Nostradamica

CORPUS NOSTRADAMUS 176 -- par Patrice Guinard

Les Nombres du Testament comme fil d'Ariane au Corpus nostradamien
 

"Comme il ne reste plus d'autre voie que l'étude sérieuse des faits, le temps doit venir où elle remplacera les contes des adversaires et les vaines explications des commentateurs."
(François Buget, "Études sur Nostradamus", Bulletin du Bibliophile et du Bibliothécaire, 1863)

Pour avancer quelque peu sur la voie de "l'éclaircissement" des quatrains et éviter de faire fausse route, si ce n'est du sur-place, comme ceux qui soutiennent que l'oeuvre du prophète de Salon n'a ni sens ni unité de sens, y compris ceux qui tentent de déstructurer le corpus et d'en déposséder son auteur, il n'est pas de meilleur "remède" que celui proposé par Daniel Ruzo dès 1962, à savoir l'étude du Testament, authentique, de Nostradamus, rédigé deux semaines avant sa mort.

Le paragraphe 25 du Testament (selon ma numérotation, cf. CN 175), nous informe sur la remise, à trois exécuteurs testamentaires, de trois clefs - objet métaphorique et connoté s'il en est -, lesquelles symbolisent d'abord, comme l'a montré Ruzo, les nombres du Testament, à savoir 3, 13 et 22, garde-fous des nostradamistes avertis.

Les 3 clés de décryptage du Testament sont matériellement représentées par les 3 clés ouvrant 3 coffres, remises à 3 exécuteurs testamentaires (Palamède Marcq, Martin Mianson, Jacques Suffren), ainsi que par les 3 types d'objets compris dans l'héritage, à savoir la maison (dont la jouissance est divisée en 3 parts), l'argent, et le mobilier et ustensiles divers, partagés entre 3 héritiers, Anne Ponsarde et ses aînés César et Madeleine.

Le nombre 3 reflète d'abord l'organisation tripartite de l'oeuvre du prophète de Salon, d'abord bien entendu les 3 éditions successives des Prophéties (1555, 1557 et 1558), mais aussi les 3 "épîtres" en prose éclairant directement le corpus prophétique, à savoir l'épître à son fils César (qu'il soit son héritier légitime ou son fils spirituel), l'épître au roi Henry, et le Testament, signalé comme la "troisième épître" (cf. CN 175), et encore plus largement les 3 séries de textes publiés par Nostradamus de son vivant, à savoir les Almanachs annuels, les Prophéties "centuriques", et les autres textes et écrits annexes en prose, comme la traduction versifiée de l' Orus Apollo, le Traité des Fardements et des Confitures, la Paraphrase de C. Galen sus l'exortation de Menodote, ou encore Les Significations de l'Eclipse, lesquels sont tous des textes codés à des degrés divers.

Ces trois clés sont données 3 fois, dans les quatrains (par exemple en XII.4, le quatrain aux 13 F figurant au Janus de Chavigny), dans le présent Testament, et dans les 3 chronologies exposées dans l'épître à Henry et dans l'Almanach pour 1566 ; elles sont données de 3 manières (dans le texte des quatrains, par le nombre et les numéros des quatrains, par la pagination des éditions successives des Prophéties) ; elles ont 3 fonctions (le nombre et le choix des quatrains du corpus, à savoir 1130 (cf. CN 169), l'agencement et l'ordre de succession de ces quatrains grâce à des procédés numérologiques de chiffrement, et peut-être la localisation du corpus ou "trésor".
 

Les Nombres 13 et 22 du Testament

Le nombre 13 est indiqué assez curieusement par Nostradamus, à l'ouverture du texte par les 13 pauvres, ni plus ni moins, auxquels il ordonne de remettre une aumône après sa mort. Il y a 13 destinataires et bénéficiaires du donateur, soit 2 institutions religieuses, à savoir l'église du couvent de Saint Françoys (4 cierges d'une livre chacun) et la chapelle de Nostredame des pénitents blancs (1 écu), et 11 personnes ou groupes de personnes physiques : les 13 pauvres pris collectivement (6 sous chacun), les frères de l'Observance de Saint-Pierre (1 écu), les frères mineurs du couvent de Sainct Françoys (2 écus), Madeleine Besaudin, ses trois filles Madeleine, Anne et Diane, sa femme Anne Ponsarde, et ses trois fils César, Charles et André.

