CORPUS NOSTRADAMUS 40 -- par Patrice Guinard
 

Chronologie des éditions Benoist Rigaud de 1568
 

C'est peut-être la première fois ou la seconde (je pense à Daniel Ruzo), à l'occasion de cet article, que sont réunies des copies des quatre éditions Benoist Rigaud de 1568, désormais accessibles et correctement identifiées, et auxquelles j'ai attribué les lettres A, B, C et X. Mes précédentes analyses sur ces éditions m'avaient conduit à ce constat provisoire : l'isolement de l'édition X (exemplaires de Grasse, Stockholm et Louvain notamment) par rapport aux éditions A, B et C. Poursuivons l'enquête et essayons de déterminer leur ordre de parution.

Toutes les éditions de 1568 reprennent le quatrain latin non numéroté [VI 100] et les quatrains VII 41 et 42 de la première édition Antoine du Rosne imprimée en septembre 1557, et contiennent les passages manquants dans l'édition de novembre 1557 (cf. CURA, CORPUS NOSTRADAMUS 31, "Totale authenticité des éditions Antoine du Rosne de 1557"). Elles s'appuient donc sur cette première édition de 1557 pour la première partie, et sur l'édition perdue de 1558 pour la seconde partie -- ce qui semble logique. Même s'il n'est pas totalement exclu qu'il soit paru une édition complète des Prophéties dès 1558 (cf. le bibliographe Alfred Cartier, 1938), les deux parties distinctes et non uniformisées du texte plaident en faveur de l'assemblage, en 1568, des deux parties d'un texte, lesquelles n'auraient donc jamais été réunies avant le décès de leur auteur en 1566.

J'ai vérifié que les textes de 1568 s'appuyaient bien sur celui de 1557, et non -- pour le début du texte -- sur la première édition, celle imprimée par Macé Bonhomme en 1555 et ne contenant que 353 quatrains. En particulier tous les oublis de termes et de la conjonction "et", communs aux deux éditions de 1557, à savoir : "par continuelles (veilles &) supputations" (C19), "ceci avenir, (&) en brief" (C31), "cent (&) septante" (C34), "hors mis que (quand) son vouloir" (C35), ainsi que l'ajout du démonstratif dans l'expression "que ce pendant" (C21) sont repris dans les quatre éditions Rigaud.

Mais l'étude présente, et notamment l'analyse du début de la préface à César, m'a conduit à admettre un résultat surprenant. En effet il y a une forte probabilité pour que l'édition X ait été la première à paraître. Même si une observation sommaire des deux vignettes au titre, non fracturées, plaidait en faveur de cette hypothèse, on ne pouvait conclure avec ce seul élément, et affirmer que les moules typographiques n'eussent pas été ultérieurement réparés ou refaits.

Les tableaux qui suivent reprennent ma transcription du début de la préface à César, accompagnée des variantes de l'édition de septembre 1557 (exemplaire de l'université d'Utrecht) et des quatre éditions Rigaud datées au premier titre de l'an 1568. Les cases blanches indiquent les orthographes des termes les moins nombreuses, et souvent isolées. On compte deux fois plus de cases blanches pour l'édition de 1555 que pour celle de 1557, ce qui corrobore le fait que les éditions ultérieures s'appuient sur l'édition de 1557. Les cases bleues indiquent des différences non isolées, mais assez peu fréquentes : elles prouvent surtout que c'est l'édition X qui suit le plus fidèlement l'édition de 1557. Les premiers tableaux montrent assez clairement la succession des éditions : l'édition X s'appuie sur celle de 1557, l'édition A s'appuie sur l'édition X, les éditions B et C sont des retirages, parfois améliorés mais pas toujours, de l'édition A.
 
 

1. Préface à César (1-9)

1. TON TARD advenement CESAR NOSTRADAME mon filz, m'a faict mettre mon long temps par continuelles vigilations nocturnes reserer par escript, toy delaisser memoire, apres la corporelle extinction de ton progeniteur, au commun profit des humains, de ce que la Divine essence par Astronomiques revolutions m'ont donné congnoissance.
 
