CORPUS NOSTRADAMUS 92 -- par Patrice Guinard
 

Florent de Crox, le plus doué des imitateurs de Nostradamus
 

Nostradamus, comme Pythagore, a fait école, mais sans doute malgré lui. Le succès de ses almanachs et aussi de ses Prophéties est tel, que son nom est synonyme de "pronostiqueur" dès 1555-1556. Le satiriste poitevin Roger Maisonnier, qui s'en prend aux "pronostiqueurs" dans un ouvrage paru en 1557, affirme que prospèrent dès ce temps-là des imitateurs poitevins du provençal : "Nous avons à Poitiers des nouveaux Nostredames" (vers 318 de la Satire de Maisonnier, parue à la suite des Reigles de Droict, civil et canon, de Roland Bétholaud (Poitiers, Bertrand Noscereau, 1557, BNF: rés F 2208 ; cité par Jean Brunel, 1984, p.111).

A son décès, une littérature florissante et lucrative voit le jour, celle des imitateurs du maître, avec de multiples prétendants, dont certains s'attribuent le titre de disciple, de parent, voire du fils même du célèbre astrophile. En 1566 on sait que le prophète provençal est décédé, et les faux Nostradamus publiés durant la dernière décennie de son existence sont remplacés par la production prolifique de ceux qui se prétendent ses continuateurs. Ces imposteurs sévissent dès 1564 et au moins jusqu'à la fin du siècle : Michel Nostradamus dit le Jeune, Florent de Crox, Jehan Maria Coloni, Antoine Crespin, l'italien Philippo Nostradamo, le provençal Edmond Le Maistre, Himbert de Billy, Cormopède, etc

Dans son adresse "aux bénévoles lecteurs", l'auteur facétieux Philippe d'Alcripe dit Le Picard (c.1530-1581) demande "Pourquoy ne puis-je pas aussi bien dire verité en pensant mentir, comme plusieurs afferment verité et mentent plus puant que vieux diables ? -- ajoutant "Qu'il ne soit vray, voyez Brohon, Nostradamus, Broussart, Pileu, Maria Colony, de Crox, et plusieurs autres qui en font profession." (in La Nouvelle Fabrique des excellents traicts de Verité, éd. Françoise Joukovsky, Genève, Droz, 1983, p.11) [1ère édition introuvable : Paris, Jean de Lastre, 1579, mentionnée dans les Bibliothèques de La-Croix-du-Maine et Du Verdier].

Florent de Crox figure parmi d'autres pronostiqueurs, à savoir Jean Brohon, auteur de La description d'une merveilleuse et prodigieuse comete (Paris, Martin le Jeune, 1568), mentionnée par Brunet et dont un exemplaire existe à la BM de Lyon, et Jean Pilleu, auteur d'un almanach (Paris, Michel Buffet, 1571) signalé dans le catalogue Crozat de Tugny (1751) et dont un exemplaire existe à l'Arsenal de Paris. Broussart m'est inconnu et les publications de Jehan Maria Coloni sont nombreuses.

Notons l'absence de mention des deux plus prolifiques imitateurs de Nostradamus : Michel Nostradamus dit le Jeune et Antoine Crespin, probablement parce que Le Picard ne considère pas ceux-ci comme des auteurs sérieux, mais plutôt comme les imitateurs d'une littérature dont l'intérêt est déjà incertain, autrement dit comme des faiseurs d'almanachs et pronostications de second plan, lesquels se disputent entre eux et avec d'autres pour réclamer l'héritage du maître décédé. Mais la palme de l'escroquerie revient sans doute à Crespin se disant "Archidamus" ! : "Il y a troys ans que il [Crespin !] n'a composé Almanachz n'y a intention pour l'advenir d'en faire pour l'occasion de la faulseté que y commettent en son nom au mespris des Princes & respubliques qu'on voit ordinairement en presence de tout le monde, aucuns faulx libraires ce disant imprimeurs de ce Roaume [sic] disant avoir mandement de luy. Laquelle chose journellement avec leurs faulsetes impriment au nom dudit encores qui n'a jamays pensé & pour endormir le peuple mettent avec privilege du Roy, & si controuvent plusieurs noms comme Nostradamus le jeune & Florent de Crolz & autres faulx noms inventez & mettent en lumiere un Almanach de iean Maria Colony qui a un an qu'il est decede." (Au Roy, Epistre et aux autheurs de disputation sophistiques [sic] de ce siecle, Paris, Gilles de S. Gilles, 1577, f.A1v).

