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Les 8 Maisons (2/2) : Le Dominion
par Patrice Guinard



4. ORIGINE DU DOMINION ET HISTOIRE DES 8 MAISONS

"Il y avait dans l'Antiquité un système de huit, plutôt que de douze maisons." (John North : Horoscopes and history)


     Les navigateurs de l'Antiquité, infatigables nomades des étendues aquatiques, furent les premiers à penser la forme de l'espace et la Terre. Les Vents ! Le vent d'Ouest et le vent du Sud diffèrent. On ne s'aventure pas impunément et sans précaution dans une direction sans en connaître les propriétés et les qualités. L'espace est hétérogène et vivant, "vi-vent". Et c'est la Rose, celle des vents, avec ses huit directions, qui s'impose avec évidence à l'esprit de ces pionniers.[1]

     Les astrologues hériteront de cette conception octoadique de l'espace, probablement à l'époque proto-historique de l'astrologie. On a conservé une proclamation du souverain assyrien Sargon II (721-705 B.C.) : "Devant et derrière, sur toutes les faces exposées aux huit vents, j'ai ouvert huit grandes portes." [2]  Les devins Étrusques, contemporains de Sargon, utilisaient également une répartition par huit.[3]  On sait que la triade sumérienne divine, cosmogonique, AN (Anu) / EN.LIL (Enlil) / EN.KI (Ea) avait déjà été remplacée par la triade planétaire sémitique Sîn (Lune) / Shamash (Soleil) / Ishtar (Vénus) avant le XIVè siècle B.C., époque à laquelle apparaissent leurs emblèmes. On reconnaît le croissant lunaire, l'étoile vénusienne à 8 branches et le disque solaire à 4 axes et à 4 rayons intercalés, sur un kudurru datant de l'époque du roi kassite Melishipak (1188-1174).[4]  King observe : "La présence des emblèmes du Soleil, de la Lune, et de Vénus sous forme d'une étoile à huit branches en haut de la plupart des kudurru (boundary-stones) incite à penser qu'un caractère astral les sous-tend." [5]  La représentation de Vénus et d'ailleurs celle de tout astre en général sous forme d'un sigle à 8 branches atteste d'une division très ancienne de l'espace céleste en 8 secteurs, comme semble le montrer la seule planisphère mésopotamienne connue, laquelle divise la sphère céleste en 8 zones.[6]  La division de la sphère locale en 8 secteurs existait aussi dans la première astrologie chinoise, [7]  et le célèbre Mânava-Dharma-Shâstra (Le Traité des Lois de Manu), issu de la tradition brahmanique, mentionne les 8 régions célestes.[8]

En haut la Lune, Vénus, l'étoile à huit branches, et le Soleil. (Kudurru de Melishipak II, Louvre, c. 1100 BC)
Au centre, le disque solaire aux 8 rayons, déposé devant Shamash, assis à droite (British Museum, c. 870 BC)


     Cette division naturelle de l'espace a-t-elle été intégrée chez les Assyriens ou chez les Chaldéens à une proto-théorie des Maisons astrologiques, ou cette assimilation a-t-elle été le fruit d'une spéculation plus tardive élaborée par les premiers astrologues Grecs ? Ce qui est certain, c'est la préexistence chez les Grecs du système des 8 maisons sur celui des 12 maisons, comme le souligne John North, dont l'ouvrage sur les horoscopes fait autorité, notamment en ce qui concerne les divers modèles de domification chez les Grecs et les Arabes.[9]  La localisation des maisons (8 ou 12) apparaît très rarement dans les horoscopes grecs qui nous sont parvenus : les plus significatifs datent de septembre 428 A.D. et d'octobre 497 A.D.[10]

     L'astrologue stoïcien Marcus Manilius (~ 48 B.C. - 20 A.D.) fait allusion à ce système des huit lieux, auquel les anciens astronomes auraient donné le nom d'octotopos.[11]  Cependant Manilius semble confondre le système ancien avec le système des 12 lieux, ou tout au moins tente d'en faire la synthèse, le caractère poétique de son énonciation l'empêchant d'entrer dans le détail. Il en résulte un texte obscur en deux parties, la première présentant les 4 angles du ciel et les 4 intervalles qui les séparent (éd. Alleau, p.160-163), la seconde décrivant les caractéristiques des 12 maisons (éd. Alleau, p.164-170). Les commentaires de René Alleau sur ce passage sont aussi obscurs que la traduction du bibliothécaire de Sainte-Geneviève à Paris, et l'édition londonienne de 1697 n'est guère plus éclairante.[12]

     De même, Firmicus Maternus, vers 335 A.D., consacre le quatorzième chapitre de son second livre aux huit loci (1 vie, 2 espoir [de richesses], 3 frères et soeurs, 4 parents, 5 enfants, 6 santé, 7 conjoint, 8 mort), avant de poursuivre par l'analyse des douze maisons.[13]  Au livre IV il énumère à nouveau les lieux de géniture : "du naturel, des subsistances, de la race, des parents, des frères, des mariages, de la descendance, du dernier jour de la vie." [14]  Bouché-Leclercq a suggéré dès 1899, dans sa somme polémique, l'antériorité de l'octotopos (ou oktotopos) sur le dodekatopos : "Il a dû exister une tradition délaissée qui divisait le cercle de la géniture en huit cases, ou en douze cases dont huit seulement étaient considérées comme actives, et ce système a pu n'être compris ni de Manilius, ni de Firmicus, l'un et l'autre capables de défigurer, incapables d'inventer." [15]  Cette antériorité du système des huit maisons semble confirmée par les significations classiques attribuées aux maisons I (la vie) et VIII (la mort). C'est après l'échéance de la huitième maison qu'un nouveau cycle journalier pouvait recommencer.[16]

     On retrouve encore des traces de l'octotopos dans les quelques rares fragments qui nous restent des écrits d'un disciple d'Hipparque, Sérapion d'Antioche (~ 125 B.C.), de l'astrologue de Tibère, le fameux Thrasyllos,[17]  et de l'athénien Antiochos (IIè A.D.). Le célèbre astronome-astrologue indien Varâha Mihira (~505-585), héritier de l'astrologie grecque comme des théories babyloniennes, a préservé dans son Brihat-Samhitâ la théorie des 8 quartiers, liés aux 8 directions de l'espace et aux divinités hindoues.[18]

     Wilhelm Gundel a proposé en 1936 une théorie de l'évolution du système des Maisons astrologiques en 4 étapes : une organisation initiale en 4 quadrants définis par les points cardinaux (se succédant dans le sens des aiguilles de l'horloge et symbolisant les 4 âges de l'existence), une organisation en 8 secteurs de 45° (quadrants et secteurs cardinaux), une organisation en 12 secteurs (toujours comptés dans le sens des aiguilles), et enfin l'organisation en 12 secteurs (comptés dans le sens inverse des aiguilles), qui a donné naissance aux systèmes couramment utilisés aujourd'hui et dont Hermès Trismégiste aurait été l'inventeur et "Nechepso-Petosiris" le légataire.[19]

     Il est possible que le modèle des 8 maisons ait été organisé en relation avec le système des Éléments et des valeurs élémentales, à une époque assez reculée, antérieure donc aux premiers écrits astrologiques hermétistes (~ 250-200 B.C.), peut-être dans les milieux stoïciens du début du IIIè siècle B.C., lesquels, reprenant la succession platonicienne des Éléments (Feu, Air, Eau, Terre) [20]  et les ordonnant dans le sens du mouvement diurne, leur auraient ajouté les valeurs élémentales intermédiaires (sec, chaud, humide, froid), marqueurs des 4 moments caractéristiques du parcours solaire (lever, culmination supérieure, coucher, culmination inférieure). Il en résulte un modèle qui aurait été en rivalité avec le modèle élémental zodiacal (Air = Printemps, Feu = Été, Terre = Automne, Eau = Hiver), dont les symboles des quartes se succèdent dans l'ordre inverse du mouvement diurne. Les deux organisations circulaires, l'une tournant dans le sens des aiguilles de l'horloge, l'autre dans le sens inverse, concordent si l'on superpose logiquement le midi au solstice d'été. Ce modèle a pu être le prototype d'une théorie unifiée des Maisons astrologiques et des Signes zodiacaux.[21]


éléments et valeurs élémentales dans la journée et dans l'année



     On sait par ailleurs que les gnostiques valentiniens avaient établi une procession des Éons (essences ou énergies immortelles), au nombre de 30 : c'est la théorie du Plérôme, paradigme de la Totalité. Les 30 éons sont répartis en 3 groupes : l'Ogdoade, la Décade et la Dodécade. Markos de Haeresiarcha (fin IIè A.D.) a développé un modèle assimilant les éons valentiniens aux opérateurs astrologiques : l'Ogdoade formée des 4 émanations ou éons premiers (les Éléments) et des 4 agents (les valeurs élémentales), la Décade constituée des 7 planètes, de la "8è sphère", du Soleil et de la Lune, et la Dodécade des 12 signes zodiacaux.[22]  Ce qui est remarquable dans le rapport concis de son contemporain Irénée, c'est que non seulement "l'Ogdoade" semble se rapporter évidemment à l'octotopos, mais aussi que les gnostiques avaient une sorte de prescience de l'existence d'Uranus et de Neptune.

     On connaît encore un texte contemporain, du IIè siècle A.D., le texte essentiel en la matière, rédigé par un astrologue anonyme, qui expose un système de 8 maisons ou lieux (loci) qu'il attribue à Asclepius : "A partir de l'horoscope on recherche tout ce qui concerne la vie, à partir du deuxième secteur, en allant vers le haut, on recherche la vie matérielle, à partir du troisième les frères et soeurs, à partir du quatrième les parents, à partir du cinquième les enfants, à partir du sixième le malheur et l'épreuve, à partir du septième la femme, à partir du huitième le sort et la mort-qui-met-un-terme-à-la-vie, selon celles [les planètes] qui exercent une influence dominante dans leurs maisons..." [23]

     Les huit secteurs d'environ 45 degrés, centrés sur les Angles pour quatre d'entre eux, se succèdent dans le sens du mouvement diurne. Dans le dodekatopos les secteurs sont comptés à partir des Angles, qui définissent les quatre "pointes" de référence, et, illogiquement, dans le sens inverse du mouvement diurne. La triple divergence entre les deux systèmes (le nombre des Maisons, leur positionnement, et leur sens de succession) s'expliquerait par l'incompréhension du système initial, dont résulte l'élaboration relativement tardive, par les Grecs, d'une répartition duodécimale, calquée sur le modèle zodiacal. Cette assimilation factice prive l'espace domifié de ses caractères spécifiques et implique une redondance de la structure zodiacale. L'astrologue Cyril Fagan : "Les Grecs ont assimilé le Dodekatopos au zodiaque, débutant au premier degré du Bélier, en dépit du fait que les maisons se succèdent d'ouest en est, alors que les signes zodiacaux se succèdent d'est en ouest. D'où leur incompatibilité : on ne peut pas apparier douze signes et douze maisons alors qu'ils se succèdent dans un sens opposé." [24]

     La leçon de l'octotopos n'a pas été oubliée à la Renaissance : Tycho Brahe expose en 1573 un système de 8 maisons de 45°, divisées à partir du premier vertical.[25]  L'octotopos est aussi utilisé en astrologie médicale par Cardan, par le mathématicien et astrologue Thomas Finck (1561-1656) dans son Horoscopographia (Schleswig, 1591), par le pionnier de l'astrologie anglaise, Christopher Heydon, dans ses journaux inédits,[26]  et par Nicholas Culpeper (1616-1654) qui l'associe au cycle lunaire et à la théorie des "jours critiques" (les 7e, 14e, 21e et 28e du cycle lunaire).[27]  Plus récemment, le docteur Hans Michel de Nuremberg a présenté un système de 8 maisons fondé sur les travaux du géophysicien F. Lehner.[28]

