qui quelque foys par l'entendement agité contemplant le plus hault des astres, comme estant vigilant, mesmes que aux prononciations estant surprins escrits prononceant sans crainte moins atainct d'inverecunde loquacité : mais quoy ? tout procedoit de la puissance divine du grand Dieu eternel, de qui toute bonté procede.

1557U: que on vient à recevoir, quelque fois, escriptz, prononcant, attainct
1557B: vattcinations, que on vient à recevoir, quelque fois, Astres, mesme que, escriptz, prononcant, attaint

13. Encores mon filz que j'aye inseré le nom de prophete, je ne me veux atribuer tiltre de si haulte sublimité pour le temps present : car qui propheta dicitur hodie, olim vocabatur videns : car prophete proprement mon filz est celuy qui voit choses loingtaines de la cognoissance naturelle de toute creature.

1557U: veulx attribuer, congnoissance
1557B: veux atrribuer, congnoissance

14. Et cas advenant que le prophete moyenant la parfaicte lumiere de la prophetie luy appaire manifestement des choses divines, comme humaines : que ne ce peult fayre, veu les effectz de la future prediction s'estendant loing.

1557U: moyennant, que ce ne peult faire, s'estendent
1557B: moyennant, que ce ne peult faire, s'estendent

15. Car les secretz de Dieu sont incomprehensibles, & la vertu effectrice contingent de longue estendue de la congnoissance naturelle prenent son plus prochain origine du liberal arbitre, faict aparoir les causes que d'elles mesmes ne peuvent aquerir celle notice pour estre cognuës ne par les humains augures, ne par aultre cognoissance ou vertu occulte comprinse soubz la concavité du ciel, mesmes du faict present de la totale eternité que vient en soy embrasser tout le temps. Mais moiennant quelque indivisible eternité par comitiale agitation Hiraclienne, les causes par le celeste mouvement sont congnuës.

1557U: prennent, leur plus prochain, apparoir, qui d'elles mesmes, acquerir, autre congnoissance, moyennant
1557B: prennent, leur plus prochain original, apparoir, qui d'elles mesmes, acquerir, cognues, autre congnoissance, moyennant

16. Je ne dis pas mon filz, affin que bien l'entendes, que la cognoissance de ceste matiere ne se peult encores imprimer dans ton debile cerveau, que les causes futures bien loingtaines ne soient à la cognoissance de la creature raisonable : si sont nonobstant bonement la creature de l'ame intellectuelle des causes presentes loingtaines, ne luy sont du tout ne trop occultes ne trop reserées :

1557U: congnoissance, ne soyent à la congnoissance, bonnement
1557B: afin, congnoissance, ne se peut, ne soient à la congnoissance, bonnement

17. mais la parfaite des causes notice ne se peult aquerir sans celle divine inspiration : veu que toute inspiration prophetique reçoit prenant son principal principe movant de Dieu le createur, puis de l'heur, & de nature. Parquoy estans les causes indifferantes, indifferentement produictes, & non produictes, le presaige partie advient, ou à esté predit.

1557U: parfaicte, des causes notices, acquerir
1557B: parfaicte, des causes notices, ne se pealt acquerir, recoit

18. Car l'entendement creé intellectuellement ne peult voir occultement, sinon par la voix faicte au lymbe moyennant la exigue flamme en quelle partie les causes futures se viendront à incliner.

1557U: crée
1557B: crée, en laquelle

19. Et aussi mon filz je te supplie que jamais tu ne vueilles emploier ton entendement à telles resveries & vanités qui seichent le corps & mettent à perdition l'ame, donnant trouble au foyble sens : mesmes la vanité de la plus que execrable magie reprouvée jadis par les sacrées escriptures, & par les divins canons : au chef duquel est excepté le jugement de l'astrologie judicielle : par laquelle & moyennant inspiration & revelation divine par continuelles veilles & supputations, avons noz propheties redigé par escript.

1555AW: du-quel
1557U: escritures, duquel, par continuelles supputations, escrit
1557B: foible sens, duquel, l'inspiration, par continuelles supputations

20. Et combien que celle occulte Philosophie ne fusse reprouvée, n'ay onques volu presenter leurs effrenées persuasions : combien que plusieurs volumes qui ont estés cachés par longs siecles me sont estés manifestés.

1557U: reprovée, voulu, ont esté, longz, ne sont estés
1557B: ont esté, long, ne sont estés

21. Mais doutant ce qui adviendroit en ay faict, apres la lecture, present à Vulcan, que pendant qu'il les venoit à devorer, la flamme leschant l'air rendoit une clarté insolite, plus claire que naturelle flamme, comme lumiere de feu de clystre fulgurant, illuminant subit la maison, comme si elle fust esté en subite conflagration.

