CORPUS NOSTRADAMUS 121 -- par Patrice Guinard

Les Vies de Jean de Nostredame (1575)
 
Jacques de Nostredame aurait eu dix-huit enfants dont près de la moitié survécurent (Lhez, 1968, p.413), qui sont Michel, Delphine, Jean le notaire, procureur au parlement de Provence, et auteur des Vies, Hector, Bertrand, Louis et Pierre. Un autre Jean, baptisé à Saint-Rémy le 19 février 1522, a dû mourir en bas âge. Le dernier connu, Antoine, né l'année suivante, aura au moins dix enfants (cf. CN 131).

Selon l'abbé Claude Goujet, Jehan de Nostradame serait né vers 1507 et mourut pauvre. "Il a passé aussi pour excellent Musicien, & bon Joüeur de luth" (Bibliothèque françoise, Paris, Pierre-Jean Mariette et Hyppolitte-Louis Guérin, 1744, vol. 8, p.300). Toujours selon Goujet, le frère de Nostradamus aurait été "élevé à Aix dans la maison de Pierre-Antoine de Rascas de Bagarris" (p.301) -- ce qui est invraisemblable étant donné que le Sieur de Bagarris, érudit notable, est né en 1562 ! Goujet se trompe de Rascas, et il est possible que Jean, peu présent dans les actes notariés salonais, ait effectivement été envoyé à Aix chez François de Rascas (ca. 1480-1560), Seigneur de Muy et de Bagarris, de la même génération que Jacques de Nostredame, et conseiller au Parlement de Provence en décembre 1536 (cf. aussi Anglade & Chabaneau, 1913, p.17), d'autant plus qu'il est l'auteur d'un discours manuscrit sur la vie de Saint-Hermentaire, le Discours de la vie bonnes moeurs et saincteté de Sainct Hermentere, de nation grec, qui vint habiter au cartier de Fréjus en Provence, rédigé "à la requeste de Madame de Bagarris [Anne de Rascas, la femme de François] en l'an 1540" (Aix, Arbaud, ms MO 163, copie attribuée à l'académicien François Raynouard, 1761-1836). Haitze signale encore la nomination de François de Rascas comme gouverneur de la ville d'Aix puis l'emprisonnement de Jean "pour ses emportemens contre les huguenos" (Histoire de la ville d'Aix capitale de la Provence, 1715 ; Aix, Achille Makaire, 1883, vol. 2, p.349, p.352 sq.). Jean aurait débuté à Aix en 1534 comme substitut du notaire Claude Maliverni (? cf. Rouvier, 1964, p.16, qui en parle comme d'un frère de Jacques).

Je ne suivrai pas plus Leroy qui croit que Jean est né en 1522 d'après l'acte de baptème précité (Arch. Dép. à Marseille, 203 E, 300-1522 ; Leroy, 1993, p.39) -- ni Benazra qui le recopie, ou Jean-Yves Casanova (thèse 1990 ; Brepols, 2012 : cf. CN 200). En effet dans un premier testament de Jacques de Nostradamus (le père du procureur et de l'astrophile), daté du 23 septembre 1534, il est déclaré que Jean hériterait des archives notariales (à douze ans ?!) et que le jeune Antoine, né en 1523, devrait être entretenu par ses frères jusqu'à sa majorité. Pas de mention d'un autre Jean, baptisé en 1522 donc lui aussi théoriquement mineur à cette date : car il était mort. A nouveau dans un acte du 8 janvier 1535, Jean, l'auteur des Vies, probablement déjà engagé dans la même branche professionnelle que son père, est destiné à recevoir toutes ses archives (Arch. Dép. à Marseille, 398 E, 18, brèv. 1538-1553, f.267 sq, 286 sq et 305 sq ; Lhez, 1968, p.412-413).

César, le fils de Nostradamus, écrit dans l'Avis au lecteur de son Histoire datée de 1614 (dont la préface au roi Louis XIII est datée du 18 mai 1613), que son oncle Jean est décédé depuis 36 ans : "la mort arresta là & sa vie, & son dessein, il y a ja trente six ans" (p.17). Et Leroy rapporte un acte signalé par Maître Mouret, attestant du décès de Jean avant le 7 mars 1577 (Arch. du Palais de Justice d'Aix, 1574-1580, f.237v ; Leroy, 1993, p.42).