Finck, Horoscopographia, thème de Henrik Rantzau, 8 Maisons
 

     Si l'idée des huit directions spatiales est bien l'assise originelle et opérative qui a guidé l'élaboration du système des maisons astrologiques, il doit être possible d'en retrouver des traces dans la littérature antique et dans les représentations culturelles. Le thème de "l'Ogdoade" est récurrent dans la théo-cosmogonie égyptienne : selon Isha Schwaller de Lubicz, les cosmogonies successives de Memphis, de Hermopolis et de Thèbes admettent chacune, selon leur mode d'organisation, la prépondérance de 4 couples de "Neter", ou Dieux-principes primordiaux.[29]  Cette interprétation semble compatible avec la présentation de Sénèque : "Les Égyptiens ont posé quatre éléments et fait un couple de chacun d'eux." [30]

     Le Kaushîtaki Upanishad indien (~ 600-400 B.C.) met en parallèle deux séries de situations, représentées par des personnages, chaque série étant formée de quatre couples qui illustrent la coïncidence des possibilités divines et humaines. Sur le plan divin coexistent celui qui est "dans le soleil" (le Grand) et celui qui est "dans la lune" (le roi Soma, l'âme de la nourriture), ceux qui résident "dans l'éclair" et "dans le tonnerre", "dans le vent" (Indra) et "dans l'espace", "dans le feu" et "dans l'eau". Ces 8 stations correspondent sur le plan individuel à une nouvelle série de quatre couples polaires : respectivement, ceux qui sont "dans le miroir" et "dans l'ombre", "dans l'écho" et "dans le son", "dans le rêve" (le roi Yama) et "dans le corps" (Prajâpati) , "dans l'oeil droit" et "dans l'oeil gauche".[31]  Par ailleurs, le symbolisme solaire de la roue est attesté depuis longtemps dans les écrits védiques et dans les Brâhmanas. On le retrouve en architecture : les 8 directions, représentées sur la roue du temple de Konarak (près de Puri), dédié au dieu Soleil Sûrya, symbolisent les 8 rayons solaires.[32] Dans le kemari (jeu de ballon japonais du VIIè A.D., mais attesté en Chine dès le IIè B.C.), 8 joueurs occupent les 8 directions spatiales et doivent se renvoyer un ballon symbolisant le Soleil.[33]

Le zodiaque et les 8 directions spatiales. Partie d'un mandala tibétain en fer forgé (in Cahiers Astrologiques 135, 1968)

     Ces exemples tendent à montrer que la même ronde archétypale a été interprétée sous différents modes au sein de cultures relativement indépendantes, et contrairement au zodiaque, la raison d'être du dispositif s'est étiolée au fil des siècles. Il est vraisemblable que l'ordonnance spatiale par huit a précédé l'ordonnance plus structurale par douze, d'un maniement plus délicat. Avec le Zodiaque, on quitte le concret, le terrestre, pour l'abstrait, le céleste. La désaffection de la sensibilité à l'espace (et au temps) ne date pas d'aujourd'hui : elle marque l'incapacité de la conscience "moderne", plongée dans le kali yuga depuis 3101,[34]  la 28è année du 7è Manu, à penser par lieux et par moments.




5. ORGANISATION DU DOMINION

"Car il est juste, sur ce point aussi,
d'écouter le témoignage de l'expérience :
comme ce qui avant toute chose a forgé
la première conviction avant les raisons."
(Kepler : Harmonices mundi, IV 5)


     L'espace domifié s'organise en Secteurs orientés ou Domaines : c'est la théorie des Maisons astrologiques. Les incertitudes qui subsistent dans cette branche disputée de l'astrologie ont incité de nombreux praticiens à l'évacuer, à l'instar de Kepler. En effet ils ne s'accordent ni sur leur localisation, ni sur leur nombre, ni même sur leur nature, leur fonction ou leur signification. A l'inverse du Zodiaque ou du Planétaire, le Dominion n'est à ce jour l'objet d'aucune corrélation neuro-physiologique probante, susceptible de guider l'élaboration d'un modèle. Il est possible que de nouvelles avancées scientifiques, notamment dans le domaine géomagnétique, puissent contribuer à débrouiller l'imbroglio.

     Les zodiaques peuvent être définis comme des cycles géocentriques et structurants des planètes, dont les signes zodiacaux représentent les phases successives : cycle annuel pour le Soleil, cycle "mensuel" pour la Lune, cycle de 12 ans pour Jupiter (essentiel dans l'astrologie chinoise), cycle de 165 ans pour Neptune... La domification est un découpage de la sphère céleste, des différentes phases de son rythme journalier, rythme apparent dû à la rotation de la terre sur elle-même. Elle conceptualise l'enracinement spatio-temporel de l'organisme sur la Terre et permet l'ordonnance des positions successives quotidiennes des planètes pour un observateur situé en un lieu spécifique de la surface terrestre.[35] Les Maisons sont des divisions topocentriques de la sphère céleste. Il en résulte que la délimitation des Maisons, dépendante de l'heure et du lieu de naissance du natif, "personnalisent" un thème natal parmi une multiplicité de thèmes similaires, ceux d'une journée donnée.

     La terre tourne sur elle-même d'Ouest en Est en 24 heures, de sorte que semble se déplacer, pendant cette période, d'Est en Ouest, l'ensemble de la sphère céleste, y compris les acteurs privilégiés du système solaire que sont les planètes, l'étoile qui les maintient dans son champ d'attraction, et le satellite terrestre. Le mouvement journalier apparent de ces astres s'inscrit dans une courbe sinusoïdale à quatre phases, semblable à celle qui caractérise leur mouvement zodiacal : de l'Ascendant au Milieu-du-Ciel l'astre s'élève au-dessus de l'horizon, du Milieu-du-Ciel au Descendant il redescend, toujours au-dessus de l'horizon, du Descendant au Fond-du-Ciel il décline au-dessous de l'horizon, du Fond-du-Ciel à l'Ascendant il s'élève, mais au-dessous de l'horizon. Ces 4 phases définissent ses semi-arcs diurnes et nocturnes de l'astre.[36]

     Le mouvement journalier d'un astre traverse huit phases successives qui délimitent huit portions spatiales, huit domaines spécifiques, diurnes (positifs, ouverts), puis nocturnes (négatifs, fermés), selon leur localisation au-dessus ou en-dessous de l'horizon :

     - 1. L'astre se lève et passe l'Ascendant.
     - 2. Il s'élève au-dessus de l'horizon à l'Est (à la gauche d'un observateur tourné vers le Sud).
     - 3. Il franchit sa hauteur maximale (culmination supérieure au Milieu-du-Ciel).
     - 4. Il redescend à l'Ouest, au-dessus de l'horizon.
     - 5. Il se couche et passe le Descendant.
     - 6. Il redescend au-dessous de l'horizon à l'Ouest.
     - 7. Il atteint son point le plus bas (culmination inférieure au Fond-du-Ciel).
     - 8. Il s'élève à nouveau, mais au-dessous de l'horizon, à l'Est.


Dominion Secteurs diurnes et nocturnes

     L'organisation du Dominion en 8 secteurs différenciés découle d'un double principe : l'alternance d'un quaternaire diurne (maisons 1, 2, 3 et 4) avec un quaternaire nocturne (maisons 5, 6, 7 et 8), et l'imbrication d'un quaternaire angulaire (maisons 1, 3, 5 et 7) avec un quaternaire intermédiaire (maisons 2, 4, 6 et 8). Dans les phases 1, 2, 3 et 4 du mouvement journalier, l'astre est au-dessus de l'horizon (secteurs diurnes) ; dans les phases 5, 6, 7 et 8, il est au-dessous de l'horizon (secteurs nocturnes). Dans la phase 1, l'astre se lève et devient visible (Objectivation) ; dans la phase 3, il culmine (Individuation) ; dans la phase 5, il se couche et redevient invisible (au diurne se joint le nocturne : Alligation) ; dans la phase 7, il atteint sa culmination inférieure (Participation).[37]  L'angle AS marque l'introversion (une attitude d'esprit tournée vers l'intérieur), l'angle MC marque l'extraversion (une attitude d'esprit tournée vers l'extérieur), l'angle DS l'extériorisation (une tendance à projeter au dehors ce qui est en dedans), et l'angle FC l'intériorisation (une tendance à ramener au dedans ce qui est au dehors).[38]

     Une logique formelle sous-tend l'organisation du Dominion. En effet il admet un centre de symétrie qui oppose les secteurs Alligation aux secteurs Objectivation et les secteurs Individuation aux secteurs Participation, et un axe de symétrie qui oppose une seconde fois les secteurs diurnes aux nocturnes : l'individuation à l'objectivation et l'alligation à la participation. En outre les secteurs angulaires (3, 5, 7, 1), comme les secteurs intermédiaires (8, 2, 4, 6) se succèdent de l'individuation à l'objectivation, en passant par l'alligation et la participation, dans le sens du mouvement journalier apparent de l'astre.


Dominion. Les 8 Maisons Ind. All. Part. Obj.

     Les courbes mises en évidence par les recherches statistiques "des Gauquelin" illustrent cette répartition. En effet, hormis leur intérêt douteux quant à leur projet de valider ou d'infirmer la réalité astrale, elles montrent que la répartition des positions natales angulaires de certaines planètes chez les individus exerçant des activités spécifiques présente une courbe caractéristique, et notamment pour Mars chez les militaires et les sportifs, pour Saturne chez les scientifiques et pour Jupiter chez les politiques. Malgré l'exubérance d'articles se référant aux travaux des astro-statisticiens français, rares sont ceux qui ont seulement envisagé ce qui est à mon sens la seule véritable découverte, inconsciente, de ces travaux, à savoir l'inscription dans les courbes globales des huit maisons astrologiques.[39]  Au graphique qui suit, extrait de l'un des premiers ouvrages de Michel Gauquelin [40] , j'ai rajouté les limites des 8 secteurs, tels qu'ils résultent logiquement du tracé des 16 segments de la courbe.


les 8 secteurs Gauquelin

     Huit secteurs, les quatre zones angulaires et les quatre zones intermédiaires, s'inscrivent dans un schème qui pourrait trouver son explication dans le magnétisme terrestre.[41]  Je pensais que le décalage par rapport aux Angles qui apparaît pour les secteurs 1 et 3 pouvait provenir du fait que l'échantillonnage Gauquelin contient une majorité d'heures approximatives, souvent à la demi-heure près, et que la tendance "naturelle" des parents était de déclarer à l'état civil une heure de naissance postérieure à l'heure de naissance réelle. Cependant il me semble à présent que la latitude des thèmes de l'échantillonnage (zone tempérée septentrionale) soit également concernée, et qu'il faille remettre en cause leur repérage angulaire (cf. infra : La domification).

