CORPUS NOSTRADAMUS 26 -- par Patrice Guinard
 

Authenticité de la première édition des Prophéties
(à travers l'étude de l'appareil iconographique des éditions Macé Bonhomme)
 

Cette étude, parue sur le site de Robert Benazra le 1er janvier 2005 (étude 135 du Ramkat, http://ramkat.free.fr/nguin3.html) et rééditée au CURA le 1er novembre de la même année dans une version améliorée, rejoint désormais le Dictionnaire Nostradamus, conjointement à sa jumelle, relative aux marques typographiques des éditions Antoine du Rosne de 1557 (CURA, Juillet 2006).
 

L'imprimeur et libraire Macé ou Mathieu Bonhomme a édité un bon nombre d'ouvrages ornés de frises et d'encadrements, illustrés de gravures et de belles lettrines en ouverture du texte, matériel iconographique dû en partie aux dessinateurs Pierre Vase et Georges Reverdi. L'essentiel de son activité se situe à Lyon dans les années 50. Suite à un conflit dans les milieux de l'imprimerie lyonnaise, il quitte la capitale de l'imprimerie pour s'installer à Vienne, au sud de Lyon, et y restera un peu plus d'une année. En 1548, il s'associe avec Guillaume Rouillé, l'éditeur de Richard Roussat, et partage avec lui plusieurs éditions dont les fameux Emblèmes d'Alciat. En 1542 il ouvre un dépôt de livres à Avignon, puis un atelier d'imprimerie en 1552, qui seront tenus par son frère cadet Barthélémy jusqu'à sa mort en 1557 (Baudrier 10, p.185-86, Pansier 2, p.109-10). Ce dernier imprime notamment en 1555 une traduction des oeuvres de Pétrarque par Vaisquin Philieul de Carpentras.


Je m'intéresserai principalement dans cette étude à la description de l'appareil iconographique des ouvrages imprimés à Lyon par Macé Bonhomme en relation avec les tampons et marques d'imprimerie de la première édition des Prophéties de Nostradamus, celle de 1555, tels qu'ils apparaissent dans la copie conservée par la médiathèque d'Albi (ex bibliothèque Rochegude), et dans celle de la bibliothèque de Vienne en Autriche.


L'ouvrage comprend 48 folios, dont 91 pages sont imprimées. Les différentes sections de l'ouvrage, non paginé, s'ordonnent comme suit:

- folio A1r frontispice (p.1)
- folio A1v privilège (p.2)
- folios A2r-B4v préface sur 14 pages (p.3-16)
- folios a1r-c3r centurie 1 sur 21 pages (p.17-37)
- folios c3v-f1v centurie 2 sur 21 pages (p.38-58)
- folios f2r-h4r centurie 3 sur 21 pages (p.59-79)
- folios h4v-k2r centurie 4 sur 12 pages (p.80-91)
- folios k2v-k4v blancs (5 pages)
 

Les pièces iconographiques sont les suivantes:

- fleuron 1 et vignette (astrologue-érudit à sa table de travail) en page 1
- bandeau 1 et lettrine T au début de la préface (p.3)
- bandeau 2, fleuron 2 et lettrine E au début de la centurie 1 (p.17)
- fleuron 3 (inversé) à la fin de la centurie 1 (p.37)
- bandeau 2, fleuron 2 et lettrine V au début de la centurie 2 (p.38)
- fleuron 3 à la fin de la centurie 2 (p.58)
- bandeau 2 et lettrine A au début de la centurie 3. Absence de fleuron. (p.59)
- fleuron 3 à la fin de la centurie 3 (p.79)
- bandeau 2, fleuron 2 et lettrine C au début de la centurie 4 (p.80)
- fleuron 3 à la fin de la centurie 4 (p.91)
 

La copie de Vienne présente quelques différences:

- fleuron 4 à la fin de la centurie 1 (p.37)
- fleuron 4 à la fin de la centurie 2 (p.58)
- bandeau 2 inversé au début de la centurie 3 (p.59)
 

L'appareil iconographique comprend donc au total 1 vignette, 2 bandeaux, 3 ou 4 fleurons, 5 lettrines.