Jehan est l'auteur des romancées et vivement contestées "Vies des Troubadours" -- ouvrage d'autant plus réprouvé que son auteur est le frère du trop célèbre voyant --, dont Du Verdier donne des extraits en 1585 (pp.732-735), et qui fut immédiatement traduit en italien par Giovanni Giudici dont la version parut la même année chez le même éditeur. [Notons encore un pamphlet publié sous son nom (40 ans après son décès !) : Les predictions des signes et prodiges qu'on a veu ceste presente année 1618 (Lyon, Pierre Roussin, 1618, 30 pp., Folger Shakespeare Library)].


Iehan de Nostre Dame (1508-1577)
121A Les vies des plus celebres et anciens poetes provensaux, qui ont floury du temps des Comtes de Provence
Lyon, Basile Bouquet pour Alexandre Marsilii, 1575, in-8, 136 ff.
[exemplaires à la Mazarine, à Lyon, Oxford, Cambridge, Newcastle, etc.]

En 1552 Nostradamus dédie le second livre de son Traité des Fardements et des Confitures (TFC) à son frère Jean (cf. CN 19), lequel déclare dans sa dédicace à Catherine de Médicis (datée d'Aix, le 1er Juin 1575) que c'est son défunt frère "docteur en Medecine & Astrologie à Salon de Craux" (A2v) qui l'aurait encouragé à écrire ses Vies.

 
Les vies des plus celebres et anciens poetes provensaux Ancelme de Mostier Ancelme de Mostier
 

L'ouvrage s'appuie largement sur les Mémoires de Boniface de Séguiran (ca. 1490-1565 ?, avocat, seigneur de Vauvenargues et de Claps) d'après Haitze, qui note que Jean avait fait de la prison à Aix en 1562 pour ses prises de position jugées trop extrêmes à l'encontre des protestants, en se démarquant parmi des "furieux" (Haitze, Histoire de la ville d'Aix, capitale de la Provence, Aix, Achille Makaire, vol. 2, 1883, p.352). C'est durant ce séjour en prison que ses papiers et sa bibliothèque lui furent dérobés (cf. infra).

Jean y a ajouté du sien : Ancelme, peint sous les traits de son frère Michel, aurait été au service de Robert d'Anjou (1277-1343), roi de Naples et comte de Provence, dont le fils unique Charles (1298-1328), duc de Calabre, est décédé avant lui. Robert d'Anjou était un roi lettré et entretenait une cour d'artistes et de lettrés fréquentée par Pétrarque. Ancelme se consacrait "aux sciences de Mathematique" (i.e. à l'astrologie), aurait prédit au roi "le predecez de Charles son seul fils" (survivant), et "luy feist voir le tout à l'oeil par les reigles de l'Astrologie, & par les Astres menassants." Il "estoit tenu & reputé savant en matiere d'anciennes propheties." (cf. les pages 211-212 de la version française, et aux pages 207-209 de la version italienne). Autrement dit Ancelme aurait été le digne précurseur du frère aîné du conteur. Il aurait même possédé "un anneau fatal faict d'un grand artifice, ayant une merveilleuse vertu, qu'il laissa à sa fille." (cf. l'anneau d'or légué par Nostradamus à son fils César dans le codicille de son Testament : CN 175, CURA, 2002).


121B Le Vite delli piu celebri et antichi primi poeti provenzali che fiorirno nel tempo delli Ré di Napoli, & Conti di Provenza
version Giovanni Giudici, Lyon, [Basile Bouquet pour] Alexandre Marsilii, 1575, in-8, 136 ff.
[exemplaires à Roma, Paris, Aix, Lyon, Munich, Wien, Manchester, etc.]

Une traduction corrigée par Giovanni Mario Crescimbeni (1663-1728) parut à Rome (1710 et 1722) puis à Venise en 1730. Camille Chabaneau et Joseph Anglade firent paraître une édition critique (au sens fort) des Vies de Nostredame à Paris chez Champion en 1913.

C'est le rapport du texte de Jean à l'oeuvre nostradamienne qui nous intéresse présentement, laissant à d'autres l'exposition parfois malveillante des inventions, inconséquences et anachronismes de l'histoire des troubadours. Je l'ai signalé ou suggéré ailleurs : Nostradamus se méfiait de son secrétaire Chevigny comme, par anticipation, de son fils César. En revanche il avait accordé sa confiance à son frère cadet Jean et à sa femme.