1555
1557 U
1568 X
1568 A
1568 B
1568 C
CESAR NOSTRADAME CESAR NOSTRADAME Caesar Nostradame Caesar Nostradame Caesar Nostradame Caesar Nostradame
nocturnes nocturnes nocturnes nocturne(s) nocturnes nocturnes
reserer reserer reserer referer referer referer
profit proffit proffit proffit proffit proffit
Divine divine Divine Divine Divine Divine
congnoissance congnoissance cognoissance cognoissance cognoissance cognoissance

Remarque : L'erreur de lecture, introduite par l'édition A (referer au lieu de reserer), est reprise par les éditions B et C.
 

2. Et depuis qu'il a pleu au Dieu immortel que tu ne soys venu en naturelle lumiere dans ceste terrene plaige, & ne veulx dire tes ans qui ne sont encores accompaignés, mais tes moys Martiaulx incapables à recepvoir dans ton debile entendement ce que je seray contrainct apres mes jours definer :
 
1555
1557 U
1568 X
1568 A
1568 B
1568 C
a pleu à pleu a pleu a pleu a pleu a pleu
tu ne soys tu ne sois tu ne sois tu ne sois tu ne sois tu ne sois
ne veulx ne veulx ne veux ne veux ne veux ne veux
accompaignés accompaignez accompaignez accompaignez accompaignez accompaignez
moys Martiaulx moys Martiaulx moys Martiaux mois Martiaux mois Martiaux mois Martiaux
recepvoir recevoir recevoir recevoir recevoir recevoir

Remarque : L'expression moys Martiaux de l'édition X montre que cette édition est intermédiaire entre celle de 1557 et les éditions A, B et C.
 

3. veu qu'il n'est possible te laisser par escript ce que seroit par l'injure du temps obliteré : car la parolle hereditaire de l'occulte prediction sera dans mon estomach intercluse :
 
1555
1557 U
1568 X
1568 A
1568 B
1568 C
par escript par escript par escrit par escrit par escrit par escrit

 

4. consyderant aussi les adventures de l'humain definement estre incertaines : & que le tout est regi & guberné par la puissance de Dieu inextimable, nous inspirant non par bacchante fureur, ne par lymphatique mouvement, mais par astronomiques assertions, Soli numine divino afflati praesagiunt, & spiritu prophetico particularia.
 
1555
1557 U
1568 X
1568 A
1568 B
1568 C
consyderant considerant considerant considerant considerant considerant
adventures adventures aventures aventures aventures aventures
guberné gouverné gouverné gouverné gouverné gouverné
inextimable inextimable inextimable inestimable inestimable inestimable
lymphatique limphatique limphatique limphatique limphatique limphatique

Remarque : L'ordre des éditions (1555 ⇒ 1557 ⇒ X ⇒ A, B, C) est vérifié.
 

5. Combien que de longs temps par plusieurs foys j'aye predict long temps au-paravant ce que depuis est advenu & en particulieres regions, attribuant le tout estre faict par la vertu & inspiration divine & aultres felices & sinistres adventures de accelerée promptitude prenoncées, que despuis sont advenues par les climats du monde,
 
1555
1557 U
1568 X
1568 A
1568 B
1568 C
de longs temps de long temps de long temps de long temps de long temps de long temps
plusieurs foys plusieurs fois plusieurs foys plusieurs fois plusieurs fois plusieurs fois
au-paravant au paravant au paravant au paravant au paravant au paravant
aultres felices autres felices autres felices autres felices autres felices autres felices
accelerée accelerée accelerée acceleree acceleree acceleree
prenoncées prononcées prononcées prononcees prononcees prononcees
despuis despuis depuis depuis depuis depuis
climats climatz climatz climats climats climats

 