Cette littérature insipide n'est pas totalement inutile, car elle permet, dans certains cas, de renseigner incidemment sur le contenu textuel et iconographique d'opuscules annuels de Nostradamus désormais introuvables. Comme le note Benoist Rigaud en 1570 dans son avertissement à sa réédition d'un opuscule de Nostradamus le jeune, précédemment paru à Rouen chez Pierre Hubault, les Presages pour quatorze ans, prétendument trouvés "en la bibliotheque de defunct maistre Michel de nostre Dame" (cf. CN 39, addenda) : Qui donc oserait sans ridicule s'attribuer le titre de continuateur de Nostradamus ? ! "I'ay esté requis & quasi importuné, Lecteur benevole, de mettre sur la presse ces presens Presages pour quatorze ans (...) ces mauvais faiseurs d'Almanachs & Presages suppriment, ou desguisent pour le moins le leur [leur nom] (...) mais ilz s'abusent grandement de cuider donner bruit & reputation à leurs ineptes escrits, pour faussement s'advouer estre ou voisins ou parens ou serviteurs de Nostrodamus [sic]. Comme si pour se froter seulement, ainsi qu'on dit, à la robbe d'iceluy, cela estoit suffisant pour authoriser les hommes & les rendre parfaicts Astrologues. O la grande follie ! (...) L'un pour se faire valoir emprunte le territoire de Nostradamus, qui lui sert de surnom [i.e. Florent de Crox]. L'autre pour estre mieux venu se dit disciple de nostradamus [Edmond Le Maistre ?] : comme si Nostradamus avoit autrefois tenu escole, ou escrit livres par lesquels on peust estre instruit en cest art. Celuy-là natif de Paris renie sa patrie & se dit Prouençal [Jacques Brochier ?] : & cestuy-cy se dit Nostradamus le Ieune." (texte repris dans une édition parisienne : les Presages pour treize ans, Nicolas du Mont, 1571, ff.C4r-D1r).

Notons que la mention "ces presens Presages pour quatorze ans" n'a de sens que dans le contexte d'une édition antérieure, qui était jusque là inconnue des spécialistes. On comprend mieux aussi, à l'occasion, pourquoi Rigaud a pu faire imprimer les Prophéties de Nostradamus conjointement à de multiples opuscules de ses imitateurs, voire de ses adversaires : Rigaud était un marchand et ne souhaitait pas laisser l'immense production pseudo-nostradamique aux mains des seuls éditeurs parisiens.

Les neuf dizièmes de cette production éphémère, voire bien davantage, est perdue. Parmi les opuscules sauvegardés du naufrage, nombreux sont ceux qui reprennent la présentation et le découpage des almanachs nostradamiens, voire l'iconographie et les quatrains mensuels, certains se contentant de reproduire les quatrains originaux dans une version souvent fautive ou facétieuse, d'autres en fabriquent de nouveaux de leur cru. Cette tradition se transmet de l'autre côté de la Manche, et les faiseurs d'almanachs britanniques la perpétue à partir des années 80 (cf. notamment les almanachs de Walter Gray pour les années 1588, 1589, 1590 et 1591).

On trouve aussi des quatrains mensuels versifiés en allemand dans l'Astronomia Teutsch de Nicolaus Rensberger (Augsburg, Mattheus Franck, 1570, pp.45-56), et en français dans la production calviniste de l'époque, comme dans l'Almanach pour l'an 1573, Avec la Pronostication vraye & infallible à jamais (Genève, Olivier Fordrin, 1573), anonyme, dont le calendrier liturgique est suivi de remontrances bibliques appliquées à l'astrologie judiciaire (Deutéronome 18, Isaïe 47, Jérémie 10, etc).
Cf. par exemple le quatrain saisonnier "didactique" pour décembre: "Ce mois tient plus en la maison // Les gens que nulle autre saison: // Ainsi vieillesse vient saisir // L'homme adonné à son plaisir."
(Numérisé par Google le 26 août 2009 d'après une copie de 1866 de la Bibliotheque de Lausanne, http://books.google.com/books?id=g6k9AAAAcAAJ). On voit bien que la platitude de ces préceptes moraux a peine à rivaliser avec le mystère entourant les inventions poétiques nostradamiennes.