13 personnes particularisées apparaissent nommément comme bénéficiaires ou engagées dans la mise en application du Testament, soit les 2 protagonistes (le notaire Roche et Nostradamus lui-même), et 11 autres, à savoir Madeleine Besaudin, Anne Ponsarde, César, Charles, André, Madeleine, Anne et Diane Nostradamus, Palamides Marcq, Jacques Suffren et Martin Mianson (Testament, 22 & 25).

Il y a 13 témoins testamentaires, soit 11 témoins présents une fois, et 2 témoins présents aux deux actes (le notaire Joseph Roche et le trésorier Jean Allegret). Parmi ces 13 témoins, 11 ont signé l'un ou l'autre des documents (Jehan Allegret et le notaire les ont signé tous deux), et 2 ne les ont pas signés déclarant ne savoir écrire, à savoir Joseph Raynaud et Jehan Giraud (des noms inventés ?), dont on ne sait rien (Testament, 26 & Codicille, 31). Il y a encore 13 signatures au total dans les deux actes, 8 dans le Testament et 5 dans le Codicille (hormis le signum du notaire), dont 11 différentes et 2 répétées (celles de Nostradamus et de Jehan Allegret).

Ci-suit une liste des noms cités aux Testament et Codicille, notaire, témoins et exécuteurs testamentaires :

Joseph Roche, notaire, assesseur des consuls en 1560 (Gimon, p.222)
Jehan Allegret, trésorier
Joseph Raynaud (peut-être un fils issu du 1er mariage d'Antoinette Arnaud, la belle-mère de Nostradamus : cf. CN 131)
Martin Mianson (ou Miausson ?), consul
Pallamides Marcq de Chasteauneuf (Palamède Marck), noble, consul de Salon en 1554, assesseur en 1563 (Gimon p.238), ami de Nostradamus (César, Histoire, p.775)
Arnaud Barthésard Damysane (Balthazar Damizano ou de Damian), noble, consul de Salon en 1565 (Gimon, p.246)
Jaumet Viguier (Jacques de Viguier)
Vidal de Vidal, gardien du couvent Saint-François à Salon, confesseur de Nostradamus (Gimon, p.248) ?
Jehan Giraud de Bessonne
Guilhaume Giraud
Anthoine Paris, docteur en médecine
Guilhen Heyraud, apothicaire
Gervais Bérard, chirurgien à Salon
Jacques Suffren, bourgeois, consul de Salon (absent des actes)

Les biens mobiliers et immobiliers de l'héritage se répartissent en 13 groupes : la maison (léguée à César), la grande caisse, la petite caisse, le lit et ses accessoires, les pièces de toile, les pièces d'étain, les outres pour le vin, et la pille carrée de la cave (7 items légués à sa femme), la coupe en argent doré, l'astrolabe et l'anneau d'or (3 items laissés à César, qui ne s'intéressera pas à l'astrologie/philie de son père), les deux coffres en noyer avec leur contenu (hérités par sa fille Madeleine). Cependant ni les coffres avec leurs trois clefs (symbole du véritable héritage, c'est-à-dire de l'oeuvre prophétique), ni les livres et la correspondance ne seront attribués à un héritier particulier. On remarquera aussi l'absence du siège d'airain mentionné au premier quatrain des Prophéties ...

Comme le remarque Ruzo qui exclut la maison de son décompte (p.33), les pièces de toile sont au nombre de 22 (6 draps, 4 serviettes, 12 serviettes de table) ainsi que les pièces d'étain (6 plats, 6 assiettes, 6 bols, 2 pichets, 1 aiguière, 1 salière), mais aussi les pièces restantes, si l'on inclut dans le décompte les 3 coffres non explicitement attribués, les 7 pièces qui accompagnent le lit, et les 3 outres pour le vin, comptées individuellement (cf. Ruzo, p.33). Autrement dit, et pour s'en tenir aux biens mobiliers, Nostradamus aurait légué 3 séries de 22 objets.