1557U: que ce pendant qu'il
1557B: que ce pendant qu'il, clistre

22. Parquoy affin que à l'avenir n'y feusses abusé prescrutant la parfaicte transformation tant seline que solaire, & soubz terre metaulx incorruptibles, & aux undes occultes, les ay en cendres convertis.

1555AW: ni feusses
1557U: à l'advenir, ne feusses, perscrutant, tant seline que solitaire
1557B: afin, à l'advenir ne fusses, perscrutant, tant seline solaire

23. Mais quant au jugement qui se vient parachever moyennant le jugement celeste cela te veulx je manifester : parquoy avoir congnoissance des causes futures rejectant loing les fantastiques imaginations qui adviendront, limitant la particularité des lieux par divine inspiration supernaturelle accordant aux celestes figures, les lieux, & une partie du temps de proprieté occulte par vertu, puissance & faculté divine : en presence de laquelle les troys temps sont comprins par eternité, revolution tenant à la cause passée, presente, & future : quia omnia sunt nuda & aperta & c.

1555AW: divine inspirations
1557U: divine inspiration, trois
1557B: divine inspiration, acordant, trois

24. Parquoy mon filz, tu peulx facilement nonobstant ton tendre cerveau, comprendre que les choses qui doivent avenir se peuvent prophetizer par les nocturnes & celestes lumieres, que sont naturelles, & par l'esprit de prophetie :

1557U: advenir
1557B: advenir, prophetiser
1557B: (expression manquante : nonobstant ton tendre cerveau)

25. non que je me vueille attribuer nomination ni effect prophetique, mais par revelée inspiration, comme homme mortel esloigné non moins de sens au ciel, que des piedz en terre, Possum non errare, falli, decipi : suis pecheur plus grand que nul de ce monde, subject à toutes humaines afflictions.

1557U: ny effect, esloigne
1557B: ny effect

26. Mais estant surprins par foys la sepmaine lymphatiquant, & par longue calculation rendant les estudes nocturnes de souefve odeur, j'ay composé livres de propheties contenant chascun cent quatrains astronomiques de propheties, lesquelles j'ay un peu voulu raboter obscurement : & sont perpetuelles vaticinations, pour d'yci a l'an 3797.

1557U: par fois, limphatiquant, pour d'icy à l'année
1557B: par fois, limphatiquant, je ay composé, rabouter, pour d'icy à l'année

27. Que possible fera retirer le front à quelques uns en voyant si longue extension, & par souz toute la concavité de la lune aura lieu & intelligence : & ce entendent universellement par toute la terre, les causes mon filz. Que si tu vis l'aage naturel & humain, tu verras devers ton climat au propre ciel de ta nativité les futures avantures prevoyr.

1555AW: si tu is l'vaage naturel & humani (caractères intervertis)
1557U: par soubz, Lune, entendant, si tu vis l'aage naturel & humain, adventures, prevoir
1557B: quelque uns, par soubz, Lune, entendant, si tu vis l'aage naturel & humain, adventures, prevoir
1557B: (expression manquante : les causes)

28. Combien que le seul Dieu eternel, soit celuy seul qui congnoit l'eternité de sa lumiere, procedant de luy mesmes : & je dis franchement que à ceux à qui sa magnitude immense, qui est sans mesure & incomprehensible, ha voulu par longue inspiration melancholique reveler, que moyennant icelle cause occulte manifestée divinement, principalement de deux causes principales qui sont comprinses à l'entendement de celui inspiré qui prophetise, l'une est que vient à infuser, esclarcissant la lumiere supernaturelle au personnage qui predit par la doctrine des astres, & prophetise par inspirée revelation : laquelle est une certe participation de la divine eternité : moyennant le prophete vient à juger de cela que son divin esperit luy ha donné par le moyen de Dieu le createur, & par une naturelle instigation :

1555AW: (pas de virgule après "qui prophetise" :  mise en page)
1555AW: prophetevient (accolement des termes dû à la mise en page)
1557U: à ceulx à qui, melancolique, celuy inspiré, personnaige, Astres, certaine participation, luy à donné
1557B: à ceulx à qui, ha volu, melancolique, principallement, celuy inspiré, personaige, Astres, inspireé, certaine participation, luy à donné
1557B: (expression et mot manquants : qui est sans mesure & incomprehensible ; principales)

29. c'est assavoir que ce que predict, est vray, & a prins son origine etheréement : & telle lumiere & flambe exigue est de toute efficace, & de telle altitude : non moins que la naturelle clarté & naturelle lumiere rend les philosophes si asseurés que moyennant les principes de la premiere cause ont attainct à plus profondes abysmes de plus haute doctrine.