6. aiant voulu taire & delaissé pour cause de l'injure, & non tant seulement du temps present, mais aussi de la plus grande part du futur, de metre par escrit, pource que les regnes sectes & religions feront changes si opposites, voyre au respect du present diametralement, que si je venoys à reserer ce que à l'advenir sera, ceux de regne, secte, religion, & foy trouveroient si mal accordant a leur fantasie auriculaire, qu'ilz viendroient à damner ce que par les siecles advenir on congnoistra estre veu & apperceu :
 
1555
1557 U
1568 X
1568 A
1568 B
1568 C
aiant ayant ayant ayant ayant ayant
delaissé delaissé delaissé delaissé delaisser delaisser
teps present temps present temps present temps present temps present temps present
futur futur futeur futeur futeur futeur
de metre de metre de mettre de mettre de mettre de mettre
par escrit par escript par escrit par escrit par escrit par escrit
voyre voire voire voire voire voire
si je venoys si je venois si je venois si je venois si je venois si je venois
ce que à l'advenir ce que à l'advenir ce que à l'advenir ce qu'à l'advenir ce qu'à l'advenir ce qu'à l'advenir
ceux de regne ceulx de de regne ceux de regne ceux de regne ceux de regne ceux de regne
trouveroient trouveroient trouveroient trouveroyent trouveroyent trouveroyent
accordant a accordant a accordant à accordant à accordans à accordant à
qu'il viendroent qu'ilz viendroient qu'ilz viendroient qu'ils viendroyent qu'ils viendroyent qu'ils viendroyent
congnoistra cognoistra cognoistra cognoistra cognoistra cognoistra

Remarque : L'erreur typographique (futeur pour futur), introduite par l'édition X, n'a pas été corrigée dans les éditions ultérieures.
 

7. Consyderant aussi la sentence du vray Sauveur, Nolite sanctum dare canibus, nec mittatis margaritas ante porcos ne conculcent pedibus & conversi dirumpant vos. Qui à esté la cause de faire retirer ma langue au populaire, & la plume au papier :
 
1555
1557 U
1568 X
1568 A
1568 B
1568 C
Consyderant Considerant Considerant Considerant Considerant Considerant
Sauveur Sauvueur Sauveur Sauveur Sauveur Sauveur
Qui à esté Qui à esté Qui a esté Qui a esté Qui a esté Qui a esté

 

8. puis me suis voulu extendre declarant pour le commun advenement par obstruses & perplexes sentences les causes futures, mesmes les plus urgentes, & celles que j'ay apperceu, quelque humaine mutation que advienne scandalizer l'auriculaire fragilité, & le tout escrit sous figure nubileuse, plus que du tout prophetique :
 
1555
1557 U
1568 X
1568 A
1568 B
1568 C
extendre estendre estendre estendre estendre estendre
humaine mutation hmaine mutation humaine mutation humaine mutation humaine mutation humaine mutation
que advienne ne que advienne ne que advienne ne qu'advienne ne qu'advienne ne qu'advienne ne
escrit sous escript soubs escript soubs escrit soubs escrit soubs escrit soubs

 

9. combien que, Abscondisti haec à sapientibus, & prudentibus, id est potentibus & regibus, & enucleasti ea exiguis & tenuibus, & aux Prophetes : par le moyen de Dieu immortel, & des bons anges ont receu l'esprit de vaticination, par lequel ilz voyent les causes loingtaines, & viennent à prevoyr les futurs advenementz, car rien ne se peult parachever sans luy, ausquelz si grande est la puissance & la bonté aux subjectz que pendant qu'ilz demeurent en eulx, toutesfois aux aultres effectz subjectz pour la similitude de la cause du bon genius, celle challeur & puissance vaticinatrice s'approche de nous : comme il nous advient des rayons du soleil, qui se viennent getants leur influence aux corps elementeres, & non elementeres.
 