Jean donne ainsi un portrait à peine déguisé de Michel Nostredame, peint sous l'anagramme Ancelme ou Anchelm de Mostier (cf. Chabaneau/Anglade, p.99), fils de Iacme (pour Iaques ou Iaume, leur père), au chapitre 63 qui est l'âge auquel est décédé son illustre frère (p.211-212). Il fait aussi allusion à leur frère Bertrand, marié vers 1538 avec Thomine Roux (fille de Jean Roux de Lamanon) sous le nom de "Bertrand de Allamanon" (pp. 24, 60, 168 et 218), "de Lamanon" page 219. César reprend le portrait d'Ancelme dans son Histoire (1614, p.365-366).

Ce patronyme Mostier est familier aux Nostradamus, puisque César déclare être redevable à Etienne du Monstier (c.1540-1603) ou peut-être à son frère cadet, tous deux peintres au service du roi et de Catherine de Médicis, de l'excellence de son trait pictural : "M. de Monstier, au père duquel, l'un des plus dignes personnages de son temps et mon singulier et parfait amy, je dois encore la toute délicatesse de mes crayons et de ma peinture" (Lettre de César à Pierre d'Hozier datée du 3 novembre 1617, in L'entree de la Royne en sa ville de Sallon, Marseille, Librairie Provençale V. Boy, 1855, p.68). Jean a même imaginé un père pour Anselme, au prénom du sien : "Jaume de Moustiers" (BM Carpentras: ms 539 ; cité par Anglade, 1913, p.173). Cette mention est suivie d'une annotation "An climaterique" qui prouve que le chapitre 63 n'a pas été choisi par hasard (sur la théorie numérologico-astrologique des années climatériques, cf. par exemple Claude Saumaise (Salmasius), De annis climactericis et Antiqua Astrologia Diatribae, Leiden, Elzevier, 1648).

 
Le Vite delli piu celebri et antichi primi poeti provenzali Anselmo di Mostieri
 

Je n'ai pas trouvé de rapport numérique évident entre les nombres nostradamiens et la date de 1348 donnée dans le texte des Vies au chapitre de Mostier. Cependant des fragments d'une "Histoire de Provence" manuscrite, attribuée à Jean de Nostredame, couvre les années 1257 à 1348 (Bibliothèque Municipale Inguimbertine de Carpentras, ms 1883, f.81 sq ; signalé par Chomarat dans sa Bibliographie lyonnaise des Nostradamus suivie d'un inventaire des manuscrits relatifs à la famille Nostradamus, Lyon, Centre culturel de Buenc, [1973], [p.19]). Une "Chronique de Provence" manuscrite de Jean, rédigée en français et retouchée par son neveu César, des Mémoires depuis l'an 1080 jusqu'en 1493/4 (BM Carpentras, ms 534-535, anc. 520), a été signalée par Lelong et Fevret de Fontette en 1771 (Bibliothèque historique de la France, Paris, Jean-Thomas Hérissant, 1771, vol.3, n.38066, p.549) et partiellement éditée par Anglade en 1913 (pp.221-259).

L'année 1348 est celle de la peste noire décrite par les chroniqueurs et par Boccace à la préface de son Décaméron, comme le rappelle Nostradamus dans son Almanach pour l'an 1563 à la nouvelle lune d'avril. On retrouve la date probablement cryptée de 1348, à savoir 91 ans (= 13 × 7) pour la durée historique couverte dans l'Histoire manuscrite, à rapprocher des 76 (= 13 + 63) chapitres des Vies. Une étude plus approfondie de ces deux textes (et notamment des trois sources principales du texte, des religieux controuvés comme l'ont montré Anglade et Chabaneau : le Monge de Montmajour [identifié au moine de Montaudon par Karl Bartsch et Paul Meyer, puis Friedrich Diez], le "Moine des Isles d'Or" [une anagramme pour l'érudit et historien calviniste aixois Reimond de Solies], et Sainct Cezari [i.e. Uc de Saint Syr selon Bartsch], respectivement traités aux chapitres 68, 75 et 76) permettrait peut-être de savoir si les anachronismes relevés par la critique dans l'ouvrage imprimé du notaire corrobore ou non l'hypothèse d'un nouveau texte crypté, nonobstant l'invention de Jehan qui déclare que les oeuvres manuscrites de ces trois moines lui "furent desrobez & pris au temps des troubles de 1562" (p.19) ! Jules Raymond Soliers (ca 1530-1594) est l'auteur d'un ouvrage manuscrit partiellement inédit sur la Provence, la Chorographia Provinciae ou les Rerum antiquarum et nobilium Provinciae (BM Méjanes, Aix, ms 758, 66 ff.), signalé par Anglade, et dont une édition partielle est parue en 1615 sous le titre Les Antiquitez de la ville de Marseille (Cologny, Alexandre Pernet, 1615 ; cf. Anglade & Chabaneau, 1913, p.35). Il était l'ami de Jean, et son neveu César de Nostredame déclare en avoir conservé "la memoire et l'imagination assez vive" dans une lettre à Peiresc datée du 3 juin 1628. Les tensions religieuses en 1562 contraignent Soliers, très engagé, à quitter la Provence pour Genève ; il y est accueilli par Philibert Sarrazin, que Nostradamus a fréquenté à Agen dans les années 30 (Gayrard, 2001, p.26-27).