1555AW: cestassavoir (accolement des termes dû à la mise en page)
1557U: à prins, hautes doctrines
1557B: ce qu'il predit estre, à prins, que la nature la clarté, haultes doctrines

30. Mais à celle fin, mon filz, que je ne vague trop profondement pour la capacité future de ton sens, & aussi que je trouve que les lettres feront si grande & incomparable jacture, que je treuve le monde avant l'universelle conflagration advenir tant de deluges & si hautes inundations, qu'il ne sera gueres terroir qui ne soit couvert d'eau : & sera par si long temps que hors mis enographies & topographies, que le tout ne soit peri :

1557U: jacture que je touve, guieres terroir
1557B: jactuse que je trouve, inondations, guieres terroir, covert, pery

31. aussi avant telles & apres inundations, en plusieurs contrées les pluies seront si exigues, & tombera du ciel si grande abondance de feu, & de pierres candentes, que n'y demourra rien qu'il ne soit consummé : & ceci avenir, & en brief, & avant la derniere conflagration.

1555AW: ni demourra
1557U: les pluyes, qui ny demourera, cecy advenir en brief
1557B: les pluyes, qui ny demourera, cecy advenir en brief

32. Car encores que la planette de Mars paracheve son siecle, & à la fin de son dernier periode, si le reprendra il : mais assemblés les uns en Aquarius par plusieurs années, les autres en Cancer par plus longues & continues.

33. Et maintenant que sommes conduicts par la lune, moyennant la totale puissance de Dieu eternel, que avant qu'elle aye parachevé son total circuit, le soleil viendra, & puis Saturne. Car selon les signes celestes le regne de Saturne sera de retour, que le tout calculé, le monde s'approche, d'une anaragonique revolution :

1557U: conduictz, s'aproche
1557B: conduictz, s'aproche

34. & que de present que ceci j'escriptz avant cent & septante sept ans troys moys unze jours, par pestilence, longue famine, & guerres, & plus par les inundations le monde entre cy & ce terme prefix, avant & apres par plusieurs foys, sera si diminué, & si peu de monde sera, que l'on ne trouvera qui vueille prendre les champs, qui deviendront liberes aussi longuement qu'ilz sont estés en servitude :

1557U: que cecy, cent septante, trois moys
1557B: que cecy, cent septate, trois moys

35. & ce quant au visible jugement celeste, que encores que nous soyons au septiesme nombre de mille qui paracheve le tout, nous approchant du huictiesme, ou est le firmament de la huictiesme sphere, que est en dimension latitudinaire, ou le grand Dieu eternel viendra parachever la revolution : ou les images celestes retourneront à se mouvoir, & le mouvement superieur qui nous rend la terre stable & ferme, non inclinabitur in saeculum saeculi : hors mis que quand son vouloir sera accompli, ce sera, mais non point aultrement :

1557U: hors mis que son vouloir, accomply, autrement
1557B: soions, monument superieur, hors mis que son vouloir, accomply, autrement

36. combien que par ambigues opinions excedants toutes raisons naturelles par songes Machometiques, aussi aucune fois Dieu le createur par les ministres de ses messagiers de feu en flamme missive vient à proposer aux sens exterieurs, mesmement à nos yeulx, les causes de future prediction significatrices du cas futur, qui se doibt à cellui qui presaige manifester.

1557U: noz yeulx, qui se doit à celuy
1557B: noz yeulx, qui se doit à celuy

37. Car le presaige qui se faict de la lumiere exterieure vient infalliblement à juger partie avecques & moyennant le lume exterieur : combien vrayement que la partie qui semble avoir par l'oeil de l'entendement, ce que n'est par la lesion du sens imaginatif : la raison est par trop evidente, le tout estre predict par afflation de divinité, & par le moyen de l'esprit angelique inspiré à l'homme prophetisant, rendant oinctes de vaticinations, le venant à illuminer, luy esmouvant le devant de la phantasie par diverses nocturnes aparitions, que par diurne certitude prophetise par administration astronomicque, conjoincte de la sanctissime future prediction, ne consistant ailleurs que au courage libre.

