CORPUS NOSTRADAMUS 80 -- par Patrice Guinard
 

Les éditions Chevillot des Prophéties (c.1611-1620)
 

Les éditions troyennes du XVIIe siècle réorganisent le contenu des Prophéties en ajoutant au corpus des dix centuries, devenu classique depuis les éditions Benoist Rigaud datées de 1568, certains quatrains figurant dans les éditions ligueuses parisiennes, le fameux supplément dit de Sève constitué d'une préface à Henry IV et de sizains controuvés, prétendument écrits par Nostradamus, et, selon les éditions, les quatrains issus des almanachs et pris dans le Janus de Chavigny, et occasionnellement le Recueil des Prophéties et Révelations dont une version parisienne avait été imprimée en 1561, et une autre prétendument à Venise en 1575 par l'imposteur Nostradamus dit le Jeune. Elles s'organisent donc en trois ou quatre parties principales, au lieu des deux habituelles. Il s'agit donc d'éditions hétéroclites, composites et fourre-tout, qui ont fait fortune par leur nombre, leur diffusion, et leur influence sur les éditions ultérieures.

Les éditions Chevillot, qui seraient les premières à avoir été imprimées à Troyes, sont relativement peu fiables bien que largement utilisées par la plupart des interprètes : Brind'Amour et un Roger Prévost, peu familiarisés avec la recherche sur les différentes éditions des Prophéties, les privilégient encore, dans les années 1990, via une version tardive trouvée dans une réédition supposée datant de 1866 !

Pierre Chevillot, libraire-imprimeur parisien à partir de 1578, prend le parti du roi Henri IV contre la Ligue, quitte Paris où ses biens sont saisis pour s'installer à Troyes en 1594, l'année du sacre du roi à Chartres. Il devient imprimeur royal jusqu'à sa mort vers 1635 (cf. notamment Louis Morin (Une imprimerie troyenne trois fois séculaire. Pierre Chevillot et ses successeurs, Troyes, 1899), Renouard (Les marques typographiques parisiennes des XVe et XVIe siècles, Paris, H. Champion, 1926), Renouard 1965 p.83, et Pallier 1975).

Les éditions Chevillot ont été imprimées continûment, vraisemblablement durant les années 1610-1620, après l'assassinat de Henry IV le 14 mai 1610. La période de troubles et d'instabilité, qui s'ouvre avec la régence de Marie de Médicis, aura permis à l'éditeur troyen de transformer le corpus centurique, jusqu'alors stable et contrôlé sous le règne de Henry IV, et représenté par les éditions des fils Rigaud associés puis de Pierre Rigaud, lesquelles héritent des versions Benoist Rigaud parues à partir de 1568.

Elles s'organisent en deux ou trois livres comprenant trois ou quatre parties selon les cas. On en connaît au moins quatre versions, difficiles à identifier en raison de la confusion des bibliographies existantes. Je ne mentionnerai, à deux exceptions près, que les exemplaires accessibles dans les bibliothèques françaises, mais que je n'ai pas tous consultés. Il peut donc subsister quelques erreurs de référencement. Les éditions Chevillot sont signalées par différents catalogues de vente anciens, parmi lesquels :

  > CAT Bigot, 1706
  > CAT Boissier, 1725
  > CAT Esclimont, 1753
  > CAT La Vallière, 1784
  > CAT Hemey d'Auberive, 1816
  > CAT Châteaugiron, 1827
  > CAT Cayrol, 1861
  > CAT Luzarche, 1868
  > CAT Desbarreaux-Bernard, 1879
  > CAT Le Comte Riant, 1899

Note 14.07.2016. La datation des éditions Chevillot est délicate, voire indécidable. Elles ont vraisemblablement été imprimées entre 1610 et 1620 après la mort d'Henri IV. Mais dans quel ordre ? Plus que pour d'autres éditions, j'avoue quelques hésitations concernant leur ordre de parution, notamment les deux principales, mes éditions initialement dénommées C1 et C3. J'inverse la succession donnée en novembre 2007, et reviens à l'ordre initialement proposé par Klinckowstroem en 1913 : C0 (sans le Recueil), C1 et C2 (Klinckowstroem 20, avec 42 quatrains à la centurie VII, l'inversion RPOPHETIES au second frontispice, une foliotation séparée pour les deux livres, et l'adjonction du "Recueil des Propheties et Revelations"), puis C3 (exemplaire Ruzo, n°55), et C4 (Klinckowstroem 21 "wahrscheinlich bald nach 1611", avec 39 quatrains à la centurie VII, la correction PROPHETIES au second frontispice, une foliotation continue pour les deux livres, sans le Recueil). Ce qui me convainc, ce sont surtout les mentions nouvelles ajoutées aux titres des deux livres aux éditions C4 et C5 : "Trouvez en une Biblioteque delaissez par l'Autheur" ("Bibliotecque" chez Klinckowstroem) et "où il se recongnoist le passé, & l'advenir". Si ces éditions aux mentions controuvées avaient paru avant les autres, il me semble qu'elles auraient été maintenues dans les suivantes. Pour une comparaison entre les éditions présentées sur cette page, cf. ce supplément : Les éditions Chevillot 1611-1617 en images.