     La disposition circulaire des Trigrammes dite "succession du ciel antérieur" et traditionnellement attribuée à Fou Hi, l'inventeur légendaire des Hexagrammes du Yi King chinois, a pu être un proto-modèle du Dominion. Les 8 directions spatiales, traditionnellement associées aux 8 vents et symbolisées par les 8 Trigrammes, forment une rose des vents : LI à l'Est, TOUEI au Sud-Est, K'IEN au Sud, SOUEN au Sud-Ouest, K'AN à l'Ouest, KEN au Nord-Ouest, K'OUEN au Nord et TCHEN au Nord-Est.[42]

     TCHEN, LI, TOUEI et K'IEN sont dits "masculins" [diurnes] en raison du trait plein situé à leur base ; SOUEN, K'AN, KEN et K'OUEN sont "féminins" [nocturnes]. De plus les Trigrammes sont couplés par le centre selon leur morphologie structurelle et leur signification : "Le ciel [K'IEN] et la terre [K'OUEN] déterminent la direction. La montagne [KEN] et le lac [TOUEI] unissent leurs forces. Le tonnerre [TCHEN] et le vent [SOUEN] s'excitent l'un l'autre. L'eau [K'AN] et le feu [LI] ne se combattent pas. Ainsi les huit trigrammes sont mariés." [43]

     En respectant la polarisation commune à l'organisation des Trigrammes comme à celle du Dominion, et en comparant les significations symboliques des Trigrammes à celles du Dominion (cf. infra), on peut admettre les rapprochements suivants :

    TCHEN (le Tonnerre, l'éveilleur) : Objectivation diurne (la Communication)
    LI (le Feu, ce qui s'attache) : Alligation diurne (l'Amitié)
    TOUEI (le Lac, le joyeux) : Individuation diurne (la Situation)
    K'IEN (le Ciel, le créatif) : Participation diurne (l'Harmonie)
    SOUEN (le Vent, le pénétrant) : Individuation nocturne (la Renommée)
    K'AN (l'Eau, l'insondable) : Participation nocturne (le Mystère)
    KEN (la Montagne, l'immobilisation) : Objectivation nocturne (la Connaissance)
    K'OUEN (la Terre, le réceptif) : Alligation nocturne (le Couple)


Le Dominion et les 8 Trigrammes

     Il en résulte que la succession des Trigrammes dans la disposition dite de Fou Hi est isomorphe à celle du Dominion, par la substitution d'une symétrie axiale à la symétrie centrale [44] , et en commençant par TCHEN, le premier Trigramme diurne.[45]  Ainsi les Trigrammes seraient les symboles, plus ou moins bien interprétés et compris depuis les temps reculés de leur invention, des maisons astrologiques, et leur organisation serait un prototype du Dominion.



6. SÉMANTIQUE DES DOMAINES

"La nature de la maison est plus forte que celle du signe."
(Marcus Manilius : Les Astrologiques)


     On a remarqué depuis longtemps que les "significations" attribuées aux maisons du Dodekatopos semblaient obéir à une certaine logique et réclamaient en quelque sorte une systématisation : par exemple les maisons 3 (frères et soeurs), 7 (conjoint) et 11 (amis), associées, artificiellement, aux signes zodiacaux des Gémeaux, de la Balance et du Verseau, et plus artificiellement encore, à l'élément AIR, relevaient d'une catégorie commune, celle des relations. Diverses tentatives ont été élaborées, aboutissant toutes à un découpage similaire. J'ai retrouvé le même schéma quadripartite, répété à 32 ans d'intervalle : chez Alan Leo (1913), les maisons 1, 5 et 9 sont associées au Feu et au Moi (self), les maisons 2, 6 et 10 à la Terre et au Non-Moi (not-self), les maisons 3, 7 et 11 à l'Air et à la Relation, les maisons 4, 8 et 12 à l'Eau et au Bilan (summation). Chez Marc Edmund Jones (1945), les maisons 1, 5 et 9 sont associées au Moi, les maisons 2, 6 et 10 aux affaires et aux objets (concern), les maisons 3, 7 et 11 aux relations, les maisons 4, 8 et 12 aux récompenses et aux résultats (reward). Chez Jean-Pierre Nicola (1977), les maisons 1, 5 et 9 sont associées au Sujet, les maisons 2, 6 et 10 à l'Objet, les maisons 3, 7 et 11 à la Relation, les maisons 4, 8 et 12 à l'Intégration.[46]

     Outre le fait que ces distributions systématisent, à mon sens, un système caduc des Maisons, celui du dodekatopos calqué sur le zodiaque [47]  et dont les éléments se succèdent dans le sens inverse du mouvement diurne, ils se réfèrent à une extériorité. Comment les objets du monde sensible pourraient-ils figurer dans le thème? Kepler, détracteur de la théorie classique des Maisons, fait observer que le ciel "ne donne pas à l'homme ses habitudes, son histoire, son bonheur, ses enfants, sa richesse, sa femme (...)" [48]  Aucun "objet" du monde sensible ne peut être inscrit dans le thème d'un natif.

     Même si l'on énonce que la troisième maison ne concerne pas "les frères", mais le rapport qu'on peut avoir avec eux, subsiste alors néanmoins un existant extérieur qui n'a rien à voir avec l'astral. Il faudrait par exemple que tous les fils uniques ait une sorte de configuration similaire dans "la maison des frères" ! Et pourquoi l'existence des frères et des soeurs, événement aléatoire d'ordre biologique, serait-il inscrit dans le thème d'un natif dont la naissance, dans certains cas, est antérieure à cet événement ?

     Les Maisons ne peuvent pas désigner des plans de réalisation individuelle extérieurs à la conscience ; elles ne se rapportent pas à des objets extérieurs, mais à des états, à des incitations intérieures. La différenciation de l'espace symbolique présuppose divers champs d'organisation des impressionaux. Les Maisons astrales sont pour la conscience les modes d'appréhension subjective de son environnement, les textures relationnelles qu'elle découpe dans son milieu. Elles traduisent la manière dont elle perçoit sa relation à ce qui l'entoure, la façon dont elle se sent impliquée dans le monde, son mode d'insertion existentielle, son mode d'être-au-monde. Ainsi chacun construit son espace à travers l'une ou l'autre de ces armatures astrales.

     Le Dominion est constitué de quatre groupes de deux Maisons, l'une diurne et l'autre nocturne. Chacun de ces groupes marque un certain degré d'ouverture de la conscience à ce qui l'environne. Je les nomme Individuation, Alligation, Participation et Objectivation. L'ouverture de la conscience est maximale en Objectivation, minimale en Individuation. On peut définir les implications conditionnelles de ces divers modes relationnels au monde qui pilotent la conscience. Ainsi la maison 3 (Individuation diurne = maison 10 du dodekatopos) ne désigne pas le métier, la profession, ni même la carrière, les honneurs ou la réputation, mais le mode d'intégration de la conscience au monde, le mode individué, qui incite celle-ci à croire que la recherche des honneurs et de la gratification sociale est la valeur évidente qui justifie son existence, nonobstant les résultats effectifs des actions qu'il pourra être amené à entreprendre pour réaliser ses idéaux.

     Les maisons Individuation [49]  marquent une tendance à s'individualiser, à acquérir des caractères distinctifs, à se réaliser par ce qu'on a de plus particulier, de plus personnel, de plus subjectif, à se démarquer des réalités environnantes, et même à s'opposer à tout le reste. L'individué se sent isolé : il se bat et se débat dans la lice de la compétition.

     Les maisons Alligation [50]  marquent une tendance à s'extérioriser, à s'ouvrir à autrui, à se rapprocher de réalités ou de personnes particulières, à s'unir à elles dans un rapport de réciprocité, à s'épanouir dans la relation et dans la transparence des consciences. L'alligué se sent lié : il se meut dans l'aire de l'interaction.

     Les maisons Participation marquent une tendance à intérioriser les réalités les plus diverses en vue d'une interdépendance à ces réalités, à s'éprouver comme une partie vivante d'une totalité englobante et organique, dans la résonance à une multiplicité d'êtres et par une réceptivité indéfinie au vivant. Le participé se sent entouré, absorbé : il baigne dans la sphère de l'intégration.

     Les maisons Objectivation marquent une tendance à s'abstraire du réel, à le rapporter à une extériorité qui prolonge et diversifie les phénomènes appréhendés, à perdre soi-même toute identité définie jusqu'à devenir l'élément, parmi d'autres, d'une complexité qui induit pour chacun d'eux des relations déterminées. L'objectivé se sent enclavé : il s'abstrait dans le réseau de l'incorporation.

     Les pronoms personnels de la langue illustrent cette quadripartition. Le JE (individuation) marque l'isolement et l'affirmation d'un sujet séparé affrontant une multitude indistincte. Le TU - et le VOUS - (alligation) marquent la liaison à autrui, la mise en perspective de l'altérité sous la forme du dialogue, de l'échange et de la perméabilité des consciences. Le NOUS (participation) marque l'intégration à un ensemble organique qui agit à l'unisson, et non la simple association en vue d'intérêts communs. Le ILS - le ELLE, le ELLES, le IL - (objectivation) marquent l'extériorité et l'objectivité du regard. Ces marques d'énonciation dans les littératures et dans l'écriture en général sont souvent des indicateurs assez fiables des tendances de l'écrivain : les JE d'Augustin, de Montaigne et de Descartes, le TU des dialogues de Platon, le NOUS héraclitéen...

     Les pronoms dits "possessifs" ne marquent pas invariablement la possession, mais s'appliquent, selon les situations, à l'un ou l'autre des quatre modes relationnels : si j'évoque mon stylo, ma chatte qui ronronne sous la table, mon état de santé, ou mon texte, le possessif indique, respectivement, l'appartenance, la liaison, l'intégration, ou l'imbrication. Mon stylo est un objet extérieur à moi-même : je l'utilise, je pourrais l'échanger, il n'existe que pour me servir. Ma chatte est un être avec lequel j'entretiens une relation particulière : elle a ses envies, ses sautes d'humeur, ses ruses, et j'ai les miennes. Quand je parle de ma santé, j'imagine difficilement parler d'autre chose que de moi-même. Enfin le texte que je suis en train d'écrire m'est extérieur, car je me plie à de multiples contraintes, mais il est aussi, tel que j'entends le mener, le reflet de ma compréhension d'un langage et d'une pensée qui ne m'appartiennent pas en propre : par l'acte d'écriture, je me soumets toujours à l'infrastructure d'une langue et d'un univers mental qui existent avant moi.

     Le caractère "individué" - qui n'est précisément tel, individu, que sous ce mode - cherche à augmenter son prestige et à acquérir du pouvoir sur le monde qu'il fréquente. Il mène ses "entreprises" en vue d'un profit substantiel, matériel ou social. Son mode d'apprentissage est pragmatique : il recherche des résultats concrets par sa transformation active du monde environnant. Sont prioritaires pour lui l'efficacité de l'action et le caractère utilitaire du savoir. La différence ontologique d'un individu à son semblable, à son concurrent, est vécue sur le mode de la séparation des consciences. Le Moi se conçoit lui-même comme limité et entravé par le Non-Moi : Fichte. La conscience se sent aliénée par toute altérité ou extériorité : Sartre.

     Individuation diurne ou ouverte (la Situation) : multiplication des expériences afin de porter son empreinte sur les choses, affirmation de l'ego à travers l'action, réalisation d'un projet ou d'une entreprise susceptible de satisfaire le sentiment subjectif de puissance, exaltation permanente dans la poursuite d'objectifs diversifiés. N'est réel que ce que valide la force.

     Individuation nocturne ou fermée (la Renommée) : préservation de ses intérêts et fermeture sur soi-même, appropriation de l'énergie disponible dans le milieu, constitution et affirmation de soi sous une forme univoque, assimilation et réorganisation égocentrique de l'extériorité. L'intellect comme moyen pour la puissance personnelle.