1557U: ne considerant ailleurs, couraige
1557B: infailliblement, rendant joinctes, ne considerant ailleurs, couraige

38. Vient asture entendre mon filz, que je trouve par mes revolutions que sont accordantes à revellée inspiration, que le mortel glaive s'aproche de nous pour asture par peste, guerre plus horrible que à vie de trois hommes n'a esté, & famine, lequel tombera en terre, & y retournera souvent, car les astres s'accordent à la revolution :

1557U: revelée, s'aproche de nous maintenant par peste, n'à esté, Astres
1557B: revelée, s'aproche de nous maintenant par peste, n'à esté, Astres

39. & aussi a dit Visitabo in virga ferrea iniquitates eorum, & in verberibus percutiam eos. car la misericorde du seigneur ne sera poinct dispergée un temps mon filz, que la plus part de mes propheties seront acomplies, & viendront estre par accompliment revoluës.

1557U: & aussi à dict, Seigneur, point dispergée, pluspart, accomplies, par accomplissement
1557B: & aussi à dict, Seigneur, point dispergée, pluspart, accomplies, par acomplissement, revolues

40. Alors par plusieurs foys durant les sinistres tempestes, Conteram ergo dira le Seigneur, & confringam, & non miserebor : & mille autres avantures qui aviendront par eaux & continuelles pluies, comme plus à plain j'ay redigé par escript aux miennes autres propheties qui sont composées tout au long, in soluta oratione, limitant les lieux, temps, & le terme prefix que les humains apres venus, verront cognoissants les aventures avenues infalliblement, comme avons noté par les autres, parlans plus clairement : nonobstant que sous nuée seront comprinses les intelligences : sed quando submovenda erit ignorantia, le cas sera plus esclarci.

1555AW: apresvenus (accolement des termes dû à la mise en page)
1557U: fois, adventures qui adviendront, pluyes, apres venuz, congnoissants les adventures advenues, soubz nuée, comprises, sub movenda
1557B: fois, adventures qui adviendront, apres venuz, les adventures advenues, infailliblement
1557B: (passage manquant : nonobstant que sous nuée seront comprinses les intelligences : sed quando submovenda erit ignorantia, le cas sera plus esclarci.)

41. Faisant fin mon filz, prens donc ce don de ton pere M. Nostradamus, esperant toy declarer une chascune prophetie des quatrains ici mis. Priant au Dieu immortel qui te veuille prester vie longue en bonne & prospere felicité. De Salon ce j. de Mars 1555.

1557U: icy mis, qu'il te vueille, ce premier de Mars
1557B: qu'il te vueille, ce premier jour de Mars
1557B: (passage manquant : Faisant fin mon filz, prens donc ce don de ton pere M. Nostradamus, esperant toy declarer une chascune prophetie des quatrains ici mis.)
 


 

La comparaison des trois éditions (mai 1555, septembre 1557, novembre 1557) est édifiante : au total, j'ai relevé 220 différences, hormis la ponctuation, dont 130 différences communes entre l'édition de 1555 et les deux éditions de 1557, 27 différences seulement entre l'édition de 1555 et celle de l'exemplaire d'Utrecht, et 63 différences entre l'édition de 1555 et celle de l'exemplaire de Budapest.

Les modifications significatives sont presque identiques dans les deux éditions Du Rosne, et celles présentes dans l'exemplaire d'Utrecht sont toutes reprises dans celui de Budapest. On relèvera en particulier les changements de sens ou de termes, répétés dans les deux éditions, qui sont soit des erreurs de lecture ou d'interprétation, soit des modifications superflues : prononcées (C5), des causes notices (C17), ne sont estés manifestés (C20), pour d'icy à l'année (C26), certaine participation (C28), considerant (C37) au lieu de consistant, maintenant (C38) au lieu de pour asture, accomplissement (C39), etc

De même les corrections légitimes de l'édition de 1555 sont identiques dans les deux éditions de 1557 : temps (C6), qu'ilz viendroient (C6), duquel (C19), ne feusses abusé (C22), divine inspiration (C23), si tu vis l'aage naturel & humain (C27), etc

Plus significatifs encore sont les oublis de termes, communs aux deux éditions de 1557 : par continuelles (veilles &) supputations (C19), ceci avenir, (&) en brief (C31), cent (&) septante (C34), hors mis que (quand) son vouloir (C35), ainsi que l'ajout de "ce" dans l'expression que ce pendant (C21).

Non seulement, les éditions de 1557 sont contemporaines et sorties du même atelier, les presses d'Antoine du Rosne, mais elles se copient, ou plus exactement, c'est l'édition de l'exemplaire de Budapest, moins soignée, qui reprend celle de l'exemplaire d'Utrecht en y ajoutant quelques erreurs de lecture -- constat qui valide la conclusion provisoire que j'avais formulée dans mon précédent article qui leur était consacré (cf. "Étude matérielle des éditions Antoine du Rosne (1557)", CURA, 2006).