 

 

 

 

Ces marques d'imprimerie figurent dans des ouvrages parus chez Macé Bonhomme entre 1552 et 1560, et par exemple dans les ouvrages suivants:


 

La plupart de ces traités, à l'exception des ouvrages de Bacon, appartiennent à la florissante littérature emblématique, avec gravure et pièce latine ou française versifiée, selon la version, suivies éventuellement d'un commentaire philosophique ou moral. L'enseignement se divulguait à la Renaissance, par le texte aussi bien que par l'image, et par morceaux (cf. mon étude "Le système de codage de l'Orus Apollo (1541)", CURA, 2005).
 

La vignette des Prophéties (1555) est propre aux ouvrages de Nostradamus. Elle s'inspire de la Prognostication nouvelle pour l'an 1555, mais sans l'encadrement zodiacal. On la retrouve en 1557 dans la Paraphrase de Galien et dans l'édition Antoine du Rosne des Prophéties (copie de la bibliothèque d'Utrecht).
 

 

Les deux bandeaux sont présents dans l'ouvrage de Boussuet (1557). Le premier figure dans L'enfer de Jean Des Coles (1555) et à l'index du Pegma de Coustau (1555). Il est parfois accompagné du deuxième petit fleuron qu'on retrouve aussi dans Le miroir d'Alquimie de Roger Bacon (1557). Quant au petit fleuron du frontispice, on le découvre, inversé, dans l'ouvrage d'Alfonso Ferri (1553), à moins que ce ne soit dans les Prophéties qu'il ait été retourné, mais à l'endroit dans la traduction d'Ovide (1556), et aussi dans les Noelz et chansons de Nicolas Martin (Macé Bonhomme, 1556, p.65 et p.95).

On retrouve le bandeau 1, mais inversé, au feuillet B1 recto d'un ouvrage imprimé à Lyon vers 1587 (chez Benoist Rigaud), les Lettres envoyees à Messire François de Vergy de Jean Richard, Président d'Artois, et aussi au recto du feuillet *2 du Cartel aux Iudiciaires et Celoteurs Astrologues de l'avocat mâconnais Jacques Mollan (Lyon, Jean Stratius, 1585).
 

 

 

Les lettrines T et A figurent aux Epistres de Guevara, la lettrine C chez Ferri (1553), la lettrine V dans La morosophie de La Perrière (1553). On trouve encore la lettrine A dans l'ouvrage de Roger Bacon, De l'admirable pouvoir et puissance de l'art, imprimé à part des autres livres du Miroir d'Alquimie en 1557. Ces lettrines proviennent d'alphabets dessinés par Georges Reverdi pour les imprimeurs Thibaud Payen et Macé Bonhomme. (cf. Baudrier, Bibliographie lyonnaise, vol. 10, 1913, p.198).

Un N appartenant à la même série inaugure un "advertissement aux lecteurs" en page 3 de La Tricarite plus qelqes [sic] chants, an faveur de pluzieurs damoêzelles de Claude de Taillemont, imprimée pour le libraire lyonnais Jean Temporal en 1556. La lettre ornée E apparaît encore au premier volume du Speculum astrologiae, universam mathematicam scientiam de Francesco Giuntini (Lyon, Filippo Tinghi & Symphorien Beraud, 1583, f. †2r).
 

Le fleuron 3 figure à la page 86 de l'ouvrage d'Antoine Mizauld, Planetologia, rebus astronomicis, medicis, et philosophicis, imprimé par Macé Bonhomme en 1551. Les fleurons 3 et 4 figurent dans les versions latine et française de l'ouvrage de Barthélemy Aneau (1552), le fleuron 3 en pages 63 et 130 de l'Imagination poetique et, par exemple, aux folios D5r et F5r de la Picta poesis (ou encore en B3 verso et D7 recto de l'édition Pesnot du même ouvrage imprimé par Bonhomme en 1564), et le fleuron 4 aux folios A4v, C2r, C5r, E7v, G4v, etc, de l'édition latine de 1552. La multiplication des fleurons de toutes sortes en bas de page montre que l'imprimeur, en 1552, ne lésinait pas sur l'encrage. On trouve encore le fleuron 3 dans l'ouvrage de Guevara (1558) et dans Les considerations des quatre mondes du toulousain La Perrière (1552), mais inversé comme à la fin de la centurie 1 des Prophéties (copie d'Albi). Ces fleurons figurent aussi dans le Pegma de Pierre Coustau (1555), le fleuron 3, une dizaine de fois et parfois inversé, aux folios a7v, B4r, D1v, G6v, H3v, etc, et le fleuron 4 aux folios B7r, D5r, etc. On les retrouve encore en 1560 dans la traduction française de l'ouvrage par Lanteaume de Romieu, pour le fleuron 4 aux folios E6r (p.75), G2r, O1v, etc, mais pas aux mêmes emplacements que dans la version latine.
 