1555
1557 U
1568 X
1568 A
1568 B
1568 C
anges anges Anges Anges Anges Anges
ilz voyent ilz voient ilz voyent ils voyent ils voyent ils voyent
causes loingtaines causes loingtaines causes loingtaines choses loingtaines choses loingtaines choses loingtaines
prevoyr prevoir prevoir prevoir prevoir prevoir
advenementz advenements advenemens adveuemens advenemens advenemens
ne se peult ne se peult ne se peut ne se peut ne se peut ne se peut
ausquelz si ausquelz si ausquelz si ausquels si ausquels si ausquels si
aux subjectz aux subjectz aux subjects aux subjects aux subjects aux subjects
qu'ilz demeurent qu'ilz demeurent qu'ilz demeurent qu'ils demeurent qu'ils demeurent qu'ils demeurent
en eulx en eulx en eux en eux en eux en eux
aultres effectz subjectz autres effectz subjectz autres effectz subjectz autres effects subjects autres effects subjects autres effects subjects
challeur chaleur chaleur chaleur chaleur chaleur
qui se viennent qui se viennent qui se viennent qui viennent qui viennent qui viennent
getants gettants gettants gettants iettans iettans
elementeres elementaires elementaires elementaires elementaires elementaires

Remarque : L'erreur de lecture, introduite par l'édition A (choses au lieu de causes), est reprise par les éditions B et C.
 
 

Poursuivons les comparaisons lexicales et orthographiques entre l'édition de 1557 (cadres de gauche) et ses variantes ultérieures, cette fois sur le début des centuries I, III, V, VII et IX, et la fin du texte.
 
 

2. Quatrains I 1-4
 
ESTANT assis de nuict secret estude,
Seul reposé sus la selle d'aerain :
Flambe exigue sortant de solitude,
Faict prosperer qui n'est à croire vain.
=
B/C: sur
=
A/B/C: fait
La verge en main mise au millieu de BRANCHES,
De l'onde il moulle & le limbe & le pied :
Vn peur & voix fremissent par les manches,
Splendeur divine. Le divin pres s'assied.
X/A/B/C: milieu
=
=
=
Quand la lictiere du tourbillon versée,
Et seront faces de leurs manteaux couvers :
La republique par gens nouveaux vexée,
Lors blancs & rouges jugeront à l'envers.
B/C: versee
=
=
=
Par l'univers sera faict un monarque,
Qu'en paix & vie ne sera longuement :
Lors se perdra la piscature barque,
Sera regie en plus grand detriment.
=
=
=
=

Remarque : L'édition A suit plus fidèlement l'édition X que les éditions B et C.
 
 

3. Quatrains III 1-4
 
APRES combat & bataille navale,
Le grand neptune à son plus haut beffroy
Rouge aversaire de peur viendra pasle,
Mettant le grand ocean en effroy.
=
X/A/B/C: befroy A/B/C: Neptune
A: passe
A/B/C: Ocean

Remarque : L'erreur typographique (passe pour pasle) de l'édition A n'a pas été reprise par les éditions B et C. En revanche elles reprennent les majuscules que cette édition introduit pour les termes Neptune et Ocean.
 
Le divin verbe dourra à la substance,
Comprins ciel terre, or occult au faict mystique :
Corps, ame, esprit ayant toute puissance,
Tant soubz ses piedz, comme au siege celique.
A/B: donrra, C: donra
X/A/B/C: laict
=
A/B/C: Celique

Remarque : L'édition A corrige l'erreur typographique (dourra pour donrra) des éditions 1557 et X. Mais toutes les éditions ultérieures reprennent l'erreur introduite par l'édition X (laict pour faict).
 