     Le caractère "alligué" vit en symbiose avec autrui. Il construit sa personnalité à travers ses rencontres, par le dialogue et par l'échange. Il s'éveille sous le regard de l'autre et en fonction de ses réactions. Son mode d'apprentissage est affectif : il croît dans la confiance et la chaleur créées par la présence d'autrui. L'autre est quelqu'un : c'est la condition à la transformation mutuelle des consciences. La différence ontologique est ressentie comme une imperfection, comme une insuffisance de chaque être isolé, et prédispose au besoin de trouver son (ou ses) complémentaire(s). La sociabilité n'est possible que dans l'espace de consciences qui s'avouent : Rousseau. Le réel immédiatement offert à la conscience n'est pas le Moi, mais Autrui : Scheler.[51]

     Alligation nocturne ou fermée (le Couple) : constitution d'un espace protecteur, permettant des relations privilégiées et chargées d'émotions, adhésion viscérale au plus proche, au plus intime, abandon et attention à ce qu'on aime, épanchement simultané des consciences, cohabitation totale pour le meilleur et pour le pire. Équivalence du mien et du tien.

     Alligation diurne ou ouverte (l'Amitié) : participation à un champ communautaire dont on préserve l'intégrité et dont on se réserve la fonction d'organisateur, création de figures, de rôles et de scénarios dans un espace convivial où chacun trouve sa place, épanouissement dans la mise en scène du quotidien. Chacun joue son personnage dans la comédie humaine.

     Le caractère "participé" aspire à son être essentiel et se tient à l'écoute de son intériorité. Immergé dans la mouvance indéfinie du monde, il prend part à ses moindres variations, à ses plus infimes vibrations. Son mode d'apprentissage est éthique : il incite à la réalisation de ce que réclame la situation, dans l'abandon au moment et par l'acceptation préalable des conséquences de ses actes. La vertu résulte d'une contemplation désintéressée, animée par une exigence intérieure. La différence ontologique est une condition préalable à l'intégration différentielle de chacun au même tout. Chaque être exprime une perspective particulière d'une totalité harmonieuse : Leibniz. Seule l'intersubjectivité est susceptible de combler le fossé qui sépare la conscience du monde : Husserl.

     Participation diurne ou ouverte (l'Harmonie) : imprégnation immédiate des réalités les plus subtiles, ouverture au possible et à l'intemporel, recherche du climat propice à l'épanouissement, intégration de l'atmosphère intemporelle baignant le réel, contemplation de sa beauté indicible au-delà des apparences. Le monde est magique et vivant de part en part.

     Participation nocturne ou fermée (le Mystère) : dépossession de soi par la remise en cause de toute identification formelle, attention à l'improbable, capacité de se transformer soi-même au sein d'un champ étroit mais localement intensifié, spiritualisation de la conscience sensibilisée à l'indicible. Le monde est insondable et n'est pas ce qu'il paraît être.

     Le caractère "objectivé" recherche un savoir qui traite, par une même logique, les phénomènes extérieurs et ceux qui commandent son esprit, et appréhende une connaissance susceptible de le libérer des intérêts égoïstes issus de son enracinement existentiel. Son mode d'apprentissage est cognitif : il présuppose l'adéquation de l'intellect et du langage au monde extérieur, et se développe par l'abstraction et par le raisonnement. La différence ontologique est régie par des lois générales. Le réel est rationnel dans sa totalité : Hegel. Le réel peut être l'objet d'une analyse logique infinie : Peirce.

     Objectivation nocturne ou fermée (la Connaissance) : contrôle des restrictions et des contraintes menant à un dépassement de toute dépendance matérielle ou existentielle, dépouillement et élimination des artifices, mise en sommeil de toute excitation, construction raisonnée de soi-même et du monde. Le savoir libère de l'ignorance et de l'agitation.

     Objectivation diurne ou ouverte (la Communication) : expérimentation sur soi-même par l'implication dans un tissu de relations abstraites, multiplication des relations médiatisées avec le milieu, abolition de l'ego et du sentiment tragique de l'isolement de chacun. Le savoir rapproche les hommes.


Dominion. Noms des 8 Maisons

     Les 8 Maisons s'inscrivent dans une succession assez logique.[52]  En Communication et en Amitié, l'homme cherche à surmonter son isolement : il s'éveille au monde, puis se lie à autrui. En Situation et en Harmonie, il cherche à surmonter son impuissance : il s'installe dans la société, puis il s'ouvre à la vie dans toute sa diversité.[53]  Dans le Couple et dans la Connaissance, il cherche à surmonter son incomplétude : il se retire avec ce qu'il aime, puis avec ce qu'il sait. En Mystère et en Renommée, il atteint le terme de son existence et cherche à surmonter son destin : il abandonne tout et découvre l'ineffabilité du monde, puis il n'est plus là et lègue son héritage, ses propriétés, et son nom.

     Les désignations grecques des Maisons astrologiques (la Porte Infernale, la Mauvaise Fortune, le Dieu...) ont été abandonnées et remplacées par de simples nombres, ce qui me semble être un signe de l'échec du système des 12 Maisons sur le plan symbolique. [Elles subsistent au moins jusqu'à la Renaissance sous les noms : Angle d'Orient, Succédente, la Déesse, Angle de la Terre, Bonne Fortune, Mauvaise Fortune, Angle d'Occident, Maison de Mort, Maison de Dieu, Coeur du Ciel, le Bon Ange, le Malin Esprit (cf. par exemple dans l'édition parisienne de 1560 du traité Le plaisant jeu du Dodechedron de Fortune ou dans La Geomance de Christoforo Cattaneo, Paris, Gilles Gilles, 1558).] Si l'on compare les "significations" des 12 maisons [54]  à celles que je propose dans mon interprétation de l'octotopos, on observe une relative concordance :

    1 (dodekatopos) la vie = 1 (octotopos) la Communication, l'éveil au monde
    11 (dodekatopos) les amis = 2 (octotopos) l'Amitié
    10 (dodekatopos) les honneurs = 3 (octotopos) la Situation, la carrière, les honneurs
    9 (dodekatopos) les voyages, les révélations = 4 (octotopos) l'Harmonie, l'expérience spirituelle
    7 (dodekatopos) le mariage, le conjoint = 5 (octotopos) le Couple
    6 (dodekatopos) la santé, le travail, la peine = ? 6 (octotopos) la Connaissance
    4 (dodekatopos) les parents, les origines = 7 (octotopos) le Mystère
    2 (dodekatopos) l'argent, les propriétés = 8 (octotopos) la Renommée, l'héritage


     Par ailleurs, je suis depuis longtemps déconcerté par le couplage incohérent des désignations grecques des 12 maisons : la Bonne Fortune (Agathê tuchê) et la Mauvaise Fortune (Kakê tuchê) des maisons 5 et 6, le Bon Esprit (Agathos daimôn) et le Mauvais Esprit (Kakos daimôn) des maisons 11 et 12, le Dieu (Theos) et la Déesse (Thea) des maisons 9 et 3, les deux premiers couples associant des maisons contiguës, le troisième des maisons symétriques. Je propose l'explication suivante : les maisons 5, 12 et 3 auraient été rajoutées postérieurement, ainsi que la maison 8 dont la désignation grecque reste d'ailleurs problématique. Il aurait donc existé un autre modèle de l'octotopos qui ne comprenait, outre les 4 maisons angulaires, que les maisons 2 (Aidou pulê = latin Porta inferna = la Porte d'Hadès ou Porte Infernale), 6 (Kakê tuchê = latin Mala fortuna = la Mauvaise Fortune), 9 (Theos = latin Deus = le Dieu) et 11 (Agathos daimôn = latin Bonus daemon = le Bon Esprit) du dodekatopos ultérieur. Ce système est cohérent pour les raisons suivantes : la Mala fortuna (Kakê tuchê) et la Porta inferna (Aidou pulê) se retrouvent sous l'horizon (à noter leur caractère féminin et négatif), le Deus et le Bonus daemon au-dessus de l'horizon ; la Mala fortuna s'oppose sémantiquement au Bonus daemon et la Porta inferna au Deus ; la Porta inferna est logiquement la dernière maison, celle qui marque le passage à la mort. Voici donc la version grecque probablement la plus ancienne de l'octotopos, et son équivalence au modèle du Dominion :

    1 le Marqueur de l'Heure (grec hôroskopos) = AS = la Communication, l'éveil au monde
    2 le Bon Esprit (= Maison 11 du dodekatopos) = l'Amitié
    3 le Milieu du Ciel (grec mesouranêma) = MC = la Situation
    4 le Dieu (= Maison 9 du dodekatopos) = l'Harmonie, l'expérience spirituelle
    5 le Coucher (grec dysis) = DS = le Couple
    6 la Mauvaise Fortune (= Maison 6 du dodekatopos) = la Connaissance
    7 la Souterraine (grec hupgeion) = FC = le Mystère
    8 la Porte d'Hadès (= Maison 2 du dodekatopos) = la Renommée, l'héritage


Sebastian Dietrich (Theodoricus), Novae quaestiones Sphaerae, Witemberg, 1573, p.173, Noms grecs des 8 Maisons


     L'existence d'un octotopos, organisé dans le sens diurne, et allant de la maison 1 (vita) à la maison 8 (mors) est attesté (cf. supra). L'existence de cet autre octotopos, organisé lui aussi selon le mouvement diurne, me semble donc fortement probable : de plus il est totalement compatible avec le Dominion, tel que je l'ai imaginé, intuitivement, dès 1982. Il est probablement antérieur à l'autre octotopos, lequel ne serait apparu qu'après l'assimilation des douze signes zodiacaux aux douze maisons du Dodekatopos, selon le schéma qui guide encore, hélas, la plupart des interprètes : Bélier/la vie, Taureau/l'argent, Gémeaux/les frères...

    Reprenons le schéma évolutif de Gundel, mais cette fois, en 6 stades :
1 : Un système initial à 4 quadrants
2 : Une organisation en 8 secteurs de 45°, très ancienne sous sa forme grecque (~ 350 B.C. ?), et peut-être d'origine babylonienne ou assyrienne.
3 : Une organisation en 12 secteurs comptés dans le sens des aiguilles de l'horloge, avec adjonction des 4 maisons dont on a conservé les noms grecs.
4 : L'organisation hermétiste en 12 secteurs, comptés dans le sens inverse des aiguilles et calquée sur le modèle zodiacal (~ 250 B.C.).
5 : L'assimilation des noms des deux dodekatopos, tournant désormais dans le même sens.
6 : Un octotopos antérieur à Manilius (~ 100 B.C.), attesté au IIè siècle A.D., calqué sur le dodekatopos "zodiacal", duquel on aurait conservé que 8 maisons, dont la huitième, la mort, semble correspondre à la Porte Infernale du premier octotopos.

     Ainsi, face à ce véritable casse-tête, à savoir l'existence d'au moins deux modèles sémantiques concurrents de l'octotopos, et de plusieurs variantes du dodekatopos, il n'est pas étonnant que Manilius ait pu ne pas s'y retrouver : ce qui est certain, c'est que Bouché-Leclercq, 1900 ans après, n'y a rien compris non plus.