Parmi ces innombrables imitateurs, le plus doué est certainement Florent de Crox, dont le surnom est un homophone de la région natale du prophète, les champs pierreux de la Crau au sud de St-Rémy et à l'ouest de Salon. Selon La Croix du Maine, l'auteur serait un certain Jean Le Peletier, docteur en médecine parisien et auteur d'almanachs et pronostications parus à Paris et en divers lieux (Bibliothèque, 1584, p.85), qu'on ne confondra pas -- comme Benazra (1990, p.115) ou Halbronn dans son CATAF (éd. P. Guinard, CURA, avril 2001) -- avec le poète, mathématicien et astrologue humaniste Jacques Peletier du Mans (1517-1582).
 

Le Peletier est né le 25 juillet 1517 à 4h du matin au Mans comme il l'indique dans De constitutione Horoscopi commentarium (Bâle, Joannes Oporinus, 1573 ; réédition sous le titre De contactu linearum commentarium, Paris, Mettayer, 1581). Parmi les quinze frères et soeurs de Le Peletier figurent sur une généalogie manuscrite deux Jean, l'un curé de Saint-Jacques de la Boucherie à Paris (ca. 1510-1583), l'autre son cadet moine de l'abbaye cistercienne de Tyronneau au nord du Mans, et un Julien, avocat au parlement de Paris et "forcené ligueur" selon Etienne Falconet, commentateur des Bibliotheques françoises de La Croix du Maine et Du Verdier (cf. Clément Jugé, Jacques Peletier du Mans (1517-1582) Essai sur sa vie, son oeuvre, son influence, TH D Caen, Paris & Le Mans, 1907, p.5 et p.421-422). Le premier Jean, ou bien Julien en admettant que La Croix se soit trompé sur le prénom, pourrait être l'auteur de certains des almanachs "de Crox".

L'Almanach pour l'an 1570, ayant appartenu à Daniel Ruzo et désormais conservé à Salon, est une pièce intéressante et soignée. Il sera suivi par d'autres textes similaires, publiés jusque dans les années 80.

Almanach pour l'an 1570
Composé par M. Florent de Crox disciple de deffunct M. Michel de Nostradamus
Dédié à treshault trespuissant & redoubté Monseigneur le Duc d'Anjou & de Bourbonnois, fils de Roy, & frere du Roy nostre sire, treschrestien Charles neufiesme. Avec la declaration des presages de chacun moys
Paris, Anthoine Houic, [1569]
in-16, 32 ff., 75 × 111 mm (rouge et noir)
réfs.: Ruzo, 1982, p.267 ; Chomarat, n.110 ; Benazra, p.91 ; CAT Ruzo-Swann, Avril 2007, n.26 (vendu 4560 $)
 


 

Composition de l'almanach:
- f.A1r : titre (avec vignette représentant l'auteur à sa table de travail : 45 × 50 mm)
- ff.A1v-A8v : calendrier avec quatrains mensuels (15 pages)
- f.B1r : déclaration des fêtes mobiles (6769 = 1570)
- f.B1v : caractères des douze signes
- ff.B2r-B4r : préface à "monseigneur le Duc d'Anjou, conte de Forest, frere du Roy" (5 pages)
- ff.B4v-C4r : présages et prédictions pour 1570 (quartiers lunaires) (16 pages)
- ff.C4v-C5r : éclipses
- ff.C5r-C7r : conjonctions des planètes dans les signes zodiacaux avec petites vignettes des 12 signes (5 pages)
- f.C7v : déclaration du cours de la lune en chaque signe
- ff.C8r-D3v : complexions, humeurs et autres associations astrologiques (8 pages)
- ff.D4r-D5v : des quatre saisons de l'année (environ 4 pages)
- ff.D5v-D6r : avertissement au lecteur (fleuron en D6r)
- ff.D6v-D8r : calendrier des foires (4 pages)
- f.E8v : extrait du privilège, non daté

Les marques et l'enseigne de l'Élephant appartenant à la maison familiale Berthelin, tenue par Barbe Regnault jusqu'en 1563, par Thibault Bessault jusqu'en 1565 et par Madeleine Berthelin pendant environ un an, sont reprises par le libraire Antoine Houic (ou Hoüic) de 1566 à 1585. La maison parisienne est bien connue pour ses contrefaçons des ouvrages de Nostradamus dans les années 60.