Les héritiers ou groupes d'héritiers qui reçoivent des sommes d'argent sont aussi au nombre de 22, soit les 13 pauvres individualisés, les frères de l'observance, les frères mineurs, Magdeleine Besaudin, ses 3 filles, sa femme Anne Ponsarde, ses fils Charles et André. César ne reçoit pas d'argent mais le véritable héritage, comprenant en particulier la maison avec les 3 coffres et leurs 3 clés symboliques, outre l'oeuvre prophétique qui lui est apparemment adressée (cf. L'épître à César, 1555).

Les types de monnaies que Nostradamus déclare avoir en sa possession, sont au nombre de 13 : nobles à la rose, ducats, angelots, vieux écus, lions d'or, écu du roi Louis, médaille d'or, florins d'Allemagne, impériales, marionnettes, écus sol, écus pistoles, portugaises.

Les nombres 13 et 22 sont attestés par une ingénieuse mise en page du Testament ... grâce à un notaire complice qui aura accompli lui-même les dernières volontés quelque peu extravagantes du testateur. En effet 13 jours séparent la rédaction du Testament de celle de son Codicille (17 juin - 30 juin), et dans le fonds 375 E 2 (Giraud) des notaires de Salon, le texte du Testament et du Codicille est soigneusement recopié au registre 676 (folios 507 recto à 512 recto et folios 523 verso et 524 recto), et y apparaît sur un total de 13 pages, soit 11 pages pour le Testament et 2 pages pour le Codicille, avec 22 pages vierges intermédiaires. Au registre 675 (non folioté mais signé), les actes figurent sur 12 et 2 pages après 10 pages blanches intermédiaires (cf. infra). On retrouve le découpage précédemment observé dans le document, à savoir 13 = 11 + 2, et aussi 22 = 11 × 2. L'ensemble de ces éléments ne peut être dû au hasard, ou au labeur de quelque faussaire éclairé. Ils ont été orchestrés par Nostradamus afin de laisser quelques indices collatéraux quant à l'organisation de son oeuvre prophétique.

Ils expliquent le caractère hermétique du Testament et ses singularités autrement inexplicables : Pourquoi l'existence d'un codicille en apparence anodin et inutile, treize jours après la rédacteur de l'acte principal ? Pourquoi l'énumération minutieuse d'ustensiles de cuisine et de pièces textiles alors que les livres et documents qui sont le premier matériau de l'activité du prophète ne sont pas même mentionnés ? Pourquoi convoquer pour le codicille des témoins différents pour la plupart que ceux admis à la lecture du testament ? Pourquoi confier une des clés à un personnage absent des deux actes ?

D'autres nombres sont à prendre en compte, comme l'a fait Ruzo: ceux des pièces d'or qui constituent la fortune léguée par le prophète. Là encore Nostradamus a su prendre toutes les dispositions adéquates avant son décès, et l'organisation des pièces de monnaie constitue un autre pan du codage de son corpus, auquel je consacrerai une prochaine étude (cf. CN 177). Ruzo a fait l'observation liminaire (p.36), évidente, celle qui met la puce à l'oreille, pour ceux qui ont le toucher délicat, à savoir que la somme des ducats simples, au nombre de 101, et des double ducats – à doubler! - au nombre de 126, correspondent aux 353 quatrains de la première édition des Prophéties.
 

Les Chiffres du Testament et le Nombre de quatrains des Centuries

Pour m'en tenir aux trois nombres, à savoir 3, 13 et 22, je dirai qu'ils indiquent d'abord, de manière évidente, le nombre de quatrains publiés dans les 3 éditions successives des Prophéties, qui sont :


Que faire avec les nombres du Testament, 13 et 22, lesquels avec 31 (le troisième nombre, caché, dont je me suis servi pour la numérotation des paragraphes du document), déclinent les possibilités combinatoires du nombre 4 ?