[Chevillot C0] vers 1611 ?

[I] Les Propheties. Dont il y en à [sic] trois cens qui n'ont encores jamais esté imprimees. Adjoustees de nouveau par ledict Autheur.
[II] Les Rpopheties. [sic] Centuries VIII. IX. X. Qui n'ont encores jamais esté imprimees.
 [contenant le supplément dit de Sève, i.e. les Predictions admirables, pour les ans courans en ce siecle]
Troyes, Pierre Chevillot, s.d. [1611 ?], in-8, 64 + 48 ff.


Chevillot, C0, ca.1611, centurie VII Chevillot, C0, ca.1611, supplément de Sève Chevillot, C0, ca.1611, centuries XI, XII
 

Cette édition hypothétique aurait été imprimée en 1611 parallèlement au Recueil imprimé séparément à la même date. On trouve un exemplaire de cette édition (105 x 168 mm) dans la bibliothèque de Mario Gregorio, lequel a les caractéristiques suivantes : foliotation séparée aux deux premiers livres des Prophéties et 42 quatrains à la centurie VII. Les pages de titre ont été endommagées : elle est manquante au second livre, et celle du second livre (avec "RPOPHETIES" au titre) est mise au début du premier livre. La préface à César est manquante hormis la dernière page. Cet exemplaire est défectueux ou reconstitué, mais il est logique d'admettre une édition des Prophéties indépendante du Recueil, imprimé séparément en 1611 (Barbier, Dictionnaire IV, 1879, c.107). Le Recueil, qui date de 1561 (cf. CN 136), n'est qu'un faire-valoir aux Prophéties, et l'inversion RPOPHETIES pourrait être volontaire et faire référence au Recueil : R(ecueil)P(r)OPHETIES, autrement dit Propheties avec Recueil (cf. les éditions suivantes C1 et C2).


Composition de cette édition :
(I)  - f. 1r : frontispice (vignette écusson)
      - f. 1v : blanc
      - ff. 2r-7r : préface à César
      - ff. 7v-64r : quatrains I 1 à VII 42 (+ quatrains additionnels = nn. 73, 80, 81, 82 et 83 de l'édition Roffet de 1588 sous la mention "AVTRES PROPHETIES cy devant imprimeés [sic] soubz la Centurie septiesme")
      - f. 64v : blanc
(II) - f. 1r : frontispice (vignette écusson)
      - f. 1v : blanc
      - ff. 2r-10r : préface à Henry II
      - ff. 10v-37v : centuries VIII à X (+ les 6 quatrains controuvés de l'édition Roffet 1588, insérés après la centurie VIII sous la mention "Autres cy devant imprimées soubz la Centurie huictiesme", et un quatrain additionnel X 101)
      - ff. 38r-39r : Predictions admirables (titre) et préface à Henry IV (de Vincent Sève)
      - ff. 39v-46v : 58 sizains
      - ff. 47r-48r : centuries XI et XII (12 quatrains pris dans le Janus de Chavigny, à l'exception de XII 56)
      - f. 48v : blanc



[Chevillot C1 et C2] vers 1612 et 1613 ?

[I] Les Propheties. Dont il y en à [sic] trois cens qui n'ont encores jamais esté imprimees. Adjoustees de nouveau par ledict Autheur.
[II] Les Rpopheties. [sic] Centuries VIII. IX. X. Qui n'ont encores jamais esté imprimees.
 [contenant le supplément dit de Sève, i.e. les Predictions admirables, pour les ans courans en ce siecle]
Troyes, Pierre Chevillot, s.d. [1612-1613 ?], in-8, 64 + 48 ff.

[III] Recueil des Propheties et Revelations, tant anciennes que modernes.
Contenant un sommaire des revelations de saincte Brigide, S. Cyrille, & plusieurs autres Saincts & religieux personnages : nouvellement reveuës & corrigees.
Et de nouveau augmentees outre les precedentes impressions.
Troyes, Pierre Chevillot, 1611 [1612-1613 ?], in-8, 64 ff.
 