Ainsi s'avèrent caduques les récentes spéculations concernant les dates de parution de ces éditions, burlesque ou plus sérieuses, à savoir celle d'Halbronn, 2002 (qui nie globalement l'authenticité des éditions antérieures à la parution des mystifications du farceur Crespin Archidamus), et celles de Brind'Amour, 1996 (qui croit que l'édition conservée à Budapest est une édition piratée) et de Morisse, 2004 (qui pense que l'édition de novembre serait parue en 1556 avant celle de septembre 1557).

Les fautes d'accentuation communes dans les deux éditions de 1557 sont particulièrement édifiantes : à pleu (C2), luy à donné (C28), à prins (C29), n'à esté (C38), à dict (C39). Il semblerait que cette manie soit usuelle et propre à Antoine du Rosne, qui travaillait pour Nostradamus dès 1553 (cf. la "Pronostication pour l'an 1554", CURA, 2006). L'erreur apparaît déjà au titre : Les Propheties de M. Michel Nostradamus. Dont il en y à [sic] trois cents qui n'ont encores jamais esté imprimées. L'inversion des pronoms est reprise dans l'édition de François de Sainct Jaure (Anvers, 1590) qui prétend suivre une édition avignonnaise de 1555, et l'accentuation de l'auxiliaire dans une édition troyenne non datée (Pierre Chevillot, c. 1615).

Or les autres erreurs d'accentuation mentionnées ne sont pas reproduites par l'édition troyenne, ni par l'édition anversoise : a pleu (f.A1v), luy a donné (f.A3v), a prins (f.A3v), n'a esté (f.A4r), a dict (f.A4r) -- ce qui prouve l'antériorité des éditions Du Rosne par rapport à ces éditions, mais aussi que l'édition anversoise, si elle s'inspire bien d'une édition avignonnaise, reproduit une édition copiée sur les éditions Du Rosne. Il en résulte que cette édition avignonnaise est probablement antidatée de la fin des années 50, comme je l'avais envisagé dans mon article concernant l'analyse bibliographique des premières éditions des Prophéties (cf. "Les premières éditions des Prophéties 1555-1563", CURA, 2006).

Ainsi, c'est bien l'édition Chevillot de c.1615 qui reprend l'erreur d'accentuation au titre puisqu'on la retrouve en divers autres endroits du texte de 1557, et non l'inverse -- pour répondre à Halbronn. Num ludificatio benigne derisor terminatur ? ! Une édition pirate (exemplaire de Budapest) est peu probable en raison de la nature des similitudes et des divergences observées -- à Brind'Amour ; et une édition plus complète ne peut reproduire et copier une édition incomplète tout en oubliant des caractères aux mêmes endroits -- à Morisse.

Totale authenticité donc, c'est dire que les éditions Du Rosne sont bien parues aux dates indiquées, la première en septembre 1557 (et comprenant 642 quatrains), la seconde en novembre, 1557 comme indiqué sur la page de titre (et ne comprenant que 40 quatrains à la dernière centurie, et sans le quatrain latin en VI 100). L'argument de la mise en page s'avère caduc pour ce quatrain, puisque les cinq lignes nécessaires à son impression (numéro du quatrain + quatre vers) sont laissées en blanc.

Ce dispositif a été imaginé par Nostradamus, comme je l'ai montré dans de précédents articles. Il serait souhaitable de lire Nostradamus dans le texte, et non via les ornières et par les oeillères des méthodes rationalisantes communes, et de cesser de déformer le texte quand il ne colle pas aux a-priori de méthodologies déficientes. Par exemple, lorsqu'il est écrit : "j'ay composé livres de propheties contenant chascun cent quatrains astronomiques de propheties, lesquelles j'ay un peu voulu raboter obscurement" (C26), on ne lira pas "rabouter" pour raboter avec les interprètes atteints de cécité spirituelle, dont Brind'Amour et ses suiveurs (par exemple, en 2003, Peter Lemesurier ou Bruno Petey-Girard), lesquels détournent le texte au profit d'une lecture insignifiante -- littéralement : "des prophéties que j'ai voulu assembler bout à bout obscurément" (Brind'Amour, 1996, p.24) --, car il n'y a rien de mystérieux dans la succession des livres et des quatrains qui se suivent selon le numéro d'ordre qui leur est attribué. En revanche, s'il est écrit "contenant chascun cent quatrains" alors que les textes de 1555 et 1557 n'en contiennent respectivement que 53 et 42 à leurs dernières centuries respectives, il s'agit bien de raboter, c'est-à-dire d'enlever de la matière afin de peaufiner un objet, en l'occurence ici un projet.
 
 

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 01-09-2006 ; last updated : 04-08-2010
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