La somme des carrés des deux nombres est égale à celle des quatrains des première et troisième séries, à savoir:
(13 × 13) + (22 × 22) = 653,
soit 353 (Qs de l'édition 1) + 300 (nouveaux Qs de l'édition 3)

Le produit des deux nombres égale le nombre de quatrains de la deuxième série :
(13 × 22) = 286 (nouveaux Qs de l'édition 2B),
ou encore (13 × 22) + 3 = 289 (nouveaux Qs de l'édition 2A)

Il en résulte que la seconde série d'éditions (Lyon, Antoine du Rosne, 1557), dont l'authenticité a été contestée (principalement en raison du fait que le tirage à 642 quatrains aurait précédé chronologiquement celui à 639 quatrains), trouve dans ce dispositif sa justification. On ira même plus loin en remarquant que l'écart entre les dates d'achevé d'imprimer des deux tirages de cette série, probablement contemporains, à savoir les 3 novembre et 6 septembre 1557, sont espacées de 58 jours, exactement égaux aux 58 quatrains prétendument "manquants" à la septième centurie (cf. CN 168).

Nous retrouvons ainsi, à l'aide d'opérations triviales et cohérentes, les 939 ou 942 quatrains attestés par les éditions successives des Prophéties. En conséquence, il est inutile de spéculer en vain et naïvement sur d'hypothétiques éditions perdues, "à la milliade de quatrains", lesquelles ne sauraient cadrer avec la superstructure numérique organisée par le prophète de Salon dans son Testament. Il faut entendre autrement (et notamment ainsi que je l'explique au CN 159) l'indication de Nostradamus figurant dans son Épître à Henry.
 

Confirmation des séries "centuriques" par les nombres de Turrel/Roussat

Le Periode de Turrel (f.A4r) propose quatre périodes auxquelles le destin du monde serait suspendu :
"ET sera ce petit livret en cinq pusilles parties [divisé], La premiere, monstrera la conjecture de la fin du monde, & dernier Periode, par le mouvement des deux petitz cercles qui se feront & accompliront en sept mil ans par le premier point du signe de Aries & Libra, fiches [fichés] au firmament alentours des premiers points Daries [d'Aries] & Libra du neufviesme ciel, faisant quatre stations, dont environ la fin de la primiere, vint le deluge universel. A la secunde la perdition des Egiptiens en la mer erithree qu'on appelle Rouge. A la troisiesme la perdition des Iuifz, faicte par Vaspasian & Titus son filz empereur[s] des Romains. A la quatriesme, la pardition de tout le monde.
LA seconde particule, monstrera la fin du monde par le mouvement & gouvernement des sept planettes qu'on dit estoilles errantes, dont chascune par fois [sic] meine le monde l'espace de trois cens cinquantes sept ans [sic : pour 354] quatre mois, ainsi qu'escript Abrahan avenaza [sic] libro rationum.
LA troisiesme particule, sera de la triplicite des planettes & de la parmutation d'icelle, d'une triplicite es aultres : qui se faict environ l'espace de deux cens quarante ans.
LA quatriesme particule, monstrera icelle fin & Periode par les dix revolutions de Saturne qui se font & acomplissent environ l'espace de trois cens ans."


En voici le texte dans la version plagiée de Roussat (p.34-35) :
"Quant au present opuscule & traicté, il sera divisé en quatre parties: dont la premiere monstrera la conjecture de la fin du Monde, & derniere Periode, par le mouvement de deux petitz Cercles, qui se feront & acompliront en sept mil ans, par le premier poinct du signe d'Aries & Libra, fiché & posé au firmament, à l'entour des premiers poincts d'Aries & Libra du neufieme Ciel, faisant quatre stations: dont, environ la fin de la premiere, vint le deluge universel: à la seconde, la perdition des Egyptiens en la mer Erithree, qu'on appelle Rouge: à la troysieme, la perdition des Juifz, faicte par Vespasian & Titus son filz, Empereurs des Rommains: à la quatrieme, la perdition de l'universel, ou la plus part, ou grandes alterations, immutations, & changemens, pour le moins, se feront en cestuy universel Monde: delaissant toutefoys le tout à determiner & juger à la divine clemence & bonté, comme à celle qui seule peut à telz effectz & influences resister.
LA SECONDE PARTICULE declairera & monstrera la fin du Monde par le mouvement & gouvernement des sept Planetes qu'on dit estoilles errantes: dont chascune par soy gouverne & meine le Monde l'espace de troys cens cinquante quatre ans, & quatre moys [357 ans 4 mois par erreur chez Turrel], ainsi que descrit Abraam Avenara,
Libro Rationum, au penultime Chapitre d'iceluy.
LA TROYSIEME PARTICULE sera de la triplicité des Planetes & de la permutation d'icelles d'une triplicité en aultre: qui se faict environ l'espace de deux cens quarante ans.
LA QUATRIEME PARTICULE monstrera icelle fin & derniere Periode, par les dix revolutions de Saturne: qui se font & acomplissent environ l'espace de troys cens ans."