Mars & Mercure & l'argent joint ensemble,
Vers le midy extreme siccité :
Au fond d'Asie on dira terre tremble,
Corinthe, Ephese lors en perplexité.
=
=
=
C: Corinte, Epheses
Quand seront proches le default des lunaires,
De l'un à l'autre ne distant grandement :
Froid, siccité, danger vers les frontieres,
Mesmes ou l'oracle à prins commencement.
X/A/B/C: defaut
=
=
A/B/C: Mesme, A: oú, B/C: où, a

 

4. Quatrains V 1-3
 
AVant venue de ruïne Celtique,
Dedans le temple deux parlamenteront :
Poignard cueur, d'un monté au coursier & picque,
Sans faire bruit le grand enterreront.
X/A/B/C: AVANT ; X/A/B: ruine C: ruyne
X/A/B/C: parlementeront
X/A/B/C: coeur
=
Sept conjurés au banquet feront luyre,
Contre les trois le fer, hors de navire :
L'un les deux classes au grand fera conduire,
Quant par le mail. Denier au front luy tire.
X/A/B/C: Seps, luire
=
=
C: Quand
Le successeur de la duché viendra,
Beaucoup plus oultre que la mer de Tosquane :
Gauloise branche la Florence tiendra,
Dans son giron d'accord nautique Rane.
X/A/B/C: Duché
X/A/B/C: outre
=
=

Remarque : L'erreur typographique (Seps pour Sept) de l'édition X est reconduite par les éditions ultérieures.
 

5. Quatrains VII 1-4
 
L'ARC du tresor par Achiles deceu,
Aux procrees sceu la quadrangulaire :
Au faict Royal le comment sera sceu,
Corps veu pendu au veu du populaire.
X/A/B/C: thresor, Achilles B: deçeu
A/B/C: procreés B: sçeu
B: sçeu
B: Cors
Par Mars ouvert Arles ne donra guerre,
De nuict seront les souldartz estonnés :
Noir, blanc, à l'inde dissimulés en terre,
Soubz la faincte umbre traistres verez & sonnés.
=
X/A/B/C: soldartz
=
A/B/C: Souz
Apres de France la victoire navale,
Les Barchinons, Saillinons, les Phocens :
Lierre d'or, l'enclume serré dedans la basle,
Ceulx de Ptolon au fraud seront consens.
=
=
=
X/A/B/C: Ceux
Le duc de Langres assiegé dedans Dolle,
Accompaigné d'Ostun & Lyonnois :
Geneve Auspurg, joinct ceulx de Mirandole,
Passer les monts contre les Anconnois.
=
=
X/A/B/C: ceux
X: Auspourg, A/B/C: Auspour
X/A: mots

Remarque : L'édition C ne reprend pas les variantes de l'édition B au quatrain VII 1. Il en résulte que les éditions B et C s'appuient sur l'édition A, plus ou moins indépendamment l'une de l'autre.
 

6. Quatrains VII 40-42
 
Dedans tonneaux hors oingz d'huille & gresse,
Seront vingt un devant le port fermés :
Au second guet par mort feront prouesse,
Gaigner les portes & du guet assommés.
B: tonneau(x)
B: por(t)
=
=
Les oz des piedz & des mains enserrés,
Par bruit maison long temps inhabitee :
Seront par songes concavant deterrés,
Maison salubre & sans bruyt habitee.
=
=
=
=
Deux de poysou saisiz, nouveau venuz,
Dans la cuisine du grand Prince verser :
Par le souillard tous deux au faict cogneuz,
Prins qui cuidoit de mort l'aisné vexer.
X: poyson A/B/C: poison
=
A/B/C: congneuz
=

Remarque : Le vers VII 42-A montre à nouveau le rôle intermédiaire et de relai de l'édition X (Grasse) : entre l'édition de 1557 et les éditions ultérieures A (Châteauroux), B (Dresden) et C (Aix: Arbaud).
 

7. Quatrain IX 55
 
L'orrible guerre qu'en l'occident s'apreste
L'an ensuivant viendra la pestilence,
Si fort horrible que jeune vieulx, ne beste,
Sang, feu, Mercure, Mars, Iupiter en France.
A/B/C: L'horrible, C: Occident, X: sapreste, B: qu en, s appreste, C: s'appreste
-
-
-

Remarque : Le terme "s'apreste" au vers IX 55-A est différent dans les quatre éditions successives : sans apostrophe en X, rajout de l'apostrophe en A, doublement de la lettre /p/ en B (et non impression de l'apostrophe), correction en C (cf. aussi "constraint", "contraint", "contrains" et "contraints" en X 83-B).
 