> Bareste, 1840, pp.257-259
> Graesse 4, 1863, p.689 (d'après CAT Asher)
> Caillet 3, 1912, n.8072
> Klinckowstroem, 1913, n.20
> Parker, 1920, p.139
> CAT Price, 1929, p.414
> Ruzo, 1975, n.53 (1630 ?)
> Chomarat, 1989, n.176
> Benazra, 1990, n.39
> CAT Ruzo-Swann, 23 Avril 2007, n.37 (vendu 840 $)
> CAT Swann, 08 Nov. 2007, n.241 (vendu 570 $)


° BM Troyes: 206.I-III Carteron
° BM Troyes: g.8.66/74 fds Mitantier
° BM Châlons-en-Champagne: Gt 12269
° BnF, Paris: Ye.7367-7369 (B. Royale: Y 4623 ; ordre inversé des 3 parties)
° Arsenal, Paris: 8° S 14341
° Arsenal, Paris: 8° S 14342
° BM Rennes: 52318(1-2)-52319
° BM Cherbourg: 2633 (in-12)
° BM Le Mans: SA 8° 3538
° BM Marseille: 14217/1
° Harvard UL, Cambridge: FC5 N8425P 1611
° exemplaire de Klinckowstroem (109 x 170 mm) ⇒ collection de Harry Price ⇒ University of London
 



Le contenu et les caractéristiques des éditions C1 et C2 sont identiques à la précédente, lui ajoutant le Recueil imprimé en foliotation et pagination séparées. Le quatrain latin (VI 100) n'est pas numéroté. On relève de nombreuses erreurs de pagination et de foliotation. La vignette des pages de titre représente un écusson royal aux armes doubles de Henry IV, rehaussé, sauf dans la troisième partie, de la devise de son prédécesseur Henry III : Manet ultima caelo ("la dernière se trouve au ciel", i.e. "la dernière récompense, ou couronne, m'attend au ciel). Les éditions Chevillot se veulent des éditions synthétiques rassemblant les caractéristiques et le contenu des éditions antérieures. Et aucune autre édition ne contient la formule exacte "il y en à [sic] trois cens".

Composition de ces éditions :
(I)  identique à C0
(II) identique à C0
(III)- f. 1r : frontispice (vignette écusson)
      - f. 1v : sonnet
      - ff. 2r-4v : préface au lecteur
      - ff. 5r-62v : texte en 60 chapitres
      - ff. 62v-64v : table des matières
 



[Chevillot C1] vers 1612 ?


° exemplaire de Ruzo, vente Avr. 2007 (110 x 176 mm) ⇒ Bibliothèque de Mario Gregorio (Swann 04-2007 ; portrait tardif rajouté au verso de la page de titre)
° exemplaire de Ruzo, vente Nov. 2007 (113 x 176 mm) ⇒ Bibliothèque de Mario Gregorio (Swann 11-2007)





[Chevillot C2] vers 1613 ? ° BM Lyon: B 509836 (140 x 167 mm) : livre 1, livre 2, livre 3

Cette édition se distingue de la précédente par l'ajout double de la mention "Commençans en l'Année mil six cens" au supplément de Sève (f.38r et f.39v).


Chevillot, C1, ca.1612, supplément de Sève Chevillot, C1, ca.1612, supplément de Sève Chevillot, C2, ca.1613, supplément de Sève Chevillot, C2, ca.1613, supplément de Sève
 

[Chevillot C3] vers 1615 ?

[I] Les Propheties. Dont il y en a trois cens qui n'ont encores jamais esté imprimees, Trouvez [sic] en une Biblioteque delaissez [sic] par l'Autheur.
[II] Les Propheties. Dont il y en a trois cens qui n'ont esté imprimees, où il se recongnoist le passé, & l'advenir
 [contenant le supplément dit de Sève, i.e. les Predictions admirables, pour les ans courans en ce siecle]
Troyes, Pierre Chevillot, s.d. [1615 ?], in-8, 64 + 48 ff.
 
> Ruzo, 1975, n.55, p.362-363 (1630 ?)
> Chomarat, 1989, n.174 (d'après Ruzo)

Cette édition, dont le seul exemplaire signalé appartenait à la bibliothèque de Ruzo (110 x 175 mm), conserve une foliotation séparée pour les deux livres des Prophéties. Elle corrige la mention "PROPHETIES" au frontispice du second livre, ne contient pas le Recueil, mais présente de nouvelles mentions aux deux pages de titre et probablement une vignette nouvelle à la seconde. Hormis l'absence du Recueil et les deux nouvelles pages de titre, son contenu semble identique à celui des éditions précédentes d'après la description qu'en donne Ruzo.



[Chevillot C4] vers 1617 ?

[I] Les Propheties. Dont il y en a trois cens qui n'ont encores jamais esté imprimees, Trouvez [sic] en une Biblioteque delaissez [sic] par l'Autheur.
[II] Les Propheties. Dont il y en a trois cens qui n'ont esté imprimees, où il se recongnoist le passé, & l'advenir
 [contenant le supplément dit de Sève, i.e. les Predictions admirables, pour les ans courans en ce siecle]
Troyes, Pierre Chevillot, s.d. [1617 ?], in-8, 112 ff.
 
> Klinckowstroem, 1913, n.21
> Parker, 1920, p.139
> Chomarat, 1989, n.177
> Benazra, 1990, n.40


° BM Troyes: 207.I-II Carteron
° BM Troyes: 714 Bibli. Bleue
° BM Amiens: SA 2537 A
° BM Châlons-en-Champagne: AF 10143
° BM Auxerre: D 1293
° BM Lyon: B 511975
° BnF, Paris: Ye.7365-7366
° British Museum, London: 8610.a.29
° Rutgers UL, New Jersey: BF1815.N8A2 1611
° Boston Public Library ("corans" p.123v !)
 
