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Idées en Vrac 2005-2011
Patrice Guinard

 
 

2005

Tétrade de la Musique. Le compositeur, l'instrumentiste, le mélomane, le musicologue.

Doxa : des intérêts poinçonnés en opinions.

Regina Pecunia. Le XVIe siècle voit la montée en puissance de deux espèces qui façonnent encore les sociétés modernes : les marchands et les officiers, autrement dit les trafiquants de marchanchises et les trafiquants de relations. Avec pour valeur commune l'argent, une valeur bipolaire qui tue la vie : la notabilité par l'argent, la notabilité pour l'argent.

Minorités bruyantes. Ce ne sont pas les majorités silencieuses qui font l'idéologie (elles la subissent), mais les minorités bruyantes.

Corps vaporeux. Cette nuit je traverse le corps vaporeux d'un esprit effrayé.

La recherche universitaire quémande sur les ondes plus de personnel, plus d'appareillages, plus de moyens techniques et financiers : elle ferait mieux de demander des hommes.

Leibniz. Il existe autant de vérités sur un objet qu'il est de points de vue ou de perspectives sur cet objet, c'est-à-dire d'endroits ou de lieux d'où l'objet peut être appréhendé. C'est ça le pli leibnizien comme l'interprète justement Deleuze : une vision cancérienne du réel, une vision qui donne à saisir l'immensité de l'étendue terrestre et de ses possibilités (les compossibles). Au pli, il y a toujours un recoin, un dessus, un dessous, un en deçà, un à côté.

2006

Rêve d'automne. Nous vivons à chaque instant comme si nous étions immortels, comme si nous était dû un surplus de temps, infini, pour faire et vivre ce que nous désirons. Cette vanité n'est pas seulement propre aux individus : elle est aussi la marque de notre inconscient collectif. La civilisation moderne se construit elle-même à travers l'idée qu'elle aura toujours le temps. J'ai rêvé que je volais, traversant l'océan, quand je fus saisi par un bourdonnement envahissant. Je me retrouve quelque part en Afrique, la nuit, sous des éclairages de fortune. Chacun y est au service de tous, dans la limite de ses envies, et il n'y a ni progrès, ni compétition, mais un projet commun de convivialité. On me comprend, car on a abandonné depuis longtemps le principe des langues dites vocaliques qui posaient, me dit-on, des problèmes de compréhension. On me montre des cartes géographiques : de vastes territoires régionaux et délocalisés ont remplacé les pays, l'un ayant pour capitale Ost ou Aile de Nostradamus près de l'ancienne Montpellier et couvrant la quasi-totalité de la France actuelle. Nous sommes en l'an 70, à partir d'une origine inconnue que mes interlocuteurs occultent en souriant et de manière entendue. Tout a été abandonné et oublié, d'un temps de souffrance dont on n'a rien conservé.

2007

Aux Archives. J'ai concontré une femme aux archives. Elle n'était plus toute jeune, et avait une mine de papier mâché.

Désillusion. Dans les années 60, ils voulaient changer le monde. Dans les années 70, ils pensaient qu'il fallait plutôt se changer soi-même. Mais rien n'a changé, sinon en pire. C'est le monde qui les a changés, qui les a transformés, embarqués, définitivement ferrés. Les idoles de ces années sont toutes mortes : la plupart ont trahi, les autres se sont lourdement trompées.

2008

Vulgarisation. Un chercheur n'a pas le temps, ni la force, ni souvent la capacité de faire de la vulgarisation, surtout de ses propres recherches. Galois. Vulgariser, c'est abandonner la recherche en cours. Et la recherche est toujours en cours. Le bon vulgarisateur n'est pas celui qui sait synthétiser et adapter au public des travaux par ailleurs bien connus, mais un chercheur lui-même, impliqué dans la recherche, et qui s'efforce d'éclairer le travail d'un collègue parvenu à des résultats. Le vulgarisateur est un chercheur qui sait faire preuve d'abnégation et de clarté pour le service de sa discipline.

Égypte. Elle restera toujours, vis-à-vis des autres cultures, celle des mystères, du mystère du vivant, du mystère de la reproduction sociale du mystérieux et de l'inexplicable. La mission du clergé égyptien : maintenir et ritualiser cet indicible, impressionner les esprits par sa réification permanente dans la vie sociale.

2009

Kafka ou Lang. Dans nos rapports avec l'administration, soit on s'active en pure perte comme M. K, soit on se retrouve coincé comme le maudit entre la pègre des avocats et syndicats, et le rouleau compresseur étatique.

Fureur. Seule la fureur est susceptible d'animer un véritable renouveau métaphysique.