 

Conclusions

Cette analyse (qu'un comparatif plus ample permettrait d'affiner) confirme le schéma de succession proposé au début : c'est l'édition X qui est la plus fidèle à l'édition Du Rosne de 1557. L'édition A s'appuie sur l'édition X. Les éditions B et C sont des retirages plus tardifs de l'édition A.

L'édition X ne peut être une impression plus tardive, ultérieure aux éditions A, B et C, mais s'appuyant sur des sources plus anciennes (en l'occurence l'édition de 1557), car l'erreur "futeur" pour "futur" (préface à César, 6) est reprise par les éditions A, B et C.

Enfin, il reste une hypothèse tout-à-fait envisageable : l'édition X s'appuie non directement sur l'édition de 1557, mais sur la (ou les) première(s) édition(s) de 1568, aujourd'hui perdue(s), plus fidèle(s) aux éditions de 1557 et 1558. Cette hypothèse reste à l'étude, car certains repérages dans le texte semblent aller en ce sens.

En voici un exemple, mais il y en a d'autres. Dans le passage suivant de la lettre à Henry : "le tout a esté composé & calculé en jours & heures d'election & bien disposees, & le plus justement qu'il m'a esté possible. Et le tout Minerva libera, & non invita, supputant presque autant des adventures du temps advenir, comme des eages passez", dans lequel Nostradamus donne des indications à la fois sur sa méthode (la technique astrologique des élections, à laquelle aucun des commentateurs de Nostradamus, à ma connaissance, n'a prêté attention, parce que, dans la plupart des cas, ils ne savent pas même le B. A. BA. des opérations astrologiques), sur l'interprétation à donner aux quatrains (qui traitent aussi bien du passé que du futur, comme je l'ai énoncé dans de précédentes études, et qu'illustre la figure du Janus), et aussi sur l'agencement de son ouvrage : Minerva libera, & non invita. L'édition X, qui indique invicta, invite à la traduction suivante : "Minerve libre, mais non invaincue", laquelle s'insère mal dans le contexte de l'énoncé. Les éditions A, B et C indiquent invita. Or l'expression non invita Minerva, qu'on lit dans les lettres de Cicéron, signifie "non contre ma nature", ou "selon mes dispositions naturelles", ou encore "à mon goût", et la sentence facétieuse, forgée par Nostradamus, se traduit par : "[Et le tout] librement et selon mon instinct naturel", ce qui recoupe ce qu'il énonce plus loin dans la même préface : "le tout par doctrine Astronomique, & selon mon naturel instinct".

Autrement dit les éditions A, B et C rectifient une erreur de lecture de l'édition X, pourtant parue antérieurement. Or il est fort improbable que l'éditeur populaire Benoist Rigaud ait rectifié de lui-même cette tournure latine, et ce, dès l'édition A, laquelle reste la plus proche de l'édition X. On peut donc légitimement supposer l'existence d'une édition Alpha, parue en 1568, et dont toutes les éditions postérieures seraient dépendantes. Il en résulte aussi qu'aucune des quatre éditions dont une quinzaine d'exemplaires sont aujourd'hui accessibles, n'a peut-être été imprimée en 1568, mais à une date légèrement postérieure, à moins que cette édition alpha ne soit autre que l'édition lyonnaise introuvable, parue en 1558. Les éditions X, A, B et C, dites de 1568, seraient par conséquent des retirages parus vraisemblablement entre 1568 et 1575. J'admets les dates d'impression approximatives suivantes : 1568, 1571, 1572 et 1574.
 

Chronologie des éditions Rigaud 1568
 

Par ailleurs, il n'est pas impossible que l'édition que Ruzo mentionne sous son numéro 20 d'après son exemplaire (p.348) et dont il donne la description des pages de titre mais non celle des différents éléments typographiques, soit cette édition α, très proche donc de notre édition X.
 
 

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 11-12-2006, last updated : 13-12-2011
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