 
Prophéties, Pierre Chevillot, s.d. [1617 ?], 1 Prophéties, Pierre Chevillot, s.d. [1617 ?], 2 Prophéties, Chevillot, Predictions admirables

 

Cette édition, comme la précédente, contient de nouvelles mentions aux deux pages de titre, la première étant peut-être supposée se rapporter aux 58 sizains, "Trouvez en une Biblioteque [et] delaissez par l'Autheur". En effet l'accord de "Trouvez" après "Propheties" implique que l'imprimeur pensait aux sizains rajoutés et non aux "prophéties" mentionnées. La vignette du second livre, représentant en son centre un soleil à seize rayons, est similaire à celle de la Prenostication annuelle avecques une question astrologale pour l'an 1517 de Guillaume Amours (Rouen, Jean du Moulin, [1516], in-4, BL London: 1608/615 ; cf. Perrat, 1953, p.64).

Elle ne contient pas le Recueil des Prophéties et Révelations, et se distingue de toutes les autres par une icocographie réduite (bandeaux et lettrines en début de centuries, une foliotation continue pour les deux parties (avec la numérotation 85 au folio 63), par un supplément de Sève qui comprend en 122r la mention modifiée "Commençant en l'Année mil six cens", et en 123v la mention fautive "Cnmmençans [sic] en l'Annee mil six cens" succédant au titre "pour les ans corans [sic] en ce siecle", par l'absence des cinq quatrains additionnels après la Centurie VII, et par l'impression de 39 quatrains à la Centurie VII au lieu de 42 (numérotés de I à XXXIX). Ce sont les quatrains VII 30, 32 et 34 qui sont manquants, et non les quatrains VII 40, 41 et 42.

Ce dispositif à 42 et 39 quatrains à la centurie VII, pourrait avoir pris en compte la parution des éditions parisiennes Pierre II Ménier, parues un peu avant elles, respectivement en 1610 et 1612. Il est même probable que les 5 quatrains ajoutés à la centurie VII et les 6 quatrains ajoutés à la centurie VIII ont été empruntés à ces éditions parisiennes, parues juste après l'assassinat de Henry IV, -- le fils Ménier ayant profité d'une politique incertaine pour réimprimer les versions trafiquées de son père parues vingt ans plus tôt (cf. CN 65).

Composition de cette édition :
(I)  - f. 1r : frontispice (vignette écusson)
      - f. 1v : blanc
      - ff. 2r-9v : préface à César
      - ff. 10r-63v : quatrains I 1 à VII 39 (folio 63 numéroté 85)
(II) - f. 86r : frontispice (vignette Soleil)
      - f. 86v : blanc
      - ff. 87r-94r : préface à Henry II
      - ff. 94v-121v : centuries VIII à X (+ les 6 quatrains controuvés de l'édition Roffet 1588, insérés après la centurie VIII sous la mention "Autre [sic] cy devant imprimées soubz la Centurie huictiesme", et un quatrain additionnel X 101)
      - ff. 122r-123r : Predictions admirables (titre) et préface à Henry IV (de Vincent Sève)
      - ff. 123v-130v : 58 sizains
      - ff. 131r-132r : centuries XI et XII (12 quatrains pris dans le Janus de Chavigny, à l'exception de XII 56)
      - f. [133] : blanc
 
Une autre "édition Chevillot" a été réimprimée vers 1866 chez Delarue à Paris, et a été rééditée à Nice (chez Belisane) en 1981 sous le titre "Les vraies Centuries et Prophéties" ! L'éditeur parisien précise qu'il s'agit d'un "fac-similé typographique", mais une pagination moderne a remplacé la foliotation initiale, l'inversion "RPOPHETIES" a été corrigée, les bandeaux ont été changés, et au Recueil succède des "Prophéties perpétuelles" du charlatan Thomas-Joseph Moult qui sévissait au XVIIIe siècle. Autrement dit, cette prétendue édition Chevillot reste plus que suspecte.




Le quatrain additionnel, numéroté "X CI" [X 101] au folio 37v.

"Quand le fourcheu sera soustenu de deux paux,
Avec six demy cors, & six sizeaux ouvers :
Le trespuissant Seigneur, heritier des crapaux,
Alors subjuguera, sous soy tout l'univers."