 

Note 30/11/2006 : On pourra désormais compléter mon recensement de Janvier 2005, pour certains de ces ouvrages, en consultant la base de données iconographiques (lettrines, vignettes, etc), récemment mise en place sur le site des Bibliothèques Virtuelles Humanistes, http://193.52.215.194/index.htm -- comme quoi le CURA (c'est-à-dire moi-même, seul, sans subvention d'aucune sorte, sans aide, sans moyens techniques, et souvent sans reconnaissance), reste à la pointe de la recherche ! ...
 

Henri Baudrier (1815-1884) recense l'édition Macé Bonhomme de 1555, mais il semble qu'il ne l'ait pas consultée, comme en témoigne l'absence de marques de séparation des différentes lignes du titre, contrairement à de nombreux autres ouvrages de son catalogue. Il mentionne deux copies perdues, celle de la Mazarine et celle d'Orléans, et s'appuie sur le Manuel de Jacques Brunet et sur Antoine Péricaud (1841). Baudrier signale aussi une édition d'Avignon qui aurait été publiée par Pierre Roux en 1555, d'après une mention sise à la fin de l'édition d'Anvers de 1590, parue en pleine crise ligueuse. Klinckowstroem (1913), Ruzo (1975) et Benazra (1990) reprendront cette hypothèse douteuse.

Dans sa Morosophie (1553), dédicacée à Antoine de Bourbon, le toulousain Guillaume de La Perrière (1499-1554) écrit : "j'ay autresfoys usé à l'autre Centurie d'Emblemes, que pieça je dediay à la feu Royne de Navarre" (f B1r). Il se réfère à son ouvrage, Le Theatre des bons engins, auquel sont contenuz cent Emblemes moraulx, le premier livre d'emblèmes en français, paru à Paris en 1539 (chez Denys Janot), réédité à Lyon par Denis de Harsy vers 1540, puis par Jean de Tournes en 1545, 1546, 1547, 1549 et 1553. Et dans son premier ouvrage imprimé par Macé Bonhomme (1552), Les considerations des quatre mondes, à savoir est : Divin, Angelique, Celeste, & Sensible : comprinses en quatre Centuries de quatrains, Contenans la Cresme de Divine & humaine Philosophie, la mention de "centurie" apparaît dans le titre et dans les différentes sections de l'ouvrage. Il est probable que cet antécédent ait conduit Macé Bonhomme, le premier éditeur des Prophéties, à faire de même pour l'ouvrage de Nostradamus.
 

L'ouvrage comprend 429 quatrains, décasyllabiques et à rimes croisées comme aux Prophéties, diverses autres pièces versifiées et plusieurs préfaces. L'achevé d'imprimer est daté du 4 novembre 1552. Les encadrements ont été gravés sur bois par Guiraud Agret, et le privilège, en date du 11 août 1551, est aussi accordé aux libraires toulousains Jean Moulnier et Jean Perrin, pour une durée de dix ans. La hiérarchie des quatre mondes de La Perrière est assez banale (mondes invisibles: divin et angélique ; mondes visibles: céleste et sensible, lesquels correspondent au modèle aristotélicien), comme le sont ses quatrains. Pas de quoi en faire un "modèle" pour Nostradamus.

Une caractéristique remarquée de l'édition Bonhomme de 1555, au contraire de toutes les éditions postérieures, du moins au XVIe siècle, est sa numérotation des quatrains en nombres arabes. Elle atteste de la modernité de l'imprimeur qui utilise le même procédé pour la numérotation des cent quatrains de La morosophie (1553) de La Perrière.