La dédicace à Catherine est remplacée dans la traduction de Giudici, par une dédicace du traducteur à Alberico Cybo Malaspina del Sac (1529-1623), prince de Massa et Carrara. Elle est datée du 24 avril 1575, soit 38 jours avant celle de la version française. Giudici aurait travaillé sur le manuscrit des Vies, et les deux versions auraient été publiées simultanément. Cependant, le 24 avril, c'est le 114e jour de l'année 1575, soit trois fois l'écart séparant les dates des deux préfaces.

Curieusement la lettrine P1x qui figure au début de la préface au roi Henry II dans la première édition Rigaud (X) des Prophéties de Nostradamus (cf. CN 39), apparaît 10 fois dans la version française des Vies, et 9 fois dans la version italienne. La somme des pages concernées dans la version française totalise 1508, qui pourrait être l'année de naissance de Jehan, d'autant plus que quatre pages sont manquantes à partir de la page 185.

 
Pierre Cardenal Pierre Rogier
 
Notons encore, comme une curiosité, la différence de 88 entre les sommes des pages concernées dans les versions française et italienne (pages 73, 97, 117, 123, 130, 162, 177, 182, 202 et 245 versus 83, 118, [24] pour 124, 131, 163, 178, 183, 199 et 241) et la différence de 44, soit la moitié, entre les sommes des chapitres correspondants (numéros 18, 26, 33, 35, 38, 49, 54, 56, 60 et 74 versus 21, 23, 25, 38, 49, 53 pour [54], 56, 60 et 74), peut-être pour souligner le nombre 22, l'autre nombre du Testament de Nostradamus (cf. " CN 176", CURA, 2002).

A la fin du Discours de la vie de Sainct Hermentere, figure une curieuse collection de psaumes à réciter selon l'état d'âme du croyant (confession, prière, louange, etc.), et ordonnés par séries : "Sy vous voulez faire confession de voz pechez et fere penitence, dictez de bon coeur les sept psaumes que je vous diray, les 6, 32, 27, 50, 102, 142. Quand vous voudrez prier Dieu, dictez les psaumes 24, 30, 20, 85, 69, 52, 66, 60, 54, 63. Quand vous voudrez louer sa majesté et randre graces des benefices qu'il vous a faicts, lisez et chantez les psaumes 102, 103. Quand vous serez affligez de tentations humaines et spirituelles qu'il vous semblera estre delaissez de Dieu, dictez les psaumes 2, 63, 68. S'il vous semble estre delaissez en voz tribulations, dictez les psaumes 12, 29, 33, 43, 55, 63, 30 et 70, 102 et 103. Quand vous voudrez exerciter aux louvanges [sic] et mandements de Dieu, 118, et à parler tout à un mot repassez souvent les psaumes du commencement jusques à la fin, et vous y truverez de grandes consolations." (texte collationné par Jacques Roux, notaire royal, et Guillerme Colomb, in Camille Chabaneau, "Vie de Saint Hermentaire", Revue des Langues romanes, T 29, Montpellier, 1886, p.173).