Le quatrain annonce pour 1660 (le fourchu V, soutenu par deux pals, des I, soit M, auquel s'ajoutent C C C C C C et X X X X X X) la suprématie de l'héritier du trône, le futur Louis XIII, qui n'avait que neuf ans à la mort de son père. Mais Louis XIII décédera assez tôt, en 1643, précisément le même jour que lui. Comme le rapporte Étienne Tabourot (lointain précurseur de l'OuLiPo de François Le Lionnais et de Raymond Queneau), le quatrain du "fourchu" semble provenir d'un imposteur sévissant dans les années 1570, peut-être Nostradamus dit le Jeune, Crespin Archidamus ou Coloni : "Il y a quelque temps qu'un Charlatam [sic] feignit trouver ceste prophetie par notes qui exprimoyent l'an 1570.

Quand un fourchu assis dessus deux paux
Suivront cinq corps & sept cieux [sic] ouverts
Lors on verra le grand Roy des Crapaux
Domter chacun & regir l'univers.

C'est un V sur deux I, cinq corps font cinq C, sept ciseaux ouverts sont sept X qui sont en telle forme representez." (in Les bigarrures du seigneur Des Accordz, Paris, Jehan Richer, 1583, pp.194-195).

Crespin, dans la seconde édition de ses Propheties dediees à la puissance Divine (1572 ; cf. CN 142), semble critiquer ce charlatan : "par un grand fourchu soustenu par deux paux suivant cinq corps & ses ciseaux ouvers, apres ce temps l'heritier de crapaux mettra les trois couronnes à l'envers 1572 passé ledict temps." (f. B3r).

1660 c'est aussi l'année du mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d'Autriche, plus exactement le 9 juin 1660 à Saint-Jean-de-Luz. Brind'Amour (1996, p.547, 1660EB), dont la compréhension bibliographique n'est pas le fort, date son édition "Bellecour" (qui n'est que l'une des cinq ou six éditions datées de 1605) de l'année 1660 à ce prétexte, semblant ignorer que le quatrain du Fourchu est déjà présent dans une quinzaine d'éditions avant la parution des éditions dites de "1605", et notamment dans les éditions troyennes Chevillot et Du Ruau et les lyonnaises Jean Didier, François La Bottière, Jean (III) Huguetan, Claude Castellard, "Pierre Marniolles" et Estienne Tantillon (cf. CN 120) !

En 1614, soit au moment de l'insertion du quatrain controuvé dans les éditions Chevillot, l'historien Baptiste Legrain en donne une version différente : il aurait été trouvé dans une édition des Centuries et se rapporterait à la conversion du roi Henry IV et à la défaite des ligueurs, autrement dit à l'année 1593, "neuf cizeaux ouverts" plus "trois paux" : "quand nous aurons veu les Estats de la Ligue reduicts en fumée, pour accomplir la Centurie qui couroit lors, en ces vers que l'on a trouvé ez Centuries de Nostradamus." (in Decade contenant la vie et gestes de Henry le Grand, Roy de France et de Navarre, IIII du Nom, Paris, Imprimerie de Jean Laquehay, 1614, p.268).

Lors qu'un fourchu appuyé de deux paux,
Et l'Arc tendu, & neuf cizeaux ouverts,
Trois paux suyvis : le grand Roy des Crapaux,
Ses ennemis mettra Iuz à l'envers.

 

 

La version Legrain du quatrain et son explication sont recopiées par Scipion Dupleix dans son Histoire de Henry le Grand IV du nom, Roy de France et de Navarre (Paris, Claude Sonnius, 1632, p.208 ; 1633, p.144 ; cité par Giffre de Rechac, 1656, p.74) :

Lors qu'un fourchu appuyé sur deux paux,
Et l'arc tendu, & neuf ciseaux ouvers,
Trois paux suyvis, le grand Roy des crapaux
Ses ennemis mettra jus à l'envers.


L'origine du quatrain est à rechercher dans les "Fanfreluches antidotées" au second chapitre du Gargantua de Rabelais, dans lesquelles il visait l'année 1515 (les "troys culz de marmite" valant trois petits v) et les plaisirs et galanteries de François Ier (cf. Buget, 1860, p.1710, et Benazra, 1989, pp.158-159).

"Mais l'an viendra signé d'un arc turquoys
De V fuseaulx et troys culz de marmite
Onquel le dos d'un roy trop peu courtoys
Poyvré sera soubz un habit d'hermite." (Gargantua, éd. Huchon, 1994, p.13)

D'autres quatrains inventés, parfois prétendument "retrouvés" dans les Prophéties de Nostradamus, circulaient sous le règne d'Henri IV, comme le rapporte le Journal de Pierre de L'Estoile ou un Pierre Matthieu qui rapporte qu'on "avoit fait courir par Paris des vers de la Samaritaine du pont neuf à l'imitation des Centuries de Nostradamus, qui parloit [sic] clairement de la mort du Roy." (in Histoire de la mort deplorable de Henry IIII Roy de France et de Navarre, Veuve M. Guillemot & S. Thiboust, 1611 ; 1913, p.52).
 