7. LA DOMIFICATION : L'OCTOTOPE

"Ces royaumes ne sont pas venus d'un point extérieur.
Ils viennent des quatre divisions de ton coeur."
(Bardo Thödol)


     Une soixantaine de systèmes de domification (c'est-à-dire d'organisation des Maisons astrologiques dans la sphère céleste) ont été élaborés. Théoriquement on peut en imaginer beaucoup plus, en fonction d'un certain nombre de critères : le nombre de maisons, leur situation par rapport aux points de repérage (maisons comptées à partir de points ou pointes, ou bien centrées sur ces pointes), leur succession (sens du mouvement diurne ou sens inverse), les plans de division (écliptique, équateur, horizon, vertical, méridien), la projection ou non des points de division sur l'écliptique...

     John North a montré que les systèmes de domification attribués à Campanus (XIIIè siècle), Regiomontanus (XVè siècle) et Placidus (XVIIè siècle) sont plus anciens.[55]  Le grand al-Bîrûnî (973-1049) préconisait la "méthode Campanus". Ralph Holden et Geoffrey Dean ont réparti les méthodes de domification en trois catégories : celles qui divisent directement l'écliptique (dont le système des Maisons égales (Modus Equalis), la méthode de Porphyre, et la méthode des Maisons égales avec fixation du MC au début de la maison X), celles qui divisent l'espace par projection sur l'écliptique des points calculés selon un autre plan de division de la sphère céleste (dont le système de Jean-Baptiste Morin, ceux dits de Campanus et de Regiomontanus, et la méthode du Point Est), ceux qui résultent de la division temporelle des semi-arcs planétaires, diurnes et nocturnes (dont le système d'Alcabitius, celui attribué à Placidus, celui de Walter Koch (1895-1970), et la méthode topocentrique (1963) de Wendell Polich et Anthony Page). [56]  Une autre méthode originale, basée sur plusieurs plans de division de la sphère céleste, a été adoptée par l'astrologue italien Aldo Lavagnini.[57]

     Les systèmes de division qui s'avèrent impraticables pour les latitudes extrêmes me semblent d'emblée disqualifiés (Placidus par exemple), ainsi que ceux qui, pour ces mêmes latitudes, présentent de trop fortes disproportions entre les Maisons (comme Campanus). En raison de l'inclinaison de l'écliptique par rapport à l'équateur, on relève des temps inégaux pour les levers des signes zodiacaux au cours d'une journée. La principale difficulté des techniques de domification résultent de leur volonté de pointer les Maisons sur l'écliptique.


    J'ai abandonné en 2009 le système de domification présenté dans ma thèse de 1993 et ici au CURA en 1999. Je préconise désormais un système de Domification plus simple consistant en 8 secteurs égaux, dont les impairs sont centrés sur les Angles (orthogonaux) et les pairs sont les intermédiaires. [On pourrait hésiter, en raison des courbes Gauquelin et du Michigan Papyrus #1, à utiliser un système de maisons inégales de 48° autour des Angles et de 42° entre, confondu par l'auteur anonyme du texte grec avec un système original de Termes : 0° Tau - 12° Gém, 13° Gém - 30° Can, 0° Lio - 18° Vie, 19° Vie - 30° Bal, 0° Sco - 12° Sag, 13° Sag - 30° Cap, 0° Ver - 18° Poi, et 19° Poi - 30° Bél (cf. Frank Robbins, "A new astrological treatise: Michigan Papyrus N°1" in Classical Philology 22.1, University of Chicago Press, 1927).] Sur la distribution des 8 Maisons et leur adaptation au Dominion, cf. mes articles de 2010 : La réforme du thème astrologique et Pour une nouvelle approche du thème astrologique.
 

Thème natal Paul Valéry



     Pratiquement, c'est la position du Soleil, puis celles de la Lune et d'un éventuel amas planétaire, qui déterminent la qualité sectorielle du natif. Ainsi chez Valéry, le Soleil, à 7° du Scorpion, est en maison 6 (la Connaissance) et la Lune, à 4° des Gémeaux, est en maison 1 (la Communication), les deux maisons de l'objectivation. Le plus souvent, une nativité présente une maison principale et une maison secondaire. A l'aide d'un programme de valorisation et de hiérarchisation des opérateurs astrologiques (planètes, signes zodiacaux et maisons), qui fonctionne sous DOS, auquel je travaille depuis août 1983, et que je mettrais peut-être un jour à la disposition des lecteurs du C.U.R.A., j'ai recherché des thèmes d'écrivains qui présentaient une valorisation particulière en ce qui concerne les planètes et les signes zodiacaux (autrement dit presque un seul signe et une seule planète, ce qui est assez rare) afin d'illustrer l'importance de l'opérateur sectoriel dans le thème, et j'ai trouvé les données suivantes, qui "parlent" d'elles-mêmes (cf. les Thèmes du CURA et analyse Astroléade, 2015) :

- Valéry, né le 30 octobre 1871 à 19h, Sète : Scorpion, Vénus, Mars, Objectivation nocturne
- Baudelaire, né le 9 avril 1821 à 15h, Paris : Bélier, Mars, Participation diurne
- Proust, né le 10 juillet 1871 à 23h30, Paris : Cancer, Saturne, Participation nocturne
- Miller, né le 26 décembre 1891 à 12h30, Brooklyn (New York) : Capricorne, Mercure, Individuation diurne et Alligation nocturne
- Freud, né le 6 mai 1856 à 18h30, Freiberg (Moravie) : Taureau, Uranus, Alligation nocturne

     Je soutiens qu'il est impossible de comprendre ces thèmes sans tenir compte du Dominion. L'auteur des essais Du vin et du haschisch (1851) et Les Paradis artificiels (1860) est un enfant de la Maison 4. Celui de La Soirée avec Monsieur Teste (1896) et des Cahiers, cette entreprise colossale et unique d'analyse distancée, celui pour qui, hélas ! (au vu du monde dans lequel nous vivons), la bêtise n'était pas le fort, est un enfant de la Maison 6. Et les notions de résistance et de transfert jouent un rôle moteur dans cette thérapie inter-relationnelle (Maison 5) qu'est la psychanalyse.



8. QUADRIVERSITÉ ET CULTURES

"Nous n'en avons amené que trois.
Le quatrième ne voulait pas venir :
Il disait être celui qui a raison,
Celui qui pense pour eux tous."
(Goethe : Faust, 2.2)


     La culture hindoue a élaboré divers traités [58]  qui légifèrent sur l'un ou l'autre des quatre domaines de l'activité humaine, ces champs de déploiement du comportement, qui sont aussi les quatre finalités de l'action, à travers lesquelles chacun est invité à accomplir son humanité.[59]  L'individuation incite à rechercher artha (l'intérêt, le succès) par la possession matérielle (richesses et prospérité) ou par la reconnaissance sociale (honneurs, respectabilité, célébrité), l'alligation kâma (l'amour, le plaisir), à la fois satisfaction des sens, jouissance, et affection, désir, réalisation du bonheur, la participation dharma (le devoir, la vertu) par l'accomplissement vertueux de la loi immanente propre à chacun, et l'objectivation moksha (le salut, la délivrance) qui est libération, déconditionnement, affranchissement de l'ignorance et dépassement des trois autres buts de l'existence.

     Chacune de ces finalités cardinales de l'existence (l'intérêt, l'amour, la vertu, le savoir) réclame un mode de comportement spécifique : comportement réaliste en individuation, comportement rituel en alligation, comportement éthique en participation, comportement idéaliste en objectivation. Le comportement réaliste se définit par la propension à utiliser les moyens adéquats en vue de tirer parti de l'environnement et de ses possibilités présentes ; le comportement rituel est marqué par l'imitation des usages et des coutumes, par le respect accordé à l'organisation sociale et aux différences personnelles ; le comportement éthique est marqué par l'attention portée envers l'intégrité de chacun et par la propension à suivre ses inclinations, expurgées de toute fin égoïste ou intéressée ; le comportement idéaliste se définit par le souci d'appréhender le réel, épuré de ses manifestations contingentes, dans une rationalité totale. [60] On trouve chez Max Weber une conception quaternaire, mais discordante, des motivations de l'action et des types de comportement, hiérarchisés du plus simple au plus évolué. [61]

     La perspective propre à chaque système de pensée, au sein d'un même espace culturel, s'inscrit nécessairement dans l'un ou l'autre de ces cadres relationnels. Restons en Inde où quatre courants principaux innervent la métaphysique. Dans le brahmanisme (alligation), le salut s'opère par la réunification au brahman, substance unique, présente en tout être, et auquel chacun peut se joindre sous la forme du Soi (âtman). Dans le jaïnisme (individuation), la monade de vie (jîva), âme unique et particulière à chacun, se distingue absolument de la matière karmique (a-jîva) et s'en sépare au terme de ses réincarnations successives. Dans le bouddhisme (objectivation), la vacuité universelle (çûnyatâ) explique l'illusion (mâyâ) des phénomènes, artefacts de l'esprit qui les perçoit, et desquels il peut se libérer par l'extinction (nirvâna). Dans l'hindouisme (participation), la première, dernière et éternelle conception de l'Inde, le salut est indépendant de toute intentionnalité et s'obtient par l'action désintéressée et par le renoncement à ses bénéfices.[62]  Vishnu est doté de 4 bras et se manifeste à travers un nombre théoriquement indéfini d'avatars qui régénèrent le monde. Qu'on se discipline par l'exercice (yoga) ou qu'on se consume dans l'expérience immédiate (bhoga) : c'est tout un. Les quatre voies conduisent au même but : artha, kâma, dharma et moksha sont une seule et même chose.[63]

     De même, au sein des diverses écoles de la Chine pré-bouddhiste, se détachent quatre courants principaux : l'École des Lois qui enseigne l'art de légiférer et d'administrer (individuation), l'École des Dénominations qui enseigne la logique et l'art des désignations (objectivation), le courant taoïste (participation) qui enseigne l'autonomie et le détachement du monde, et les Écoles du Bien Public de Confucius et de Mö Tseu (alligation), confondues, jusqu'à la dynastie des Han, "sous une désignation commune (jou-mö)".[64]

     Cette quadripartition (différenciation quaternaire) est susceptible d'apparaître au sein d'un même courant de pensée. Dans le Bardo Thödol, le fameux traité bouddhiste tibétain, la succession des quatre "Bouddha", après l'apparition de Vairocana (le maître de tout objet de connaissance), illustre la quadriversité des points de vue et des chemins de sagesse : par l'alligation avec Vajrasattva Aksobhya (représentant la sagesse "semblable au miroir"), par l'objectivation avec Ratnasambhava (représentant la sagesse de l'équanimité), par l'individuation avec Amitabha (représentant la sagesse discriminative), et par la participation avec Amoghasiddhi (représentant la sagesse "qui peut tout accomplir").[65]

     La philosophie grecque a cherché à rendre compte du mouvement et de la multiplicité du monde phénoménal - de l'agitation, au regard de la pensée chinoise, ou encore de l'extériorité au regard de la métaphysique hindoue - mais aussi de l'origine de ce monde phénoménal, par les notions de Principe (Héraclite, Zénon de Cittium), de Modèle (Pythagore, Platon), de Fondement (Parménide, Aristote), et de Cause (Démocrite, Épicure). Ces formes archétypales du commencement ont été cristallisées dans les quatre grands courants de la pensée grecque, qui ont marqué la destinée de la philosophie occidentale pendant deux millénaires.[66]

     Pour Platon (alligation), le monde temporel a été créé à l'image d'un monde idéal, intemporel, auquel l'âme, autrefois, était liée, qu'elle a oublié, et auquel, parfois, elle accède, indirectement, par la réminiscence. Ainsi le monde sensible, second, n'existe pas par lui-même, mais par sa dépendance au monde intelligible. Le désir (eros) est l'aspiration au complémentaire, à la moitié perdue (mythe de l'androgyne) qui n'existe véritablement que dans le monde originel. Le Modèle est l'ultime référence judicative de la ressemblance des copies à leur archétype idéel.

