CORPUS NOSTRADAMUS 122 -- par Patrice Guinard

L'ordonnance chirurgicale adressée au cardinal Lorenzo Strozzi (20 octobre 1559)
 
La lettre manuscrite des Archives Départementales de l'Hérault (G 261) a été éditée dans Montpellier médical (vol. 50) en 1956 par Marcel Gouron, archiviste à Montpellier. L'acte manuscrit a été reproduit dans les Cahiers Michel Nostradamus (n°3, février 1985), par Éric Visier en 1995 (document n°3), et transcrit par Brind'Amour (1993, p.452-453). Ma version suit dans l'ensemble celle de Gouron avec quelques corrections et conventions d'écriture (accentuation de /à/, finales en /é/, ajout de quelques majuscules).

122A Lettre de Nostradamus au cardinal Lorenzo Strozzi (20 octobre 1559)
incipit : "Monseigneur, ayant calculé l'affaire de vostre maladie"
excipit : "Faciebat M. Nostradamus biterris, XX octobris 1559. Vostre humble serviteur M. de Nostredame"
° Montpellier, Archives Départementales de l'Hérault, G 261

La lettre est envoyée au cousin de Catherine de Médicis, l'évêque de Béziers Lorenzo Strozzi (plus tard évêque d'Albi puis archevêque d'Aix) le vendredi 20 octobre 1559, lors d'un déplacement du médecin astrophile vers Narbonne, probablement avec son secrétaire du moment, auquel la lettre a été dictée. In fine la signature autographe de Nostradamus : "Faciebat M. Nostradamus biterris, XX octobris 1559. Vostre humble serviteur M. de Nostredame". Plus qu'une ordonnance médicale, il s'agit d'une véritable ordonnance de nature chirurgicale dont le médecin commande à son patient -- qui par ailleurs souffrait de la goutte comme son médecin et plus tard son fils César -- d'appliquer la recette qui suit à partir de ses connaissances médicales et astrologiques, à compter du dimanche suivant après déjeuner, à l'heure de la conjonction de Jupiter au Soleil. Nostradamus se retrouvait à Béziers au moment même (octobre 1559) où y sévissait une peste ravageuse : "la peste avoit estendu sept à huict mille corps dans la ville de Beziers" d'après le rapport de son fils César dans son Histoire et Chronique de Provence (1614, p.783). Peut-être au secours de quelques infortunés ?

1-  Monseigneur, ayant calculé l'affaire de vostre maladie
2-  l'accordant avecques une triple voye, par voye de medecine
3-  chirurgie ensemble les accords de l'astrologie judicielle
4-  & naturelle n'ayant obmys aulcungs aultres jugemens
5-  secretz non de mespriser. Et premierement, pour parvenir
6-  au bot & à la fin de ce que prethendés qui est parfaicte
7-  guerison de vostre maladie, est neccessaire que premierement
8-  dimenche, à une heure apres midy ayant disné à vostre
9-  acostumee, que vous soyt aplicqué ung botton de feu au
10-  lieu ou je vous ay monstré & touché avecques le doigt &
11-  que le botton soyt comme sensuict
[voir le dessin
12-  de la tige coudée sur le fac-similé], et que l'on
13-  ne le proffonde pas plus que porte le circuyt de la
14-  teste dudict boton, que apres que l'aplication de
15-  cauthere ardant sera faicte, que le digestif soit faict
16-  avecques
[le terme "boyau" barré] moyeau d'ung oeuf, huille rosat & burre
17-  frescq, que apres que l'escarre qui est la brusleure
18-  que le feu aura faict sera tombee, y mectrés dedans
19-  ung patinostre
[tuyau] d'argent qui soyt faict demy cuyvre & demy
20-  argent & soyt mis dedans le trou jusques à ce que
21-  soyt tout profondre dedans, puis apres prandrés une
22-  ou deux feulhes de hedera parietis
[lierre] la plus large &
23-  plus freche et la mectrés dessus & le bender avec une
24-  petite bende, & le pencer en vingt quatre heures une foys
25-  du matin ou du soyr. Touteffoys le soir par lors que
26-  vous yrés coucher, sera le meilheur & le porterés continuellement
27-  environ l'espace de sept moys, mais asseurés vous
28-  monseigneur, que vous n'aurés pas porté l'espace de sept
29-  à huict jours lesdictes ouvertures aux deux jambes que vous
30-  sentirés tout à ung coup ung souverain alegement, & la
31-  plus part d'icelle froydeur incluse dedans se perdra
32-  & cela non tant seulement vous proffictera à icelle
33-  maladie que vous pretendés mais aussi tant que porterés
34-  lesdictes fontames ouvertes, ne sentirés ne dolleur de teste
35-  de cerveau de fiebvre aulcune, ne mal d'espaules
36-  d'estomach ne de jambes ne d'aulcune partie du corps.

37-  Car à cecy ne s'aproche medecine que soyt au monde
38-  concernant principallement ce faict. Je ne vous en fays
39-  plus long discours des vertus & efficaces que vous
40-  mesmes en peu de temps cognoistrés plus ample tesmonaige
41-  de la verité. Aussi ne failhirés de user de la distilation
42-  que je vous escriptz, que vous y trouverés ung souverain
43-  remede vous y en frotant matin & soir toute la nuque
44-  & tous les spondilles du dos jusques au dernier &
45-  une partie des joinctures, priant adieu
[sic] monseigneur
46-  que vous doinct ce que plus desirés. Faict à Besiers en
47-  faisant mon chemyn de Provence à Narbonne, ce XXe octobre 1559.

48-  Faciebat M. Nostradamus biterris, XX octobris 1559.
49-  Vostre humble serviteur M. de Nostredame.


 
ordonnance chirurgicale de Nostradamus adressée au cardinal Lorenzo Strozzi (20 octobre 1559)

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Patrice Guinard: L'ordonnance chirurgicale adressée
au cardinal Lorenzo Strozzi (20 octobre 1559)

http://cura.free.fr/dico3/1002S1559.html
02-02-2010 ; updated 31-07-2018
© 2010-2018 Patrice Guinard