L'Almanach pour l'an 1570 est conçu selon le format standard des almanachs parisiens de Nostradamus, authentiques ou controuvés (75 × 111 mm : cf. par exemple l'Almanach Le Noir pour l'an 1560 ou l'Almanach Regnault pour l'an 1561). Il est imprimé sur 32 feuillets comme les almanachs authentiques de Nostradamus. La couleur rouge est utilisée pour la page de titre et dans le calendrier. Pour le calcul des fêtes mobiles, c'est la date de la "création du monde" donnée par Eusèbe de Césarée (5200 BCE, égal à l'an -5199) qui est retenue, et non celle donnée par Nostradamus dans ses opuscules. La préface, adressée au futur Henry III, n'est pas datée, non plus que le privilège. Dans la section intitulée "Declaration du cours de la Lune en chaque signe", on retrouve des formules semblables à celles de l'Almanach nouveau pour l'an 1562 (Le Noir & Bonfons) : "En Libra [Balance], on se doibt garder de Luxure, de coupper cheveux & ongles." (cf. f.C3v de l'almanach Le Noir & Bonfons). Un bois gravé représentant l'autographe de l'auteur figure en B4r (de même style que celui de l'imposteur Mi. Nostradamus dit le Jeune). La même marque apparaît à la dernière page de l'Almanach pour l'an de bissexte 1596 paru au nom de Florent de Crox.
 

 

L'intérêt de l'almanach réside dans le style "nostradamien" des quatrains imprimés. Alors que la plupart des autres imitateurs et imposteurs ne parviennent qu'à recopier les quatrains du provençal ou à en fabriquer de nouveaux qui ne respectent pas les règles prosodiques de l'auteur des Prophéties, ceux de Florent de Crox les imitent assez bien, ce pour quoi leur auteur est peut-être en droit de s'attribuer le qualitatif de "disciple de Nostradamus".

Janvier

Mars endormy le Iovial joyeux,
Accort sans paix reviendra en discort,
Neiges & glaces, reumes & temps goutteux,
Trahison faicte, tel mordera qui dort.

Février

Le Iovial par Venus Mars endort,
-Mercure est Martial par trahison secrette,
La loy est mise par Diane en discort,
Temps variable au peuple grand disette.

Mars

Pluyes, brouillats, le nort fait grand dommaige,
Les longs vestus, & marchans en accort,
Navires en fond, en la mer grand oraige,
Tranquillité sera mise en discord.

Avril

Le cronyen en froide humidité,
Maladies longues, & Caron se repose,
Les Eratilles, & Phoebe en amitié,
Lon parviendra à ce que lon dispose.

Mai

Iuno est fasché, fait ecclistres & tonnerres,
-Carron s'appreste & s'appareille,
-Le malade en danger la mort,
Le hault huppé abbaissera l'oreille.

Juin

Tout est troublé, Palas à prins les armes,
La grand Diane en peril & danger,
Les longs vestus causeront les alarmes,
Le plus petit se vouldra revenger.

Juillet

Tel rit qui mort, le regnard prins au las,
Le bien aymé, est deploré de tous,
Le grand lyon se sentira bien bas.
Las ! que Pallas aura de mauvais tours.

Août

-Les mutins escumants, Mynerve est offensee,
-Le temps rude & bigerre non sans grande menee,
-L'on se repose ung peu, Mars vient mettre discort
Iovialistes ne tomberont d'accort.

Septembre

Vulcain opere, la Nymphe l'amortit,
L'air se transmue Azrolus fait tempeste.
Baccus à mal, l'onde le d'esconfit,
Le cronyen chesnu à blanche teste.

Octobre

La terre seiche est bien tost humectee,
Tout est vieillard, chacun suit la fumee,
Le plus joyeux se trouvera fasché,
Par trahison le plus grand empesché.

Novembre

Froid de duree, les Nymphes congelees,
Mars furieux fera beaucoup glisser,
Iurispirites en accort & sacrees,
Le Iovial fera l'accort cesser.

Décembre

Neiges & pluyes avecques grand froideur,
Diane bas nouveaux Edicts semez,
Le sacre esmeu contre legislateur,
Les longs vestus seront fort animez.