     Chez Aristote (individuation), chaque partie du monde est autonome et suffisante à elle-même. Tout peut s'appréhender à partir de la substance présente, de l'existant, de "l'être-en-acte", particularisé et actuel, individualité accomplie (entéléchie), organique ou inorganique. Le réel se conçoit de manière multiple et présuppose l'absolue transcendance d'un premier moteur, Dieu, qui a produit le monde sans s'y mêler, et dont l'existence n'a aucune incidence morale directe. Il est le Fondement, l'assise, qui légitime toute manifestation phénoménale individuelle.

     Épicure (objectivation) préconise un matérialisme intégral appliqué à la totalité des phénomènes. Le monde est strictement corporel, composé d'atomes, en nombre infini, aux propriétés définies, et dont les diverses combinaisons déterminent la multiplicité phénoménale indéfinie. Quelques prémisses en nombre limité, ayant trait à la pesanteur et à la déclinaison de ces particules, suffisent à rendre compte du mouvement matériel, du désir humain et des passions, comme de la diversité des langues et des cultures. La Cause est la condition d'une explication in extenso de la réalité phénoménale, naturelle et culturelle.

     Dans la philosophie de Zénon (participation), la pénétrabilité de la matière suppose l'existence d'une force unifiante, le souffle (pneuma), intrinsèque à la substance corporelle. Le monde est Un, organisme immanent, vivant et divin de part en part, uniformément parsemé de vie et d'esprit, éternellement régénéré. Tout conspire au sein d'une sympathie cosmique. Le Principe justifie l'origine commune de la multiplicité phénoménale qui en dérive et de l'harmonie universelle qui en résulte.

     Le néoplatonicien Damascius (~ 462-538), le dernier géant de la philosophie de langue grecque, coordonne les trois théories rivales de l'auteur du Timée et du Parménide, et réserve le "mot de la fin" au Modèle - même si ce dernier n'aura pas fini de "faire jaser" - au sein d'une métaphysique syncrétiste de l'Un, lequel est l'archétype suressentiel du regard que porte le philosophe sur le monde, et dont les trois modes sont la pure subsistance comme manence indifférenciée ou l'Un-Tout (proche du monde stoïcien), la procession vers le multiple comme vecteur de pluralité ou le Tout-Un (proche de l'atome épicurien), et la conversion vers l'Un comme vecteur de composition ou l'Unifié (proche de l'entéléchie aristotélicienne).[67]

     Le quaternaire apparaît dans la philosophie sous de multiples formes qui sont des illustrations de la quadriversité des points de vue, comme de l'exercice de la raison matricielle. Par exemple Johann Fichte note la séparation absolue de quatre formes de conscience qui traduisent, soit la diversité absolue des objets (objectivation), soit l'unité et l'identité du sujet (individuation), soit la moralité de l'action procédant du pur moi de la conscience (participation), soit l'unité réelle ou l'adéquation sujet-objet (alligation).[68]

     Maurice Merleau-Ponty distingue quatre stades de la perception (auditive) : "un son objectif qui résonne hors de moi dans l'instrument" (objectivation), "un son atmosphérique qui est entre l'objet et mon corps" (participation), "un son qui vibre en moi comme si j'étais devenu la flûte" (alligation), et un son qui "disparaît et devient l'expérience (...) d'une modification de tout mon corps" (individuation).[69]

     Le quaternaire sectoriel rend compte d'une axiologie : les valeurs pratiques (le Fort, l'Utile, l'Efficace...), les valeurs affectives (le Beau, l'Agréable, l'Aimé...), les valeurs éthiques (le Bien, le Juste, le Vertueux...) et les valeurs cognitives (le Vrai, l'Exact, le Logique...). Les valeurs pratiques privilégient le Moi et ses intérêts ; les valeurs affectives supposent la capacité de se tourner vers l'autre ; les valeurs éthiques réclament une attention à tous et à chacun en particulier ; les valeurs cognitives privilégient l'analyse abstraite des relations entre les êtres. Ce quaternaire inaugure aussi le Yi King, introduit par le premier hexagramme Khièn (= K'IEN) : yuán (cause initiale) - heng (libre expansion) - li (bien) - tsheng (perfection) : "La cause initiale [énergie], c'est ce qu'il y a de plus primordial dans le bien ; la liberté, c'est la réunion de toutes les beautés ; le bien, c'est l'harmonie des devoirs ; la perfection, c'est la tige qui supporte toutes choses." [70]

     On sait la préférence de Platon pour l'idée de Bien. La pensée moderne dans son ensemble feint de privilégier les valeurs cognitives, alors qu'elle se soumet le plus souvent aux valeurs pratiques. Benedetto Croce, ce survivant de l'éclatante pensée italienne de la Renaissance, postule une égale grandeur aux quatre formes ou "fonctions de l'esprit" : l'économico-technique, l'esthétique, l'éthique, le logique. Il insiste sur l'idée que la logique ne joue aucun rôle privilégié dans le quaternaire : ce n'est pas elle qui fait les distinctions ; elle se contente seulement d'apporter le concept de distinction : "Elle est à l'intérieur et non à l'extérieur de la philosophie, de la même manière que (...) le miroir de l'eau qui reflète le paysage est une partie du paysage." [71]

     Les manifestations de cette quadrialectique sont innombrables dans la philosophie. Il y a toujours quatre mondes, ou plutôt quatre visions du monde, qui s'affrontent et cohabitent. Les systèmes de pensée adoptent nécessairement et cherchent à imposer la primauté de l'une ou l'autre de ces perspectives : philosophies du Moi et de la conscience (individuation), philosophies de l'autre et de la relation (alligation), philosophies panthéistes et organicistes (participation), philosophies analytiques et structuralistes (objectivation). Au XVIIè siècle s'affrontent le Cogito cartésien, la vision en Dieu de Malebranche, le monisme pluraliste de Leibniz et l'atomisme mental de Locke.

     Les Maisons astrologiques déterminent des optiques : elles représentent les modes d'enracinement existentiel au sein desquels chacun s'insère : la lice du pouvoir social, l'aire de la convivialité, la sphère de la spiritualité, ou le réseau de la connaissance. Elles renseignent sur la réceptivité de la conscience à un certain rapport relationnel au monde, et finalement sur l'autorité que chacun reconnaît sur son existence propre : celle de la société dans son ensemble, celle de personnes particulières, celle du sacré et de l'indéfini, ou encore celle d'une communauté savante plus ou moins idéale. Ce regard-là, et lui seul, est juge devant notre conscience, de ce que nous valons. S'il est des "comptes à rendre", ils se concluent en ces lieux.

    


NOTES

[1]  Cf. Léopold de Saussure, "L'origine de la rose des vents", in Archives des Sciences Physiques et Naturelles, 5.5, Genève, 1923. « Texte

[2]  "Before and behind, in all the sides opposite to the eight winds, I opened eight great gates." (D. Haigh, "Yorkshire dials", in Yorkshire Archaeological Journal, 1896, p.166); cité par Prudence Jones, "Celestial and terrestrial orientation", in Annabella Kitson (éd.), History and astrology (Clio and Urania confer), Unwin, London, 1989, p.40. « Texte

[3]  Cf. Prudence Jones, Ibid., p.41 et p.45 (note 11). « Texte

[4]  Cf. la tablette n° 90827 du British Museum (in L.W. King, Babylonian boundary-stones and memorial-tablets in the British Museum, London, 1912, vol. 2, plate XVIII), et aussi Giovanni Schiaparelli (Die Astronomie im alten Testament, Giessen, 1904) et Astrologie en Mésopotamie (Les Dossiers d'Archéologie 191, 1994, p.43, p.51 et p.65). « Texte

[5]  L.W. King, Ibid., vol. 1, p.XV. King avertit néanmoins de la nécessité de "distinguer le caractère originel des symboles de la signification plus tardive que la spéculation néo-babylonienne leur a donnée." (in Ibid., vol. 1, p.XVI). « Texte

[6]  Cf. la tablette du British Museum, provenant de Ninive et datée du VIIè siècle B.C., in Astrologie en Mésopotamie, Les Dossiers d'Archéologie 191, 1994, p.36. « Texte

[7]  Cf. Joseph Needham, Science and civilisation in China, Cambridge University Press (UK), vol. 2, 1956, p.355. « Texte

[8]  Mânava-Dharma-Shâstra, tr. fr. A. Loiseleur-Deslongchamps, Paris, Garnier, [1939?], I 13, p.4. « Texte

[9]  in Horoscopes and history, London, Warburg Institute, 1986, p.1. Cf. aussi Frank Robbins : "La division par huit était une conception plus ancienne que le système de douze régions." (in "A new astrological treatise: Michigan Papyrus N°1", I 20-26, in Classical Philology 22.1 (University of Chicago Press), 1927, p.36. « Texte

[10]  Cf. Otto Neugebauer & Henry Van Hoesen, Greek horoscopes, Philadelphia, American Philosophical Society, 1959, p.138-140 & p.152-157. « Texte

[11]  Marcus Manilius, Les Astrologiques (Astronomicon), trad. fr. Alexandre-Guy Pingré (1711-1796), Paris, 1786; éd René Alleau, Paris, Denoël, 1970, p.171. Cf. aussi la traduction versifiée de Louis Ricouart : Les cinq livres des astronomiques, Anzin, E. Dugour, 1882. « Texte

[12]  The five books of M. Manilius, trad. angl. Thomas Creech, London, 1697; Washington, National Astrological Library, 1953. « Texte

[13]  Julius Firmicus Maternus, Mathesis (Livres I et II), éd. et trad. fr. P.Monat, Paris, Belles Lettres, 1992, p.109-110 & p.114-118. « Texte

[14]  Julius Firmicus Maternus, Mathesis (Livres III à V), éd. et trad. fr. P.Monat, Paris, Belles Lettres, 1994, IV 16.4, p.170. « Texte

[15]  Auguste Bouché-Leclercq, L'astrologie grecque, Paris, Ernest Leroux, 1899, p.279-280. « Texte

[16]  Cf. Cyril Fagan, Astrological origins, St Paul (Minnesota), Llewellyn Publications, 1971, p.162. « Texte

[17]  C'est à Thrasyllos que l'on doit le regroupement tétralogique des oeuvres de Platon, qui prévaut dans les manuscrits médiévaux et qui est actuellement toujours en vigueur. « Texte

[18]  "Les seigneurs des huit quartiers (Est, Sud-Est, Sud, Sud-Ouest, Ouest, Nord-Ouest, Nord et Nord-Est) sont respectivement Indra, Agni, Yama, Nirriti, Varuna, Vayu, la Lune et Siva." (Varâha Mihira, in Brihat Samhita, éd-tr Panditabhushana Subrahmanya Sastri & Vidwan Ramakrishna Bhat, Bangalore (Inde), Soobbiah, 1947, 86.75, p.666). Cf. aussi Ibid., 54.3, p.459 et 86.34, p.656. Il est encore question des 8 quartiers dans l'ouvrage d'un de ses disciples (de son fils ?), Prithuyasas (cf. son Horasara, éd-tr Panditabhushana Subrahmanya Sastri & Vidwan Ramakrishna Bhat, Bangalore (Inde), Soobbiah, 1949). « Texte