Le supplément de Vincent Sève
 
PREDICTIONS ADMIRABLES, POUR LES ANS COURANS en ce siecle.
Recueillies des Memoires de feu Maistre Michel Nostradamus, vivant Medecin du Roy Charles IX & l'un des plus excellens Astronomes qui furent jamais.
Presenté au tres grand Invincible & tres clement Prince Henry IIII vivant Roy de France & de Navarre.
Par Vincent Seve de Beaucaire en Languedoc, des le 19 Mars 1605 au Chasteau de Chantilly, maison de Monseigneur le Connestable.

SIRE,
Ayant (y a quelques années) recouvert certaines Propheties ou Pronostications, faictes par feu Michel Nostradamus, des mains d'un nommé Henry Nostradamus neveu dudit Michel, qu'il me donna avant mourir, & par moy tenuës en secret jusques à present, & veu qu'elles traictoient des affaires de vostre Estat, & particulierement de vostre personne, & de vos successeurs, recogneu que j'ay la verité de plusieurs sixains advenus de point en point comme vous pourrez veoir, SIRE, si vostre Majesté y ouvre tant soit peu ses yeux, & y trouveront des choses dignes d'admiration, j'ay pris la hardiesse (moy indigne) vous les presenter transcrits en ce petit Livret, non moins digne & admirable que les autres deux Livres qu'il fit, dont le dernier finit en l'an mil cinq cens nonante sept, traictant de ce qui adviendra en se siecle, non si obscurement comme il avoit fait les premieres. Mais par Aenigmes, & les choses si specifiées & claires, qu'on peult seurement juger de quelque chose estant advenuë, désireux que vostre Majesté en eust la cognoissance premier que nul autre, m'acquittant par ce moyen de mon devoir, comme l'un de vos tres-obeyssant & fidelle subject, qu'il vous plaira aggréer, SIRE, Consideré que ce m'estoit le plus grand bien qui me sçauroit jamais arriver, esperant avec l'ayde du tout Puissant me ressentir de vostre debonnaire clemence, comme vostre bonté a accoustumé faire, obligeant par tel moyen, non le corps d'un vostre fidelle subject ja destiné à vostre service, SIRE, Mais bien l'ame qui continuera de prier pour la santé & prosperité de vostre digne Majesté, & des deppendans d'icelle comme celuy qui vous est, & sera à jamais,

S I R E, Vostre tres-humble, tres-obeyssant & fidelle serviteur & subject, De vostre Ville de Beaucaire en Languedoc. SEVE.

 
Il s'agit d'un texte aux propos controuvés. Dans les familles des frères et de la soeur de Nostradamus, et notamment parmi les enfants de Bertrand et Antoine, on ne connaît aucun Henry (cf. CN 131). On mettra encore en 1675 au nom de ce neveu controuvé des observations astrologiques supposées tirées des "éphémérides" de Nostradamus pour son neveu : Osservationi astrologiche sopra l'anno 1675. Cavate dall' Effemeridi famosissime di Nostr'Adamo francese per il Sig. Henrico suo nipote (Verona, Giovanni Battista Merlo, 1 fol. ; copie à Genova, Biblioteca Berio: Fondo Torre m.r.D.IV.4.27).

Une mention au titre de l'épître laisse entendre que la préface de Sève a été rédigée après la mort du roi Henry IV, et non avant comme l'ont supposé certains interprètes, car il faut lire de la même manière : "Nostradamus, [lorsqu'il était encore] vivant Medecin du Roy Charles IX" et "Henry IIII [lorsqu'il était encore] vivant Roy de France & de Navarre". Autrement dit, les éditions Chevillot seraient les premières à consigner le dit supplément de sizains, et non l'édition dite de 1605 qui est vraisemblablement une édition beaucoup plus tardive.

L'expression "ayant recouvert" est fréquente à partir du début du XVIIe siècle, notamment pour les ouvrages susceptibles d'être confisqués par la censure (cf. par exemple dans les éditions qui suivent) :
- de François Béroalde de Verville (1556-1626), Le Voyage des Princes Fortunez, Oeuvre steganographique, Paris, Claude de La Tour, 1610 (le texte est dit "receuilli par Beroalde" au titre) : "Nostre bien aymé Claude Guerin dict la Tour marchand libraire en l'université de Paris, Nous a faict remonstrer qu'il a recouvert un livre intitulé, Le Voyage des Princes Fortunez : Composé par Beroalde de Verville, que ledict exposant voudroit imprimer, mais il craint qu'apres l'avoir exposé en vente, autres Libraires & Imprimeurs de cestuy nostre Royaume le voulussent semblablement Imprimer ou suscitassent les estrangers à ce faire ..."
- de Jean Ogier de Gombauld (1576-1666), L'Endimion, Paris, Nicolas Buon, 1624 (des problèmes de censure sont évoqués dans l'avis au lecteur) : "Nostre bien aymé Nicolas Buon, Marchand Libraire en nostre Ville de Paris, nous a fait remonstrer qu'il a recouvert un livre intitulé l'Endymion, composé par le sieur de Gombauld, pour l'embellissement duquel, & pour satisfaire au desir de la Reyne ..."
- de Lope de Vega (1562-1635), Les Délices de la vie pastorale de l'Arcadie, traduit par L. S. L. (Nicolas Lancelot), Lyon, Pierre Rigaud & Associez, 1624 (il s'agit d'une traduction anonyme de l'Arcadia de Lope) : "Pierre Rigaud, marchand-libraire de notre ville de Lyon, nous a fait humblement démontrer qu'avec grands frais et travaux, il aurait recouvert un livre intitulé Les Délices de la Vie Pastorale ..."
- de Marie-Madeleine de La Fayette (1634-1693), La Princesse de Montpensier, Paris, Charles de Sercy, 1662 (le privilège accordé à Courbé le 27 juillet 1662, est cédé à Thomas Jolly et Louis Billaine, associés à de Sercy selon l'acte du 19 août 1662) : "Nostre amé [sic] AUGUSTIN COURBÉ, Marchand Libraire de nostre bonne Ville de Paris, Nous a fait remonstrer qu'il auroit recouvert un Livre, intitulé La Princesse de Monpensier, lequel il desireroit faire imprimer ; mais craignant que quelque Libraire, ou autres envieux de son travail, ne voulussent luy contrefaire, & l'imprimer ..."