Nolite videre l'édition Pierre Jean Gayrard, Un dragon provençal, Actes Sud, 2001, p.46, modernisée et fautive (vocables inventés, tournures de phrases transformées, coquilles, omissions, etc.). Ce Gayrard, qui s'intéresse plus à l'hagiographie qu'aux Nostredame, qui en est resté pour les Prophéties au texte de Le Pelletier dans sa réédition Jean de Bonnot de 1976 (et croit que les récits de Jean et César concernant Pierre de Sainte-Marie relève du poncif hagiographique, alors que les événements le concernant sont attestés aux Archives d'Arles), a été élevé dans "l'esprit" des disciples français de Brind'Amour, les Prévost, Clébert et al. On relèvera le contresens sur la portée de l'essai de Dumézil qui aurait "vu" que "Nostradamus dans ses Centuries ne prédisait que le passé" (p.13), les données peu fiables et mal assimilées faisant état de la pseudo-découverte de l'acte de baptème d'un Jean de Nostredame, donné pour le "15 février" quand il s'agit du 19 (p.19-20, en ignorant Leroy), ou présentant Madeleine de Nostredame comme la fille de César (p.22), lequel n'a pas eu d'enfants, et surtout la marque affirmée en avant-propos de son hostilité arrogante à toute herméneutique du texte nostradamien : "L'hermétisme de son propos a permis à quelques fines mouches d'y faire inlassablement leur miel et à quelques illuminés d'en tirer prétexte pour leurs dérives sectaires ou criminelles." (p.13). Rien que ça ! Triste outrecuidance animant un texte qui apporte si peu d'éléments nouveaux et pertinents par rapport à l'étude de Chabaneau et Anglade datant de 1913 !

Examinons ces nombres, six séries de 32 nombres au total, soit 26 nombres distincts (2 fois 13), dont deux doublés (30 et 103) et trois triplés (63 et 102) :
- 6, 32, 27, 50, 102, 142
- 24, 30, 20, 85, 69, 52, 66, 60, 54, 63
- 102, 103
- 2, 63, 68
- 12, 29, 33, 43, 55, 63, 30 et 70, 102 et 103
- 118

Notons que ces "sept" psaumes annoncés ne sont que six ... et qu'en retranchant le psaume 6 à la somme de leurs numéros, on obtient le nombre 353, qui est celui des quatrains de la première édition des Prophéties ! Une première coïncidence qui met la puce à l'oreille, là où elle n'était pas attendue ...

La seconde série, i.e. 24, 30, 20, 85, 69, 52, 66, 60, 54 et 63 vaut 523.

L'addition des séries 3, 4 et 6, i.e. les psaumes 102 et 103, 2, 63 et 68, et 118 seul, en omettant les psaumes 102 et 63 déjà mentionnés dans les deux premières séries ainsi que le psaume 2 (ces trois nombres symbolisant les quatrains VII 41-42 et le quatrain latin de l'édition du Rosne de septembre 1557, supprimés dans l'édition de novembre de la même année), vaut 289, c'est-à-dire le nombre de nouveaux quatrains publiés dans la seconde édition des Prophéties, celle d'Antoine du Rosne en septembre 1557.

La cinquième série, i.e. 12, 29, 33, 43, 55, 63, 30, 70, 102 et 103 vaut 540.

Que faire des totaux de ces séries 2 et 5, de dix nombres chacune, dont deux communs aux deux séries : 30 et 63 ? D'abord leur somme, 1063, désigne la miliade de quatrains augmentée du nombre 63, celui-là même choisi (par Jean ?) pour désigner son frère dans les Vies (cf. supra). En outre le nombre 30, le seul à rompre la progression arithmétique dans la série 5, se retranche du total 540, alors que le nombre 63, le dernier de l'autre série à l'ordre aléatoire, doit probablement s'y ajouter : d'où la somme transformée des deux séries valant 523 + 63 + 540 - 30 = 1096. C'est le nombre total de quatrains publiés, c-a-d les 942 quatrains des Prophéties et les 154 quatrains des Almanachs ! (cf. CN 177).

Alors, évidemment, Jean n'est pas l'instigateur, mais le complice de ce passage numérologique du Discours. Il lui aura été "dicté" (comme il est dit au texte pour "dit") par son frère, peut-être au début du mois de juillet 1565, lors d'un séjour de Nostradamus à Aix (cf. lettre 47, Lécureux, p.162). L'année 1540 ne peut être celle de sa rédaction, même si elle veut indiquer la présence de Jean chez les Rascas à cette date. Ce passage du Discours de la vie de Sainct Hermentere, c'est-à-dire le discours d'Hermentaire aux chrétiens les invitant à psalmodier, a été écrit vers 1555-1565, au moment où le dispositif numérologique des quatrains était décidé. Ce nouveau codage (cf. CN 69) n'est qu'une variation en apparence mineure d'un canevas préalablement établi.

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Patrice Guinard: Les Vies de Jean de Nostredame (1575)
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02-02-2010 ; updated 31-07-2018
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