[19]  Wilhelm Gundel, Neue astrologische Texte des Hermes Trismegistos, München, Abhandlungen der Bayerischen Akademie der Wissenschaften, 1936, chap. 13 (Die Lehre der Kentra und der Quadranten) et 14 (Die Lehre der zwölf Haüser oder Orte), p.301-313. « Texte

[20]  Platon, Timée (32b), in Ouvres complètes, tr. fr. Léon Robin, Paris, Gallimard, 1950, vol. 2, p.447. « Texte

[21]  Ce modèle est spéculatif : il demande à être confirmé par des analyses collatérales. On peut discuter l'association du lever du jour à la sécheresse. Cependant c'est bien au lever du jour que le soleil commence à assécher la terre, et les vents de l'Est sont secs. (cf. par exemple Fred Gettings, The Arkana dictionary of astrology, London, Routledge & Kegan Paul, 1985; éd. rév., London, Arkana, 1990, p.404). « Texte

[22]  "They [les disciples de Marcus] maintain, then, that first of all the four elements, Fire, Water, Earth, and Air, were produced after the image of the primary Tetrad above, and that then, we add their operations, viz., heat, cold, dryness, and humidity, an exact likeness of the Ogdoad is presented. They next reckon up ten powers in the following manner: There are seven globular bodies, which they also call heavens; then that globular body which contains these, which also they name the eighth heaven; and, in addition to these, the Sun and Moon. These, being ten in number, they declare to be types of the invisible Decad, which proceeded from Logos and Zoe. As to the Duodecad, it is indicated by the zodiacal circle, as it is called; for they affirm that the twelve signs do most manifestly shadow forth the Duodecad, the daughter of Anthropos and Ecclesia." (in Irénée de Lyon (~135-205), Contre les hérésies, I 17.1; texte disponible à la Gnostic Society Library, http://www.webcom.com/~gnosis/library/advh1.htm). Cf. aussi Irénée (saint), Contre les hérésies, éd.-tr. Adelin Rousseau (et al.), Paris, Cerf, 1965- « Texte

[23]  in Frank Robbins, "A new astrological treatise: Michigan Papyrus N°1", I 20-26, in Classical Philology 22.1 (University of Chicago Press), 1927, p.14 (édition sans traduction). Cf. aussi le Michigan Papyrus 149 dont Wilhelm Gundel a souligné l'importance et l'originalité par rapport à la vulgate astrologique (in Wilhelm Gundel & Hans Georg Gundel, Astrologumena, Wiesbaden, Franz Steiner, 1966, p.25 et p.36), et que Rupert Gleadow a traduit (in American Astrology, sept-oct 1950). [Je n'ai pas encore réussi à me procurer ce texte, ni sa traduction]. « Texte

[24]  Cyril Fagan, in Astrological origins, St Paul (Minnesota), Llewellyn Publications, 1971, p.161. « Texte

[25]  Tycho Brahe, De nova stella, in Opera omnia, éd. John Dreyer, Hauniae, vol. 1, 1913, p.35-44. (Cf. aussi dans le même volume la représentation de thèmes avec les 8 directions symbolisant les maisons (p.83-130), ainsi que celle, tout-à-fait étonnante, de thèmes sous forme elliptique (p.75-82), laquelle a pu inspirer Kepler lors de sa découverte de la première loi du mouvement orbital des planètes. « Texte

[26]  Selon John North, Horoscopes and history, London, Warburg Institute, 1986. « Texte

[27]  Cf. Nicholas Culpeper, Astrological judgment of diseases, London, 1655; Tempe (Arizona), American Federation of Astrologers, s.d. [1959], p.17-18. « Texte

[28]  Cf. Wilhelm Knappich, Geschichte der Astrologie, ms Wien, 1953, p.566-567. [Je n'ai pas encore pu me procurer son article paru dans Astralen Warte, mai-oct. 1950]. « Texte

[29]  Isha Schwaller de Lubicz, Her-Bak "pois-chiche", Paris, Flammarion, 1955, p.369-373. « Texte

[30]  Sénèque, in Questions naturelles, III 14.2, tr. fr., Paris, Belles Lettres, 1929, vol. 1, p.129. « Texte

[31]  Kaushîtaki Upanishad, tr. fr. Louis Renou, Paris, Adrien Maisonneuve, 1948, IV 2-18, p.61-68. « Texte

[32]  Ce sont "les différents points de l'espace que parcourt régulièrement le soleil selon la cosmologie indienne." (Jeannine Auboyer, "Le char du Soleil à Konarak", in Archeologia 23, 1968, p.8). « Texte

[33]  Arlette Leroi-Gourhan & Ichiro Ayamanaka, "Un très ancien football", in Archeologia 320, 1996, p.62-65. « Texte

[34]  La date du 17 février 3102 B.C. (- 3101) marque une configuration astrologique exceptionnelle : toutes les planètes se situent dans un écart angulaire de 90° (de 41° si l'on exclut Uranus et Neptune). « Texte

[35]  L'astrologie n'a pas été déboussolée par l'avènement de l'héliocentrisme, et ne le sera pas tant que le centre de perception ne quitte pas la surface terrestre. Seuls les astronautes peuvent brusquement transformer leur potentiel astral. (Cf. le retour problématique sur terre des premiers astronautes américains, le film Solaris (1972) d'Andreï Tarkovski, et Daniel Verney, Fondements et avenir de l'astrologie (Paris, Fayard, 1974). « Texte

[36]  Le schème s'applique strictement à un astre situé exactement sur l'écliptique, puisque l'Ascendant est un point d'intersection entre les plans de l'écliptique et de l'horizon, le point qui "se lève" à l'Est, sur la gauche d'un observateur tourné vers le Sud, c'est-à-dire dans la direction du soleil à midi dans l'hémisphère Nord. « Texte

[37]  Pour le sens que je donne à ces termes (Individuation diurne I+ et nocturne I-, Alligation diurne A+ et nocturne A-, Participation diurne P+ et nocturne P-, Objectivation diurne O+ et nocturne O-), cf. infra : "Sémantique des domaines". « Texte

[38]  L'AS marque "les tendances à se replier sur soi", le MC "les tendances à s'élever", le DS "les tendances à se projeter vers autrui" et le FC "les tendances à s'appesantir" (in Armand Barbault, Technique de l'interprétation, 1952; Paris, Dervy, 1986, vol. 1, p.134-136). Le consensus est assez général parmi les astrologues quant à ces connotations. Toutefois le terme d'introversion concernant l'Ascendant permet d'éviter certains contre-sens quant à la signification de ce secteur. « Texte

[39]  Graham Douglas signale les 8 maisons in "Astrology and semiotics", Martin Budd (éd.), Radical astrology, London, Radical Astrology Group, 1983. « Texte

[40]  Michel Gauquelin, Les hommes et les astres, Paris, Denoël, 1960. « Texte

[41]  T.O. McGrath (in Timing business activity and the Sun) : "Dans tout corps magnétique présentant deux pôles (à l'instar du Soleil et de ses satellites), les courants magnétiques circulent du pôle nord vers le pôle sud, leur activité minimum se manifestant tous les 90 degrés et leur activité maximum tous les 45 degrés." (cité in Dane Rudhyar, L'astrologie de la personnalité, New York, Lucis Press, 1936; version fr., Paris, Librairie de Médicis, 1984, p.196). Cependant Rudhyar attribue improprement cette polarisation magnétique au zodiaque. « Texte

[42]  Yi King (Le livre des transformations), version allemande Richard Wilhelm, tr. fr. Étienne Perrot, Paris, Librairie de Médicis, 1973; 1977, p.306. Cf. aussi Marcel Granet, La pensée chinoise, 1934; Paris, Albin Michel, 1950, p.186. « Texte

[43]  Yi King (Le livre des transformations), version allemande Richard Wilhelm, tr. fr. Étienne Perrot, Paris, Librairie de Médicis, 1973; 1977, p.305. « Texte

[44]  K'AN reste apparié à LI, et KEN à TOUEI, non plus selon le centre, mais selon un axe de symétrie. Jean Marolleau observe que le T'ai Ki chinois symbolise la réunion des symétries centrale et axiale, et que l'arrangement circulaire des Hexagrammes et des Trigrammes obéit à une logique binaire qui dévoile une symétrie axiale derrière une symétrie centrale apparente (in La Galaxie Yin Yang, Paris, Robert Dumas, 1975). Demetrio Santos Santos aboutit à la même conclusion concernant la symétrie axiale qui sous-tend l'ordre des Trigrammes (in Investigaciónes sobre astrología, Madrid, Editora Nacional, 1978, vol. 1). « Texte

[45]  TCHEN marque d'ailleurs l'Est dans la seconde disposition, celle attribuée au roi Wen. Cf. Yi King (Le livre des transformations), version allemande Richard Wilhelm, tr. fr. Étienne Perrot, Paris, Librairie de Médicis, 1973; 1977, p.308, et Marcel Granet, La pensée chinoise, 1934; Paris, Albin Michel, 1950, p.186. « Texte

[46]  Alan Leo, in Esoteric astrology, London, Fowler, 1913, p.55 ; Marc Edmund Jones, in Astrology, how and why it works, Philadelphia, David McKay, 1945, p.45-76 ; Jean-Pierre Nicola, "Les Maisons astrologiques", in Astrologique, Hors Série n°1, Paris, 1977, p.33-38. Le système du S.O.R.I., sans doute antérieur à Alan Leo, fait figure en France de système original auprès d'une certaine clientèle ! Il est d'ailleurs usuel dans la littérature astrologique de se taire sur ses sources, ou encore de les ignorer et de laisser croire qu'on a tout inventé. Pour être complet, précisons que Nicola réintroduit artificiellement les désignations conditionalistes qualifiant les planètes comme facteur de différenciation du S.O.R.I. : la maison 3 serait "Transcendance de la Relation", la maison 7 "Représentation de la Relation", et la maison 11 "Existence de la Relation". Outre l'inutilité d'un tel jargon, on attendrait plutôt des frères la "Représentation de la Relation", du conjoint l'"Existence de la Relation" et des amis la "Transcendance de la Relation", ou encore l'une ou l'autre des quatre autres combinaisons possibles : ma femme par exemple voit ses frères comme "Existence de la Relation", son conjoint comme "Transcendance de la Relation" et ses amis comme "Représentation de la Relation" ! Quoiqu'il en soit, ces catégories semblent incohérentes (Comment "l'Objet" pourrait-il trouver sa place dans le thème du natif ?), et surtout impraticables, tant qu'elles restent ancrées dans de simples présupposés empiriques, et tant qu'on ne donne pas les raisons logiques de leur répartition sémantique (à supposer d'ailleurs que le système "Représentation - Existence - Transcendance" soit lui-même sémantiquement cohérent, ce qui est loin d'être le cas). « Texte

[47]  Ce qui conduit souvent les dresseurs de thèmes à amalgamer allègrement la sémantique des signes zodiacaux à celle des maisons. « Texte

[48]  Johannes Kepler, in Lettre à Herwart, Gesammelte Werke, éd Max Caspar, Franz Hammer (et al.), München, Beck, 1945, vol. 13, p.232; cité par Arthur Koestler, in Les somnambules, tr. fr., Paris, Calmann-Lévy, 1960, p.286. « Texte