Une précaution verbale similaire figure déjà dans le privilège de la première édition des Prophéties (Macé Bonhomme, 1555) recopié par celui accordé aux pseudo-Prophéties de Couillard parues l'année suivante : "Macé Bonhomme (...) ha dict avoir recouvert certain livre ... qu'il feroit voluntiers imprimer ..." et "Jehan Dallier & Antoine le Clerc (...) auroyent recouvert certaine copie (...) qu'ilz feroyent voluntiers imprimer ..."

Nostradamus, Prophéties, 1555, privilège Couillard, Prophéties, 1556, privilège

 

Le Procès, éxamen, confessions et négations (1610)


On trouve une intéressante pièce annexée au sixième volume des Mémoires de Condé (édition de 1743) : il s'agit du Procès, éxamen, confessions et négations, du meschant & éxécrable Parricide François Ravaillac, sur la mort de Henri-le-Grand ; & ce qui l'a faict entreprendre ce malheureux Acte. L'édition parisienne (1610 ou 1611, in-8) est signalée par Brunet dans son Manuel (tome 3, 1814, n.12446, p.74). Ce témoignage atteste qu'en 1610 on faisait la distinction entre les deux principales productions nostradamiennes, ses Almanachs et ses Prophéties, et que le dit supplément de Sève (invention d'un certain Morgard) était perçu, avant même son impression à Troyes par Pierre Chevillot vers 1611, notamment en Provence, comme une escroquerie.

"Voici ce que M. Bertault, Evesque de Sées, en a escrit en son Discours funebre. "Nul n'ignore maintenant, que ce Malheur ne lui fust énigmatiquement prédit [l'assassinat d'Henri IV], & par l'Inspection de son particulier Horoscope, & par quelques feintes Centuries, presque au mesme Temps qu'il est arrivé." (...) // Bref, les prémiers Jours d'après la Mort du Roy, les Curieux recherchoient tout ce qu'avoient dit les Almanachs, & les Centuries de Nostradamus, Pesellus, & Camerarius, en ses Centuries, les Vers Latins d'un Rossolanus, Médecin, commençans, Lucia qui Lucis contulit Auspicia, &, d'autres Centuries toutes nouvelles de Nostradamus, qu'on assuroit avoir esté monstrées au Roy peu avant sa Mort [le supplément dit de Sève], & une infinité de petits Discours. (...) Car, pour les Almanachs, ceux, qui les impriment, & qui font les Prédictions, recherchent seulement les vieux Almanachs du Temps passé, &, ayant racommodé la Calendrier & les Lunes, (ce qu'ils font encores la pluspart du temps mal, pour ce que beaucoup n'y entendent rien), donnent leurs Rapsodies au Public. Ceux, qui voudront esprouver cecy, n'ont qu'à prendre les Almanachs de Morgar, de Florent de Crox, de Billy, & autres imprimez en ceste Année : & trouveront, qu'il n'y a que le Nom de changé, & sont tous pareils, parlant d'un Vieillard, qui doit mourir au Mois de May ; & sont tous imprimez par un mesme Imprimeur. L'Hazard de ce Mot de Vieillard, rencontré en ce Mois, leur a fait vendre toutes leurs Impressions, & les Curieux les ont pris pour Prophéties. Quant aux Centuries de // Nostradamus, je seray tousjours de l'Opinion de Du Verdier en sa Bibliotheque, & que ce ne sont que pures Resveries." (p.255-257). L'auteur raconte ensuite qu'un malheureux procureur de Provence, pour avoir ramené de Paris à Aix une copie des "Centuries" controuvées de Morgard, et pour les avoir diffusées autour de lui, fut condamné aux galères par le parlement d'Aix (p.257).