Un autre protagoniste de cette édition pourrait être l'ami et correcteur de l'éditeur, Barthélemy Aneau (c.1505-1561), édité par Bonhomme en 1552, et qui traite aussi de "centuries" dans un ouvrage paru en 1549: les Decades de la description, forme, et vertu naturelle des animaulx, tant raisonnables, que Brutz (Lyon, Balthazar Arnoullet). Aneau confie son vaste projet à la fin de sa préface: "Lesquelles Decades, si nous voyons qu'elles soyent agreables, & bien receues: nous faisons foy par la presente epistre qu'elles multiplieront & croistront: de Decades en Centuries, de Centuries en Chiliades, de Chiliades par aventure en Myriades, Dieu aydant, qui nous doint grace de bien commancer, mieulx poursuyvre, & tres-bien achever." (fol. A3v)

Toujours dans sa Morosophie, La Perrière emploie le terme "carmina" pour désigner ses quatrains (fol. B2r). Il s'agit bien là d'une confirmation que les "trois ou quatre cens carmes" auxquels Antoine Couillard fait allusion dans ses pseudo Prophéties de 1556 (Paris, Jan Dallier) ne sont autres que les 353 quatrains parus dans l'édition Macé Bonhomme de 1555. Comme l'observe Robert Benazra: "Lorsque le Seigneur du Pavillon lez Lorriz écrit à propos de l'auteur dont il paraphrase le texte (celui de César), qu'il a "avec labeur merveilleuz faict trois ou quatre cens carmes de diverses ténébrositez" (fol. E2v), il ne fait nul doute que nous avons là une allusion très claire aux quatrains qui suivent la Préface à César." (étude 34 du Ramkat, http://ramkat.free.fr/analyse.html).
 

Une autre particularité de l'édition Bonhomme des Prophéties est l'inscription de la mention "FIN" à la fin de l'ouvrage, juste avant l'achevé d'imprimer. C'était une habitude de l'imprimeur, qu'on observe assez fréquemment comme par exemple dans Le miroir d'Alquimie de Bacon, ou sous la forme "FINIS" dans le traité latin de François Boussuet.

En revanche je n'ai pu retrouver dans aucun de ces ouvrages, ni dans le recensement établi par Baudrier, l'orthographe assez rare "Chés" Macé Bonhomme au frontispice des Prophéties, laquelle apparaît également dans l'édition lyonnaise Antoine du Rosne de 1557 (exemplaire d'Utrecht). Cependant cette orthographe est attestée dans divers ouvrages imprimés à Lyon à cette époque, surtout par Étienne Dolet au début des années 40, à savoir:


 

Tous ces éditeurs ont été liés à Macé Bonhomme et/ou à Nostradamus d'une façon ou d'une autre: Thibault Payen avec qui Bonhomme a partagé certaines marques d'imprimerie, notamment certains des fameux alphabets de Georges Reverdi, Guillaume Rouillé qui a partagé de nombreuses éditions avec Bonhomme et avec qui il a établi un contrat d'imprimerie les liant jusqu'en 1561, Antoine du Rosne qui reprend la publication des Prophéties en 1557, y compris la vignette du frontispice et le fleuron 2 de l'édition de 1555, enfin le fameux Étienne Dolet, auteur et imprimeur, martyr des guerres de chapelles, de croyances et d'intérêts, condamné, pendu et brûlé à Paris en 1546 le jour de ses 37 ans, et dont les affinités et les éventuelles influences sur les idées et positions de Nostradamus restent à éclaircir.

Dolet est l'auteur d'un manuel d'orthographe paru en 1540. Il est intéressant de noter ses positions avancées concernant l'orthographe du /é/ au pluriel des noms: "Je te veulx advertir en cest endroict d'une mienne opinion. Qui est, que le, é, masculin en noms de plurier nombre ne doibt recepvoir ung, z, mais une, s, & doibt estre marcqué de son accent, tout ainsi qu'au singulier nombre. Tu escriras doncq voluptés, dignités, iniquités, verités: & non pas voluptéz, dignitéz, iniquitéz, veritéz." (in La manière de bien traduire d'une langue en aultre, Lyon, Estienne Dolet, 1540, p.28). Dolet aura eu gain de cause pour la terminaison des noms féminins et pluriels en /é/, mais non pour la préposition dont il est question et qui restera chez.

Au début des années 1530, Dolet s'installe à Toulouse. En 1534, après une harangue exaltée à l'université, l'orateur des étudiants s'attire la haine des capitouls (représentants élus des gros commerçants) et des parlementaires toulousains. Il est emprisonné, puis expulsé de la ville. Déjà à l'époque, à Toulouse, on ne plaisantait pas avec le négoce (du pastel) et ses autorités politiques de couverture. (Le portail de la bibliothèque municipale de la ville arbore aujourd'hui un grand médaillon de bronze à l'effigie de celui qui avait dénoncé l'incompétence et l'obscurantisme de ses tyrans, contre lesquels il a rédigé, rapatrié à Lyon, un pamphlet cinglant.) C'est l'époque où Nostradamus a fréquenté la ville et sa région, et il me semble fort possible que les deux hommes s'y soient rencontré.
 