 

     
 

Les nombres annuels de Turrel, 7000, 354, 240 et 300, ont aussi été utilisés pour coder l'organisation des quatrains centuriques. Rappelons qu'un codage ne fonctionne jamais avec une seule clé : il y a toujours une clé référentielle, une clé effective, et souvent aussi une clé annexe.

La clé effective est constituée des trois nombres du Testament, découverts par Ruzo, et ayant servi à coder le nombre des quatrains centuriques (comme ne l'a pas vu Ruzo), auxquels s'ajoute probablement un quatrième. Et, comme mentionné précédemment, le nombre 4, représentant numérique du quatrain, est à lire comme suit : 4, c'est 1 + 3 (13), c'est 2 + 2 (22), c'est aussi 3 + 1 (31).

La clé référentielle, ce sont les quatre périodes étudiées par Roussat, après Turrel, Ibn Ezra et Albumasar, dans les quatre parties de son ouvrage qui annonce "la fin du Monde estre prochaine".

La période de sept mille ans, très tôt repérée par les exégètes, a évidemment trait à la fin de la prophétie, clairement au début des années 2240, comme l'ont remarqué nombre d'interprètes. On la retrouve aussi bien dans les quatrains que dans les préfaces, par exemple :

au septiesme nombre de mille qui paracheve le tout, nous approchant du huictiesme (Épître à César)

Vingt ans du regne de la lune passés // Sept mil ans autre tiendra sa monarchie (Prophéties, quatrain I.48.a-b)

passant outre bien loing jusques à l'advenement qui sera apres au commencement du septiesme millenaire profondement supputé (Épître à Henry)
 

Les trois autres nombres de Turrel/Roussat (354, 240, 300) sont à rapporter aux trois éditions successives des Centuries, et dans le même ordre (353, 286/289, 300).

Il y a un décalage d'une unité entre la première de ces périodes (354) et le nombre de quatrains (353) de la première série de quatrains, décalage d'une unité (représentée par l'énigmatique quatrain latin, repris de l'italien Pietro Riccio, alias Petrus Crinitus, comme l'a observé Pierre Brind'Amour) qu'on retrouve dans la deuxième livraison de quatrains au décompte des six premières centuries (599/600), c'est-à-dire des deux séries idéales de 300 quatrains.

Mais ce n'est peut-être pas le cycle lunaire de Turrel/Roussat (354 ans), cycle symbolique sans fondement astronomique, qu'utilise Nostradamus, mais un cycle réel, astronomique, celui des révolutions saturniennes ! En effet 29,457 ans × 12 = 353,484 ans (plus proche de 353 que de 354) ! Et les 942 quatrains des Prophéties, soit 353 à la première édition et 589 nouveaux quatrains dans les suivantes, respectivement divisés par 12 et 20, nous ramènent tous deux et assez précisément à la période saturnienne, à savoir : 353 / 12 = 29,4166 et 589 / 20 = 29,45 ! Le cycle saturnien (lié au nombre 353) pourrait occulter un second degré de chiffrement des dates données par Nostradamus dans sa préface à César (les années 2065 et 2242, cf. CN 33, n.33-34). Le grand cycle traditionnel des 21 périodes de 354 ans et 4 mois (soit 7441 ans, de 5200 BC environ à l'an 2242) ne serait chez Nostradamus que de 7413 ans (353 × 21), raccourcissant le temps de 28 ans sur la durée du cycle total et ramenant la fin de la prophétie à l'année 2213 environ (soulignant les Nombres du Testament 22 et 13), au lieu de 2242, et l'anaragonique révolution en 2037, au lieu de 2065.