Procès, éxamen, confessions et négations Procès, éxamen, confessions et négations, p.255-6 Procès, éxamen, confessions et négations, p.257

Ce témoignage est attesté en 1610 dans Le Mercure françois, ou Suitte de l'histoire de la paix (Paris, Jean Richer, 1611, privilège du 29 nov. 1610) : "Bref, les premiers jours d'apres la mort du Roy [Henri IV] , les Curieux recherchoient tout ce qu'avoient dit les Almanachs, & les Centuries de Nostradamus ; Pesellus, & Camerarius en ses Centuries ; Les vers Latins d'un Rossolanus Medecin, commençans, Lucia qui lucis contulit auspicia etc. d'autres Centuries toutes nouvelles de Nostradamus, qu'on asseuroit avoir esté monstrees au Roy peu avant sa mort [les fameux sizains] ; & une infinité de petits discours." (p.436). Il est encore rappelé en 1789 : "Le Mercure françois, en rendant compte de ce funeste événement [la mort d'Henri IV], dit que quelques jours après, les curieux rechercherent les centuries de Nostradamus, celles de Pesellus & de Camerarius, & les vers latins du médecin Rossolanus, pour voir si la mort de ce grand roi n'y avoit pas été annoncée ; il ajoute que les almanachs de Morgar , de Florent, de Crox [Florent de Crox], de Billy, & autres imprimés en 1610, firent mention d'un vieillard qui devoit mourir au mois de mai." (L'esprit des journaux françois et étrangers, Paris, veuve Valade, tome 5, mai 1789, p.270).



Le modèle des éditions Chevillot

Contrairement à ce qu'on peut lire sur certaines pages fantaisistes postées sur internet, les éditions Chevillot ne s'appuient pas sur les éditions Benoist Rigaud datées de 1568, mais sur l'édition des héritiers Rigaud de 1598 et sur la première édition imprimée par Pierre Rigaud vers 1601. La mise en pages des centuries dans les éditions Chevillot suivent celle des éditions lyonnaises des héritiers Rigaud (c.1598) et de Pierre Rigaud (c.1601 et 1603), et non celles de Benoist Rigaud.
 
Prophéties, héritiers Rigaud, s.d. [c.1598], vers VIII 96-D Prophéties, Pierre Rigaud, s.d. [c.1601], vers VIII 96-D
Prophéties, Pierre Rigaud, s.d. [c.1603], vers VIII 96-D Prophéties, Pierre Chevillot, s.d. [c.1615], vers VIII 96-D

 

Prenons encore l'exemple du quatrain IX.3 (version X de Benoist Rigaud, 1568) et comparons les versions de diverses éditions ultérieures.

La magna vaqua à Ravenne grand trouble,
Conduictz par quinze enserres à Fornase
A Romme naistre deux monstres à teste double
Sang, feu, deluge, les plux grans à l'espase.

A = Benoist Rigaud, "1568" [c.1571]
B = Benoist Rigaud, "1568" [c.1572]
C = Benoist Rigaud, "1568" [c.1574]
J = Jacques Rousseau, Cahors, 1590
H = héritiers Rigaud, s.d. [c.1598]
P1 = Pierre Rigaud, s.d. [c.1601] = Ruzo, n.33
P2 = Pierre Rigaud, s.d. [c.1603] = Ruzo, n.34
C3 = Pierre Chevillot, s.d. [c.1615] = Ruzo, n.53

Variantes :
vers 2 : C - H - P1 - P2 - C3: Conduicts
vers 2 : A - B - C - H - P1 - P2 - C3: enserrez
vers 3 : C - J - H - P1 - P2 - C3: Rome
vers 3 : B - H - P1 - P2 - C3: naistra
vers 3 : P2: testes
vers 4 : A - B - C - J - H - P1 - P2 - C3: plus
vers 4 : A - B - C - H - P1 - P2: grands, C3: grand

L'édition de Cahors est la plus respectueuse de la première édition de Benoist Rigaud, l'édition X (enserres, grans), comme je l'avais déjà signalé (cf. CORPUS NOSTRADAMUS 71). L'édition B de Benoist Rigaud introduit malencontreusement un futur (naistra) au vers 3, qui rompt le rythme décasyllabique du quatrain. Nostradamus pratiquait l'élision du -e- muet à la césure, caractéristique de la césure dite épique ou féminine. L'édition des fils Rigaud hérite des modifications des éditions B et C (Conduits, Rome, et surtout naistra), lesquelles n'apparaissent simultanément dans aucune des éditions Rigaud datées de 1568. C'est sur cette édition qu'est établie la première édition Pierre Rigaud, et c'est sur ces éditions (héritiers Rigaud et Pierre Rigaud 1) que s'appuie le texte des éditions Chevillot, autrement dit sur les versions déjà fautives et imprimées vers 1598 et 1601, auxquelles il ajoute ses propres erreurs (grand) !
 
 

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