Les quatrains sont pour la plupart décasyllabiques et à rimes croisées (sauf le quatrain pour août 1570 et les vers marqués par un tiret). La césure est placée après le quatrième pied avec l'élision éventuelle du -e- muet à la césure, voire de la finale latine d'un nom étranger ("Iuno est fasché", comptant pour quatre pieds). Les inventions lexicales et néologiques abondent et ne manquent pas d'humour : le cronyen (terme d'origine catalane, avec le jeu de mots crox / cronyen), les Eratilles (d'Erato, la muse de la poésie érotique), Azrolus (le vent de l'azur), les Jurispirites (appellation propre aux disciples de Nostradamus, auteur d'almanachs inspirés), etc

Ainsi l'auteur qui a pris le surnom de "Florent de Crox" se distingue par la qualité de son style et ses capacités imitatives voire inventives qui surclassent celles de ses concurrents immédiats. Notons cependant au moins cette faiblesse qui fait des quatrains du "cronyen" une invention reconnaissable : le verbe "est", présent dans douze quatrains seulement des Prophéties (soit environ 1%), et inexistant dans le second livre, dans quatre des 154 quatrains des almanachs et plus précisément en 1555 et 1557 (soit environ 3%), figure ici même dans un quatrain sur deux !
 

Certains autres opuscules plus tardifs, publiés au nom de Florent de Crox, ont été recensés :

Almanach pour l'an 1574
[Paris ?, Anthoine Houic ?, 1573 ?], puis Rouen, Richard Lallemand
réf. Gosselin, Glanes, 1869, p.132

Almanach et Pronostication pour l'an 1583
Composé par Florent de Crox, disciple de Michel Nostradamus
Paris, Anthoine Houic, [1582], in-16
réf.: CAT Auguste Veinant, 1860, n.181C ; Brunet 2, 1861, c.432 (d'après le catalogue Veinant) ; Chomarat, n.137 ; Benazra, p.115

Almanach, ou Ephemerides Reformez pour l'an de grace 1586, calculé sur les pays de France
Composé par M. Florent de Crox, disciple de deffunct M. Michel Nostradamus
Paris, Anthoine Houic, [1585], in-16
réfs: CAT Veinant, 1855, n.296-2 ; Houzeau / Lancaster 2, 1887, n.14897 ; Maiello, 1996, p.269
> British Library: C.40.c.41.(2)
 

 

Almanach pour l'an de bissexte M. D. IIII. XX. XVI [1596]
Composé par M. Florent de Crox, disciple de deffunct M. Michel Nostradamus
Dedié au Roy tres-Chrestien de France & Navarre
Paris, Hubert Velut, [1595], in-16, 16 ff.
réf.: CAT Veinant, 1855, n.296-3 ; Houzeau / Lancaster 2, 1887, n.14897
> British Library: C.40.c.41.(3)

Composition de l'almanach:
- f.A1r : titre (avec vignette et quatrain)
- ff.A1v-A8v : calendrier avec quatrains mensuels (15 pages)
- f.B1r : déclaration des fêtes mobiles (5558 = 1596)
- ff.B1v-B2r : quatres [sic] saisons et quatre temps
- f.B2v : déclaration des éclipses
- ff.B3r-B8v : "prédictions" mensuelles (12 pages) + vignette autographe

Ce dernier almanach semble être une contrefaçon, un faux "Florent de Crox" : en témoignent le faible nombre de pages, les nombreuses fautes d'une édition bâclée, l'absence même de préface, pourtant annoncée au frontispice !

Temps fort constant lors regnera
Iupiter, Mars, nul ne sera cntraire [sic],
Sol & Venus, nous donnera,
Biens suffisans, & necessaire [sic].

Ne se pouvant venger d'hercule,
Soubz le masque d'un beau present,
Il faict que furieux il brusle,
Du tan [sic] de la douleur qu'il sent.

Retournant ce beau moys de May,
Nous donnant la fraische rosee,
Amy se trouvera la pour vray,
Avec sa muse soubs la ramée.

Les quelques quatrains reproduits ci-dessus (quatrain de l'année figurant au frontispice et ceux pour février et mai) ne sont pas décasyllabiques, ils sont coupés au petit bonheur et de nature descriptive, voire idyllique, plus qu'intentionnellement prophétiques. Soit l'auteur qui prend le surnom de "Florent de Crox" aura perdu son talent, soit plus vraisemblablement, les droits de publication de ses opuscules auront été récupérés par le parisien Hubert Velut qui en fabrique des faux sans aucune imagination. Ce ne serait pas seulement l'oeuvre de Nostradamus qui aurait été affectée par une production pléthorique de contrefaçons, mais aussi celles de ses imitateurs ! Les historiens du livre méconnaissent cette immense production populaire et néo-nostradamique, qui a marqué la seconde moitié du XVIe siècle et le siècle suivant. C'est toute l'histoire de la diffusion des imprimés qui mériterait d'être questionnée au-delà de cette étude et d'autres similaires à venir.
 

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