Pseudo-diversité. Mille ressassements idéologiques de pantins appointés envahissent les medias pour faire accroire qu'il faudrait plus de représentativité minoritaire aux directoires des multinationales qui saignent les consommateurs-citoyens, ou dans les hémicycles et aux poses de responsabilité. On voudrait plus de diversité "ethnique" pour des jobs préorganisés, plus de hasard dans ces jeux de rôles, plus de possibilités d'opportunisme dans le partage des gâteaux. Mais souhaitera-t-on aussi en quelque lieu quelques astrologues-chercheurs, quelques nostradamologues, quelques penseurs indépendants ? L'authentique diversité n'a pas trait aux personnes, mais à la nature des fonctions ; elle ne répond pas à la question QUI, mais aux questions QUOI et POUR QUOI. Quelle importance que le discours et l'acte soient tenus ou endossés par tel ou telle ? : s'ils n'ont pour fonction que de plaquer chacun sur l'ardoise des cloneries dites républicaines, libérales, démocratiques dont l'ultime vérité et valeur est la vénale.

Monologue. Mieux vaut monologuer en bonne compagnie que dialoguer entre idiots.

Déchéance, désillusion, décrépitude. Un sujet déserté par les penseurs qui croient sans doute à la jeunesse éternelle de la pensée ! Mais le Volcan de Lowry, la Rabouilleuse de Balzac, la Prophétie de Paracelse.

Commémoration. L'histoire de la révolution française est celle de l'avènement d'une classe d'arrivistes, individualistes, mercantiles, présomptueux, arrogants, qui liquide dans une violence stupéfiante une poignée de décadents intérieurement rongés par les mêmes instincts que leurs liquidateurs. Son symbole est la Guillotine, c'est-à-dire la résurgence des procédés brutaux des hordes asiatiques et de leurs coupeurs de têtes, mais ici au nom d'intérêts prétendument d'ordre public. Son régime est la Terreur, celle du contrôle bureaucratique généralisé sur les vies privées.

Jeu, Astrologie, Amour. Le Jeu comme libre expression de l'action ; l'Astrologie comme libre expression de la pensée ; l'Amour comme libre expression du corps.

2010

Pascal et Debord. Cloué aux industries du Spectacle et du Divertissement, on s'abandonne aux démons de la modernité (information, medias, sport, politique, showbiz, télé, mobiles, internet) à vous mouliner la cervelle.

2011

Dans les medias et l'internet, qu'ils soient étatico-idéologiques ou bien (pseudo) indépendants, contestataires et branchés, se trament les mêmes litanies antiastrologiques, d'égale impéritie. La nature de l'astrologie est si peu connue, son savoir est si méprisé, que les maisons d'éditions, les grandes comme les anodines, imprégnées des impératifs idéologiques et corporatistes, ne publient que des discours consensuels et mercantiles, ou n'offrent leur papier qu'à des bouffons médiatiques ou à des ratés de la science pour la dégrader (cf. mon Manifeste pour l'Astrologie). Aucun savoir ne peut se développer hors un environnement culturel stimulant (universités, bibliothèques, revues spécialisées). Mise à l'écart de ces milieux, exclue en France et dans l'ensemble des pays occidentaux des véhicules de recherche et de diffusion -- et la France est probablement la championne de l'exclusion, celle-ci restant le mode même d'organisation de ses élites et pseudo-élites intellectuelles --, l'astrologie, ou plutôt son ombre, se terre dans les abris misérables que sont les associations astrologiques. A l'heure des réseaux internet, où n'importe quel Gros-Jean devient l'instrument greffé démultiplié, encouragé à barbouiller de son incurable ignorance les niches nauséabondes aménagées à son intention sur les wikis et blogs journalistiques, l'astrologie est devenue la putain identifiée par Breton, mais tisonnant bien au-delà de ses imaginations.

Trilogie médiatique : les pantins donneurs d'ordre reçus, les guignols présentateurs et organisateurs des spectacles, les bouffons acteurs consentants.

Cranach
. Sa peinture tient en trois propositions. 1) L'homme est un monstre. 2) La femme engendre des monstres ; elle est tout aussi inhumaine, mais n'appartient pas à la même race. 3) Hommes et femmes vivent dans deux univers distincts, incompatibles, dans deux mondes parallèles qui ne se rejoignent jamais.

Concept et Vision
. Fabriquer des concepts n'est pas suffisant en philosophie : il faut que ces concepts se cristallisent en vision.

 
 
Patrice Guinard : Idées en Vrac 2005-2011
http://cura.free.fr/aphor05-11.html
17-12-2017
© 2017 Patrice Guinard