[49]  Je ne retiens pas la connotation "intégrante" que Jung donne à ce terme : l'individuation circonscrit le champ de l'affirmation de l'ego (au sens strict). Ce terme ne suppose aucune réalisation d'une conscience élargie, ou d'un Soi ouvert aux aspirations de l'inconscient. La "conscience individuée" reste cartésienne : séparée, imperméable à toute extériorité, équilibrée par la seule évidence du Cogito, impliquée dans l'arène où s'affrontent les consciences concurrentes. Autrement dit je donne à ce terme d'individuation son sens le plus restrictif, proche de l'acception "utilitariste" d'un Herbert Spencer. « Texte

[50]  - du latin ligare (lier, unir, joindre, assembler). « Texte

[51]  Max Scheler a souligné la densité "entitative" de la relation à autrui et le caractère irréductible de la sympathie (Einfühlung) à la base de la communion inter-subjective et de la communication affective des consciences (in Nature et formes de la sympathie, tr. fr., Paris, Payot, 1928; 1971). Cf. aussi Martin Buber, Je et Tu, tr. fr. Geneviève Bianquis, Paris, Aubier, 1938. « Texte

[52]  D'ailleurs les 4 quadrants du modèle qui, selon Gundel, auraient devancé l'octotopos, sont associés aux 4 âges de la vie. « Texte

[53]  Il est certain que les enfants de la maison 4 sont aujourd'hui les plus malheureux de tous. Charles Fourier ! « Texte

[54]  Cf. Otto Neugebauer & Henry Van Hoesen, Greek horoscopes, Philadelphia, American Philosophical Society, 1959, p.8. « Texte

[55]  in Horoscopes and history, London, Warburg Institute, 1986. « Texte

[56]  Cf. Ralph William Holden, The elements of house division, Romford (UK), Fowler, 1977, p.60-61; et Geoffrey Dean, Recent advances in natal astrology, Subiaco (Australie), Analogic, 1977, p.166-167. Cf. aussi Henri Selva, La domification ou construction du thème céleste en astrologie, Paris, Vigot, 1917; les articles de Joseph Frederici parus dans The Astrological Journal: 16.3, 17.1-3-4, 19.4 (1974-1977), son article, "Les maisons astrologiques: pour un système universel?" in Le Ciel Étoilé, 6/7, 1987; et Pierre Brind'Amour, Nostradamus astrophile, Ottawa, Presses de l'Université d'Ottawa, & Paris, Klincksieck, 1993. Ce dernier ouvrage, en dépit de son titre, recèle l'exposé le plus clair et le plus documenté, disponible en langue française, sur l'histoire et les techniques des systèmes de domification. « Texte

[57]  Cf. Fred Gettings, The Arkana dictionary of astrology, London, Routledge & Kegan Paul, 1985; éd. rév., London, Arkana, 1990, p.278-279. « Texte

[58]  Cf. le traité politique de Kautilya, l'Arthashâstra, le Mânava Dharmashâstra (Les Lois de Manu) ou le fameux Kâmasûtra de Vâtsyâyana. « Texte

[59]  Cf. l'excellente présentation de la métaphysique indienne par Heinrich Zimmer, in Les philosophies de l'Inde, tr. fr. Marie Renou, 1953; Paris, Payot, 1978. « Texte

[60]  J'emploie ici les termes réaliste et idéaliste dans leur acception commune, et non dans leur signification philosophique. « Texte

[61]  Le comportement "strictement traditionnel" [rituel?], le comportement "strictement affectif" [éthique?], le comportement "rationnel par valeur" [idéaliste?] et le comportement "rationnel par finalité" [réaliste] (in Wirtschaft und Gesellschaft, Tübingen, 1922; 1956; cité par Julien Freund, in Max Weber, Paris, P.U.F., 1969, p.96-99). Avec les réserves suivantes : le caractère réaliste du "comportement-type" de l'européen ne suffit pas à légitimer cette prétendue hiérarchie des comportements, largement tributaire des préjugés issus de l'éducation et de la culture, autrement dit de l'idola specus de Francis Bacon, préjugés qui infléchissent les analyses de Weber. En outre ce système des comportements masque difficilement son dualisme qui est l'écueil quasi obligé de la pensée occidentale. Les types de comportement de Weber dits "traditionnel" et "affectif" sont purement réactifs et à la limite de la conscience, au contraire de ses types dits rationnels, "par valeur" et "par finalité", seuls dignes d'être appréhendés. Or l'efficacité du dernier est loin d'être prouvée et suppose une connaissance et une maîtrise des données et des situations généralement absentes, si ce n'est dans l'illusion de la maîtrise de la situation, parfois dans l'aveuglement et l'ignorance qui guident le plus souvent ce mode de comportement. Des résultats parfois nettement supérieurs sont atteints par un comportement strictement rituel ou affectif, ou par un comportement éthique, ou encore intellectuellement idéaliste, ces deux derniers étant confondus par Weber dans sa catégorie "rationnel par valeur". Ce n'est pas parce qu'un comportement est rationnel, finalisé, conscient, qu'il est forcément plus efficace qu'un autre mode de comportement. Cette hiérarchie webérienne des comportements n'est que leur ordonnance sous le seul critère pragmatique, d'ailleurs contestable dans sa particularité. « Texte

[62]  Bhagavad-Gîtâ II 47, in La Bhagavad-Gîtâ, Shrî Aurobindo (éd.), 1942; tr. fr. Camille Rao & Jean Herbert, Paris, Albin Michel 1970; 1977, p.63. « Texte

[63]  Le géant de l'histoire des religions, le roumain Mircea Eliade (Poissons solaire), a souligné dans son Histoire des croyances et des idées religieuses (Paris, Payot, 1976, vol. 1, p.140-143) le caractère déjà "hindouiste" de la religion harappienne et de la civilisation de l'Indus (2500-1500 B.C., antérieures aux invasions aryennes et au Corpus védique (brahmaniste). Ce qui tend à corroborer l'idée que l'Inde "a toujours été" Participation (cf. ma Géoculturologie astrale) et à éclairer un des paradoxes les plus étonnants de l'histoire religieuse : à savoir l'expulsion du bouddhisme de son foyer originel et son implantation en Chine et au Japon (aire culturelle de l'Objectivation). L'hindouisme s'oppose à la vacuité et à la sécheresse bouddhiques par l'exubérance des formes, des cultes et des rituels, par la surabondance de ses dieux, déesses et démons. Dans l'hindouisme, chacun trouve sa place, son dieu, sa vérité. Chaque vision, chaque tendance, chaque perspective, est compatible avec toutes les autres. L'hindouisme est la religion, la plus proche de l'animisme, et aussi la plus authentique et la moins élitiste, car elle est à peine "une religion". « Texte

[64]  Marcel Granet, La pensée chinoise, 1934; Paris, Albin Michel, 1950, p.6. « Texte

[65]  Bardo-Thödol (Le Livre tibétain des Morts), version du lama Teunzang, éd. all., München, 1977; trad. fr. Valdo Secretan, Paris, Dervy, 1980; éd. rev., Paris, Albin Michel, 1981. Cf. aussi Bardo Thödol (Livre des morts Tibétain), version anglaise du Lama Kazi Dawa Samdup, éd. W. Evans-Wentz, trad. fr. Marguerite La Fuente, Paris, Adrien Maisonneuve, 1933; éd. rev. 1987 ; « Texte

[66]  A l'exception toutefois de l'atomisme, moins continûment influent, mais qui a "rattrapé son retard" depuis le XVIIIè siècle puisqu'il s'est régénéré dans l'actuel système de la science, malgré l'attitude "anti-scientifique" d'Épicure.
Ces quatre points de vue, cardinaux et irréductibles, traversent l'histoire de la pensée, des philosophies et des idéologies. Le biologiste Rupert Sheldrake les fait comparaître dans son explication du vivant et de l'organique par "la forme": s'affronteraient les théories platonicienne (formes idéales transcendantes), mécaniste ou atomiste (lois immuables, régissant atomes et molécules), aristotélicienne (entéléchies in situ), et celle, "néo-stoïcienne", de la causalité formative et des champs morphogénétiques ou morphiques, préconisée par l'auteur. (Rupert Sheldrake, La mémoire de l'univers [The presence of the past], London, 1988 ; tr. fr. Paul Couturiau, Le Rocher, 1988, p.121) « Texte


[67]  Damascius, Traité des premiers principes, tr. fr. Joseph Combès, Paris, Belles Lettres, 1986, vol 1. « Texte

[68]  Cf. la conférence 28 de Johann Gottlieb Fichte, in La théorie de la science : exposé de 1804, Paris, Aubier-Montaigne, 1967. « Texte

[69]  Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, Paris, Gallimard, 1945; 1979, p.263. « Texte

[70]  Paul Philastre, in Le Yi:King ou Livre des changements de la dynastie des Tsheou, éd.-tr., Paris, Annales du Musée Guimet, 8 & 23, 1881, 2 vol.; Paris, Adrien Maisonneuve, 1982, vol. 1, p.36. Le quaternaire est aussi associé aux saisons comme l'explique l'auteur de la meilleure version existante du prodigieux traité chinois (in Ibid., p.14-15). « Texte

[71]  Benedetto Croce, in Logica come scienza del concetto puro, Bari, Laterza; tr. fr. Paul Olivier, in Denis Huisman (éd.), Dictionnaire des philosophes, Paris, P.U.F., 1984, vol. 1, p.643. « Texte


DOCUMENTS

1.1 Manilius, in Salmasius, De annis climactericis et Antiqua Astrologia Diatribae, Leiden, Elzevier, 1648, pp.187-188.
1.2 Manilius, in edition Edmund Burton, London, J. Nichols, 1783, p.108.
1.3 Manilius, in edition-translation Alexandre Pingré, Paris, 1786, vol. 2, p.313.

Salmasius-p187-188   Burton-1783-p108   Pingré1786-2-p313
 

1.4 Manilius, in edition Alfred Edward Housman, London, Grant Richards, vols. 2, 3, 5, (1912 ; 1916 p.69 ; 1930 pp.147-148).

Housman2-1912   Housman3-1916-p.69   Housman5-1930-p.147-148
 

2. Antiochus (in CCAG 8.3, translated by Roger Beck, in A Brief History of Ancient Astrology ( Malden (MA), Blackwell, 2007, p.45) :

Antiochus, tr. Beck
 

3. Auguste Bouché-Leclercq, L'astrologie grecque, Paris, Ernest Leroux, 1899, p.276-279

Bouché-Leclercq, 8 Maisons, 1   Bouché-Leclercq, 8 Maisons, 2   Bouché-Leclercq, 8 Maisons, 3   Bouché-Leclercq, 8 Maisons, 4
 

4. in the Prasna Marga, c. 1649 (volume 1, edited by Raman, 1980, 2nd ed, Delhi, Motilal Banarsidass, 1991), the chapter III on kala hora, i.e. the eight stations of Sun in a day (http://cura.free.fr/10astro/1002jyot.html).

5. Cyril Fagan (1962) : Houses "were connected with the civic events that normally occurred during the temporal hours that corresponded with them. In short, the houses were measures of time and not of 'spaces'. (...) Apparently some "bright genius" among the Greek astrologers, obsessed with the Aristotelian love for symmetry and schematicism - the bug-bear of astrology from its inception - altered all this by endeavouring to make the houses synchronize with the zodiacal signs." (in "Importance of the Varshaphal", The Astrological Magazine, 51.1, 1962, p.22).


SOMMAIRE

Les 8 Maisons 1/2



Référence de la page :
Patrice Guinard: Les 8 Maisons 2/2 : Le Dominion
(version 4.0 : 12.2015)
http://cura.free.fr/02domi2.html
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