Conclusions

La description iconographique et matérielle de l'édition de 1555 ne suffit pas, à elle seule, à mettre fin aux soupçons concernant son authenticité, alimentés principalement par les spéculations d'un Jacques Halbronn depuis son article de 1998 (Cahiers Saulnier, 15) jusqu'à ses plus récents développements sur le site Ramkat. [cf. aussi son mini-catalogue d'une cinquantaine d'entrées, qui ne répertorie que trois éditions "nostradamiques" présentes dans les collections de la BnF : Pierre Ménier 1589, le Janus d'un "pseudo-Chavigny" [sic], et Amsterdam 1668 ("Astrologie et Prophétie", 1994, pp.7, 43-44, 51]. En revanche, la datation du papier pourrait y mettre un terme définitif. On peut d'ores et déjà avancer qu'il est fort improbable que des faussaires, quels qu'ils soient, même si on les imagine oeuvrant en collaboration et avec des moyens matériels importants, aient pu reconstituer une telle bibliothèque des oeuvres de l'imprimeur lyonnais Macé Bonhomme environ trente ans après, et aient réussi à commanditer des experts graveurs capables d'en reproduire les marques d'imprimerie.

De même l'analyse sémantique des quatrains de l'édition de 1555 ne permet pas de trancher en faveur d'une quelconque manipulation ou instrumentalisation du texte de Nostradamus, contrairement à ce qui est incessamment martelé par son détracteur. On pourrait même penser qu'en la matière et compte tenu de son hypothèse spéculative principale, à savoir la non-paternité des Prophéties attribuées à Nostradamus, l'hypothèse secondaire d'une édition falsifiée du texte des Prophéties de 1555 s'avère superfétatoire.

Si le privilège de l'édition Macé Bonhomme n'a pas été retrouvé, les mêmes signataires figurent dans un édit de la même époque, en date du 18 mai 1553, rédigé par Hugues du Puys, seigneur de la Mothe, conseiller du Roi et lieutenant de la sénéchaussée de Lyon, et co-signé par Jean Croppet (Edicts et ordonnances (6 août 1349 - 30 août 1573), Lyon, Antoine Gryphius, 1574, pp.122-123).
 

 

On retrouve Du Puy et Croppet, par exemple dans le Double d'une deuzieme lettre par maniere de discours, petit opuscule de Gabriello Simeoni, paru à Lyon en 1555, la même année que les Prophéties. Hugues Dupuy, originaire d'une famille noble de Saint-Galmier en Forez, fut avocat puis président du parlement de Dombes de 1549 à 1562 (Samuel Guichenon, Histoire de la souveraineté de Dombes, Lyon, Auguste Brun, 1874, 2 vols, II p.8 et p.16). C'est à son cousin Jacques Dupuy, capitaine et châtelain de Saint-Galmier, mécène forézien (cf. Longeon, 1976, p.79 sq.), que Jean Surrelh dédiera son Apologie des Medecins en mai 1558, un ouvrage qui atteste de l'excellence du verbe nostradamien, celui des Prophéties, dont l'auteur est comparé au poète Virgile (cf. CN 143).
 

En outre, quiconque a eu en mains l'exemplaire soigné d'Albi, pour peu qu'il soit sensible à sa matérialité, ne peut que difficilement concevoir qu'il puisse être le produit de faussaires. Mais la preuve essentielle me semble être l'existence même de l'exemplaire corrigé, conservé par la bibliothèque de Vienne. Car dans l'hypothèse de plus en plus fragile d'une prétendue fausse édition Macé Bonhomme, la parution d'une deuxième édition améliorée, comme elle l'est effectivement suite à l'analyse de la plupart des différences observées (cf. Benazra, réédition en fac-similé de 1984), n'aurait aucun sens. En définitive il pourrait s'avérer, paradoxalement, que l'acharnement rocambolesque contre l'édition de 1555, et contre les suivantes, puisse faire le jeu des interprètes de la prophétie, c'est-à-dire de l'exégèse du texte de Nostradamus en tant que texte prophétique, et c'est tant mieux.
 
 

Retour à l'index

Bibliographie

Retour Nostradamica

Accueil CURA
 
 http://cura.free.fr/2005/511bonho.html
 01-11-2005, last updated : 02-06-2016
 © 2005-2016 Patrice Guinard