Il y a un décalage de 46 unités entre la deuxième période (240) et le nombre de nouveaux quatrains (286) de la deuxième série, décalage qu'on retrouve en soustrayant de 400 (4 centuries de quatrains), le nombre de la première période (354).

Ces 240 sont encore les quatrains à ajouter, toujours à 400, pour atteindre le dernier quatrain numéroté de l'édition 2B, à savoir "le 640e", c'est-à-dire le quatrain 40 de la septième centurie. Autrement dit, les 46 quatrains manquants au premier nombre (354) pour atteindre 4 centaines, sont rajoutés par Nostradamus au deuxième nombre (240) de Roussat dans le deuxième lot de quatrains. Le décalage d'une unité entre le premier nombre et le premier lot de quatrains est représenté par le quatrain latin, auquel Nostradamus ajoute 2 quatrains dans l'édition 2A, afin que la totalité des quatrains publiés de son vivant dans les 3 moutures des Prophéties reste divisible par 3. Par conséquent la référence aux périodes de Turrel/Roussat explique le décalage de 3 (= 1 + 2) quatrains entre les éditions 2A et 2B, lequel n'a cessé jusqu'à présent d'intriguer les commentateurs.

Ainsi Nostradamus a astucieusement combiné triade et tétrade pour construire ses trois séries de 300 quatrains "plus ou moins", c'est-à-dire ses trois séries moyennes de 314 quatrains.

On a encore : 353 - 314 (édition 1) = (13 × 3) ; 314 - 289 (édition 2A) = (13 × 2) – 1 ; 314 - 300 (édition 3) = (13 × 1) + 1
Et accessoirement : 314 - 286 (édition 2B) = (14 × 2) ; 314 - 300 (édition 3) = (14 × 1)

On retrouve une structure similaire et les mêmes substitutions des nombres 1 et 3, déjà observées dans mon étude consacrée "aux planètes trans-saturniennes" et marquées par les multiplicateurs 3 et 1 s'appliquant respectivement aux éditions 1 et 3, dont le nombre de quatrains sont ainsi logiquement additionnés dans l'équation mettant en jeu les nombres 13 et 22.

On notera aussi que dans la pagination du texte du Testament et du Codicille au registre 675 du notaire Roche, ébauche du registre 676, 10 pages vierges (5 folios) séparent les 12 pages du Testament des 2 pages du Codicille, ce qui implique une substitution des nombres 10 et 14 aux nombres 13 et 22, selon la même opération effectuée précédemment, et confirme le nombre destiné, à savoir 314 ou (3 × 10 × 10) + 14, à la tierce partie du corpus centurique.

Ces nombres 10 et 14 se rapportent aussi aux Présages, autrement dit aux quatrains des Almanachs, dont le nombre a été, pendant quatre siècles, de 141 dans les éditions successives de l'oeuvre de Nostradamus, en réalité de 140 si l'on exclut le quatrain apocryphe de Chavigny (le quatrain numéro 2), avant la redécouverte, récente, du Recueil des Presages prosaiques de M. Michel de Nostradame, manuscrit composé par le même Chavigny et achevé en 1589, portant le nombre des présages authentiques à 154 (voir l'ouvrage indispensable de Bernard Chevignard, Présages de Nostradamus, Paris, Le Seuil, 1999). De manière évidente, on observe les équivalences 140 = (14 × 10) et 154 = (14 × 10) + 14.

Ainsi le Testament de Nostradamus indique de manière assez claire le nombre des quatrains connus, à savoir 1096, mensuels (154) et centuriques (942), contenus dans l'oeuvre prophétique. Est-ce à dire que le nombre de quatrains prophétiques à prendre en considération dans le corpus doivent se limiter à ce décompte? Je ne le crois pas, et les chiffres du Testament, et notamment ceux se rapportant aux pièces d'or, donnent bien d'autres indications, lesquelles seront développées dans un prochain article.

Note : Ce texte, paru au CURA en septembre 2002, a ensuite été publié dans la revue Atlantis (N° 412, 1er trimestre 2003, p.59-67). Il est intégré au Corpus Nostradamus le 11 novembre 2013.
 

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